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 [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE

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Nymphe Ydeil
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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Dim 29 Aoû 2010 - 3:20

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Retour à Andhera


À Celeste et Makkura, mes soeurs...


La route vers Andhera n’était pas bien longue, à peine quelques jours de chevauchée, mais les deux alliés discutaient encore lorsqu’ils franchirent les portes de la cité. Toujours d’égal à égale, ils échangeaient des propos qui n’avaient plus rien de professionnel, mais étaient devenus beaucoup plus personnels. Tous les deux exilés depuis longtemps loin des leurs, ils évoquaient leur famille. Sammakko avait une petite fille de trois ans qui, comme Aurora, était élevée par une nourrice. La jeune femme découvrait pour la première fois le visage du père derrière le masque du Prince et s’en émerveillait.
Quant à lui, il la questionna sur son enfance, qu’elle dévoila sans gêne et sans secret. Aurora avait été élevée dès son plus jeune âge par les sibylles de Serivun. Elle avait appris avec elles à lire l’avenir et les couloirs du temps, ce qui l’avait amenée à un apprentissage rapide parmi les Justes. Elle n’avait plus aucune famille. Ses parents avaient été tués à sa naissance sans qu’elle n’en connaisse la raison. Fille unique, elle restait fille des sibylles.

- Et côté couple ? Demanda Sammakko.

Aurora rougit et descendit de cheval pour masquer son trouble. Mais son regard la trahit. Elle avait posé les yeux sur un groupe de citadins et rien n’échappait au regard vigilant de Sammakko. Parmi les membres du groupe, Lord Kael était reconnaissable entre tous.

- Ça ne peut être que lui, répondit le Prince avec un sourire. Il a toujours été auprès de toi.

Aurora réapparut derrière l’encolure de son cheval et sourit à son tour.

- Oui… Il m’a donné la famille que je n’avais pas.

Curieux, le Prince observa la jeune femme, l’invitant à poursuivre.

- Nous avons la même vision des choses, nous avons tous les deux perdu nos parents. Et il a veillé sur moi quand j’ai commencé à être sibylle. Il fera son initiation au sein de l’Ordre lors de la formation du prochain corps.

Pas un instant la jeune femme ne douta que Lord Kael puisse ne pas être accepté au sein de l’Ordre. Il y avait en elle une incroyable spontanéité que Sammakko remarqua. Il avait toujours été question que les deux jeunes gens soient réunis au sein de l’Ordre et c’était le vœu le plus cher d’Aurora, de sorte qu’elle ne connaissait pas le pessimisme.

- Hum… Je vais devoir poser mon veto, décréta Sammakko. Je ne pourrais plus te draguer en paix.
- Tu ne peux déjà pas, répondit la jeune femme après quelques secondes d’hésitation.

Elle avait rougi violemment.

- Tu paries ? Interrogea doucement Sammakko à mi-voix.
- Non, répondit-elle, en bredouillant.
- Normal, tu as peur de ma puissance et de mon charme. Après tout, pour te donner une idée, je ne suis là que pour toi…

Offusquée, Aurora se tourna vers lui et plongea un regard incendiaire dans celui du Prince. Mais comme toujours, il y avait sur le visage de Sammakko une mimique amusée qui trahissait la moquerie de ses propos. Elle se contenta donc de secouer la tête en souriant.

- Impayable, décréta-t-elle avec un soupir faussement exaspéré. Parce que je t’ai forcé à venir avec moi ? Je ne savais pas que Dieu était influençable.
- Si, si, bien sûr. D’ailleurs, ton fiancé va pouvoir faire ses valises et quitter Andhera pour me laisser la place.

Incrédule, Aurora observa le Prince sans comprendre. D’un signe du menton, il lui désigna le ciel. Tout d’abord, il n’y eut rien, puis les premiers cris se firent entendre et ils arrivèrent. Des milliers d’oiseaux survolaient la ville, des milliers d’ailes blanches et les pamphlets qu’ils portaient tombaient dans les rues, annonçant la formation du prochain corps. C’étaient les messagers d’Astrée.
Depuis des années, à chaque fois que l’Ordre des Justes formait un nouveau corps, les messagers survolaient le pays, annonçant la nouvelle. Ne restait aux candidats qu’à se rendre à la ville d’Astrée pour y subir la cérémonie d’initiation. Aurora tendit la main vers l’un des parchemins et y déchiffra les quelques lignes, écrites à la main dans une encre rouge. La prochaine cérémonie aurait lieu la semaine suivante, à Deak’li. Lord Kael allait pouvoir passer l’épreuve tant attendue. Ravie, la jeune femme sauta spontanément au cou du Prince.

