La Rose Blanche
À toi Figo, pour ces mots : « C’est toi ma RPiste ».
* RP by Nymphe Ydeil *
* * * Communauté de Sionabel * * *
d’après une idée originale de Lord Stormhead
L’enfant a plongé son regard dans les yeux d’acier. À travers ses cils abaissés, elle détaille le visage sévère penché vers elle. Très vite, elle se détourne, effrayée par la menace qu’elle perçoit. Quelques larmes s’écoulent de ses paupières gonflées et elle s’enfuit sans demander son reste. La rose blanche qu’elle tenait tombe de sa main et s’effeuille en atteignant le sol. Les pétales se dispersent sous le vent.
Le Samouraï ne relève pas la tête. Il fixe toujours l’endroit où se tenait l’enfant. Le regard vide, il songe, immobile comme le roc. Sait-elle, cette enfant, qu’il n’a jamais voulu l’effrayer ? Les minutes s’égrènent et sa pensée se perd. Il ne sait plus exactement depuis combien de temps il est là, en faction, attendant un ennemi qui pour le moment, a tout d’imaginaire. Il y a un certain confort à paraître indifférent. Depuis combien de temps est-il là, à observer les gens qui passent autour de lui ? Trop longtemps sans doute. Les gens ne le remarquent même plus, ont même oublié pourquoi il est là. Le sait-il lui ? Sa vie a tellement été une succession de rôles sans gloire.
L’honneur… Un mot qui se perd dans les abîmes de l’oubli, aussi sûrement que cette rose qui se fane à ses pieds. Un mot ou un concept pour lequel il a combattu pourtant. Son grand regard, tout à l’heure menaçant, semble s’adoucir. La nostalgie assombrit ses traits. Une larme tombe sur la cuirasse qui protège sa large poitrine. Autrefois, elle était gonflée par la résolution et la bravoure. Aujourd’hui, le cuir est terne et poussiéreux. Mais non, il s’en rend compte, ce n’est pas une larme, seulement une goutte de pluie. Le ciel est plombé. C’est le ciel qui pleure. Depuis quand n’a-t-il pas pleuré lui ? Ses yeux sont secs, comme son cœur.
Le temps passe, le temps file. Au-dessus de sa tête, les nuages qui galopent s’assombrissent encore, comme son cœur que ronge la nostalgie. Qu’a-t-il fait ? Pourquoi est-il là ? Sur quoi veille-t-il, guerrier solitaire, délaissé, oublié ? Depuis longtemps, ses compagnons d’arme sont morts, tous tués au combat. Il aurait dû mourir tant de fois et depuis si longtemps. Mais ce n’était pas son heure n’est-ce pas ? L’honneur est un concept illusoire, qui lui doit d’être là maintenant, immobile sous la pluie qui commence à tomber.
Il se sent froid, vide et pourtant si lourd qu’il est sûr de ne jamais pouvoir faire un seul mouvement. Après tout, il y a longtemps qu’il n’a pas seulement changé de position. Même son cheval garde un immobilisme parfait, comme pour confondre l’ennemi. Mais viendra-t-il cet ennemi ? Au loin, il lui semble percevoir le grondement d’une charge de cavalerie lancée au galop. Est-ce possible ? Est-ce une illusion ? Il se souvient d’autrefois, quand l’ennemi se lançait à l’assaut, quand il a dû lancer ses hommes dans la pire mêlée de tous les temps. Voilà pourquoi il est là, solitaire, aujourd’hui, malheureux sous la pluie battante. Voilà pourquoi son grand regard est sévère, pourquoi la rose blanche que la boue entache le marque si profondément. La nostalgie en devient dérisoire.
Ça lui aura servi l’honneur… servi à arracher tant de vies à la chaleur des poitrines humaines, à la quiétude de foyers heureux. Et lui, il est là, il paye le prix de toutes ces morts. Depuis si longtemps, il attend sa délivrance. Il ne voulait que servir. Il n’a fait que son devoir. Mais les Dieux le punissent. N’est-ce pas là le rôle du Samouraï ? Servir son Empereur ? Il n’avait qu’à commander et il l’a fait, il est parti avec ses hommes, tous de braves soldats, des Samouraïs courageux et plein d’honneur. Il leur a ordonné de mourir pour l’honneur, pour leur Empereur. Et ils l’ont fait.
Les sabots des chevaux se confondent avec le roulement du tonnerre. Il ne sait plus si c’est son souvenir ou la réalité. Il a vécu si longtemps que la lassitude le gagne. Il a l’impression d’avoir vécu toutes les années qu’il a volées à ces hommes. Peut-être est-ce le cas. Depuis combien de temps est-il là ? Si seulement il pouvait s’en rappeler. Il fixe une dernière fois la rose blanche dont les pétales s’éparpillent. On dirait des perles de lumière dans la grisaille du temps. Et plus personne ne sait pourquoi il est là, pourquoi l’honneur est important. Tout se perd.
Pour la première fois, sa volonté lui fait défaut. Il lui semble entendre le fracas assourdissant de la bataille à son oreille, mais avant qu’il n’ait cherché à comprendre, tout devient noir. Là, sur son piédestal de pierre, la statue de Kusunoki Masashige, vieille de plus d’un siècle, vient d’être frappée par la foudre. Au cœur du squelette de bronze, l’âme sept fois millénaire a enfin trouvé le repos. Au sol, la boue fait disparaître les derniers pétales d’une rose blanche, le blanc du deuil…
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« Il n'y a pas eu de plus grand honneur pour moi que celui d'être Mage. »
Lord Stormhead
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