- Oh ! Je t’aime !

Éternel joueur, Sammakko ouvrit son esprit aux quatre vents et le souvenir des mots d’Aurora se diffusa vers tous les fils et filles d’Urvakan, sous la protection de Gonoe. La jeune femme desserra son étreinte pour fusiller le Prince du regard et secoua la tête, réprobatrice, mais amusée.

- Va lui annoncer, lui conseilla-t-il en redevenant sérieux.

Aurora ne se fit pas prier. Heureuse, elle céda les rênes de sa monture au Prince et dévala la rue pour retrouver Lord Kael qui était resté seule pour l'attendre et l’accueillit avec la même réserve que toujours, mais non sans une tendresse respectueuse. La jeune femme montra le parchemin au guerrier. Il y avait chez la jeune femme une joie rieuse que le guerrier tempérait de son calme légendaire. Mais lorsqu’elle leva les yeux vers Sammakko qui les observait toujours, elle eut un sourire radieux comme elle en avait rarement.
Aurora entraîna avec elle son compagnon, sans se douter que les deux hommes avaient échangé un regard plein d’ambiguïté et de signification et sans s’imaginer un seul instant que les yeux du Prince restaient rivés sur le jeune couple jusqu’à ce qu’il disparaisse au tournant d’une rue. Elle ne réalisa pas davantage que si Lord Kael avait passé son bras autour de ses épaules, ça n’était pas motivé par la simple tendresse.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Sam 4 Sep 2010 - 17:17

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Les Portes de la Colère


À Idir, Biscuit et Bugs dans la nuit et jusqu’à l’aube…


La semaine qui suivit le vol des messagers fut l’une des plus mouvementées que connut Aurora. Plusieurs candidats d’Andhera se préparaient à partir pour Urvakan, où ils embarqueraient pour la capitale. Lord Kael ne faisait pas exception à ces préparatifs impatients. Lui comme les autres s’était rapproché des Justes présents à Andhera, en l’occurrence, Aurora, Sammakko, ainsi que Blarka et Mikyle, qui étaient revenus peu après la cérémonie. Avides d’en savoir un peu plus sur le milieu qui les attendait, ils espéraient en apprendre davantage en côtoyant ceux qui allaient devenir, sinon leurs mentors, du moins leurs aînés.
Au fil des jours, les liens entre Sammakko et Aurora devinrent plus étroits, à mesure qu’ils échangeaient et passaient du temps ensemble. Plusieurs fois, la jeune femme surprit le regard désapprobateur de Mikyle posé sur eux. Le Prince d’Éternité était devenu distant à mesure que cette amitié se tissait. Les rumeurs allaient bon train également. Il était rare que Sammakko reste aussi souvent dans une ville en particulier. Sa présence à Andhera, et plus précisément auprès d’Aurora, attisait les croyances populaires qui évoquaient un lien plus que professionnel entre les deux êtres.
Entourée des siens, la jeune femme ne prêtait pas attention aux ragots. Elle voyait Sammakko joyeux, ce qui était un changement remarquable à ses yeux. Elle en était heureuse et cette bonne humeur lui donnait une énergie nouvelle. Jamais elle ne fut plus énergique que durant cette semaine. Elle brillait par sa présence au sein de la ville et les citadins appréciaient d’autant plus son implication qu’elle était clémente mais juste. Cependant, comme dans toutes les villes, il arrivait que certains soient mécontents et manifestent leur mauvaise foi.
Bien qu’Aurora ait eu, à de nombreuses reprises, des preuves du comportement ambigu des citadins à l’égard des Justes, elle avait cru que son travail aurait changé leur vision des choses. Mais pour certains, c’était loin d’être le cas. Elle s’en rendit compte alors qu’Andhera fêtait le départ des siens vers Urvakan. Tandis que les célébrations battaient leur plein autour d’un banquet, la popularité grandissante d’Aurora la plaça au cœur de toutes les attentions et donc, de toutes les questions des citadins qui célébraient du même coup son intronisation.

- Vous êtes en couple, toi et Sammakko ? Demanda l’un d’entre eux.

Aurora rougit et hésita sur la réponse à donner. À quelques mètres, Lord Kael s’était arrêté de manger et l’observait.

- Pourquoi, tu es jaloux ? Interrogea en retour le Prince d’Éternité en passant près de la jeune femme.

L’homme se garda bien d’insister. Et si Aurora fut soulagée de l’intervention de Sammakko, Lord Kael eut une moue singulière et se contenta de reprendre une discussion interrompue avec son voisin de tablée.

- Aurora, selon toi, est-ce qu’il y a des guerriers capables de lutter seuls contre les Anathèmes dans l’empire ? Questionna un autre, qui avait suivi la scène avec curiosité.
- Oui bien sûr.
- Qui serait le meilleur de l’empire selon toi ?

Autour de la table, on s’était tu. Chacun écoutait.

- Je ne sais pas s’il y en a un meilleur parmi tous, mais certains sont très puissants.
- Comme qui ?
- Je dirai Lord Kael, Sammakko et Meia.
- Sammakko ? Qu’a-t-il de grand ? Il n’a pas combattu d’Anathèmes durant les derniers mois.

La jeune femme observa le Prince avant de répondre. Comment pouvait-elle expliquer ce que Sammakko avait de plus que les autres ? Comment dire ce qu’elle avait vécu lors de l’attaque de l’Anathème ?

- Et bien, il a une vision très perçante qui nous a permis, en tant que Justes, de survivre à de nombreuses attaques. Il a toujours de nouvelles idées pour les combattre.
- Oui, mais est-ce que tu ne dis pas ça parce que tu le connais ? Si quelqu’un d’autre que lui avait réalisé ce que tu dis avoir réalisé, penses-tu que tu aurais eu le même jugement ?

Aurora fronça les sourcils. L’homme qui lui posait tant de questions, elle le connaissait. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait affaire à lui. Elle avait même créé un portail à son intention une fois. Il cherchait sans arrêt le moyen de contester son autorité et elle se doutait que tant d’interrogations avaient un but plus sournois que la simple curiosité.

- Non, concéda-t-elle prudemment. Mais je ne peux pas juger les capacités de guerriers que je ne connais pas.
- Dirais-tu dans ce cas que ton jugement est partial ?

La colère empourpra les traits d’Aurora. Être partial, c’était un travers que les Justes ne pouvaient se permettre d’avoir. Cela signifiait être corruptible et un Juste corrompu, c’était la pire des infamies. Son esprit pouvait alors être une proie pour les Anathèmes qui ne se privaient pas de profiter de telles faiblesses. La jeune femme tentait depuis toujours de demeurer intègre et équitable vis-à-vis des citadins d’Andhera. Mais encore une fois, la critique tombait et encore une fois, ce fut Sammakko qui la tira de ce mauvais pas.

- Je suis peut-être considéré comme l’un des meilleurs parce que je suis Prince d’Éternité, mais on ne peut juger quelqu’un seulement par ses combats et je pense qu’Aurora m’a cité parmi les plus puissants parce que j’ai une connaissance du fonctionnement des Anathèmes bien plus approfondie que la plupart d’entre vous, toi et elle compris.

Un silence de mort planait sur l’assemblée. L’homme hésitait visiblement à répondre. Aurora se leva de table et trancha d’une voix dure, en dépit de sa maîtrise d’elle-même :

- On ne peut parler d’impartialité ici, mais de subjectivité. Tu as voulu me piéger, prouver ma partialité, mais attention, ici, tu m’as demandé un avis, une opinion et sache que je sais très bien faire la part des choses entre les situations qui exigent un concret et une impartialité absolus et celles qui, comme ici, sont abstraites et peuvent permettre la subjectivité.

Sans ajouter un mot, la jeune femme quitta l’assemblée. Elle était en colère sans savoir pourquoi. Durant quelques instants, un homme avait remis en question son intégrité et elle craignait que d’autres ne suivent. Peut-être ignoraient-ils qu’elle souhaitait donner le meilleur pour eux et les protéger du mieux qu’elle pouvait. Cette nuit là, la lueur de nombreux portails illumina les ruelles endormies d’Andhera. Aurora ne dormit pas. Elle expédia en enfer plus d’une vingtaine de personnes victimes des Anathèmes.
Une autre personne ne dormait pas. Depuis la tour des âmes, Sammakko surveillait la création de ces portes nées de la colère la plus légitime. La bonne humeur qui avait été la sienne durant les quelques derniers jours n’éclairait plus son visage. Quelque chose avait été brisé.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Sam 18 Sep 2010 - 16:15

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Dans l'Absence des Princes


À mes InFs préférés ! Vous m’avez manqué…


L’aube commençait à peine à dorer le ciel quand Aurora ferma le dernier portail de la nuit. Jusqu’aux petites heures du matin, la fête avait été animée sur la place de la cité. Des enfants étaient montés sur les toits pour suivre les lueurs des portails à mesure qu’Aurora les avait créés. Des vivas célébraient chacune de ses interventions, alors qu’un peu plus tôt, on avais remis en cause son impartialité. Ouvrir des portails et purifier la ville de l’influence malsaine des Anathèmes avait permis à Aurora de retrouver son assurance ébranlée et sa sérénité.
Assise sur le parapet d’un pont, ses pieds nus oscillant au-dessus du vide, elle contemplait l’onde noire qui coulait sous elle.

- À quoi tu penses ? demanda une voix dans son dos.
- Aux portails que je viens de créer, répondit Aurora sans se tourner vers son interlocuteur.

Elle avait parfaitement reconnu la voix de Blarka et sourit. Bien que le Mentor ait été assigné à la garde de Varjo, hameau de villages voisin, il revenait souvent à Andhera. Elle appréciait d’autant plus sa présence qu’elle savait tout de l’amour que le Juste avait eu pour cette cité.

- La ville te manque, pas vrai ? Interrogea la jeune femme, tandis que l’homme s’accoudait près d’elle.
- Oui, avoua-t-il dans sa souffle.

Un instant, ils se contentèrent d’observer en silence le lever du soleil.

- Tu sais, je peux demander à Gonoe de te faire revenir. La ville est plus calme, mais il reste du travail et j’aimerais travailler avec toi.

Blarka hocha la tête. Il laissa son regard errer sur les rues encore endormies de la ville. Ses yeux brillaient.

- Pourquoi tu ne prendrais pas un apprenti plutôt ? demanda-t-il enfin.
- Parce que je ne veux pas, fut la réponse immédiate.

Dans certaines villes, deux, voire trois Justes se partageaient la tâche. Aurora était seule, mais n’avait pourtant pas la moindre envie de voir un Apprenti chargé de la surveillance d’Andhera.

- Pourquoi ?
- Parce que je connais bien la cité à présent et que…

Aurora hésita. En réalité, elle craignait de voir un Apprenti commettre des erreurs auprès des citadins qu’elle avait appris à connaître et sa fierté ne lui permettait d’entrevoir une collaboration efficace possible avec un nouvel arrivant.

- Et tu n’aimes pas déléguer, avoue-le, ajouta Blarka. Il faut que tu aies l’œil partout sur TA ville.
- Oui, concéda la jeune femme en envoyant un coup de coude moqueur à son allié. Et toi, comment ça se passe dans ta bourgade ?
- J’ai du mal à reprendre du service. Je manque de motivation depuis que j’ai quitté Andhera.

Aurora ne répondit pas immédiatement. Elle imaginait mal devoir quitter la cité. Elle s’était attachée à la ville, à ses habitants. Partir, ce serait un véritable crève-cœur, doublé de l’impression d’abandonner ceux qu’elle avait protégés jusqu’ici. Elle comprenait donc ce que pouvait ressentir son allié. Elle craignait que ce sentiment ne le pousse à abandonner l’Ordre, tout comme elle redoutait de voir Sammakko évoquer des échéances de plus en plus rapprochées lorsqu’il parlait de son départ.

- Toi, tu es encore en train de penser à Sammakko, remarqua Blarka.
- Oui, je ne l’ai pas vu cette nuit.
- Normal, il est parti.
- Parti ? Parti où ?
- Il est retourné à Deal’Ki pour reprendre le royaume en main.
- Il va encore s’épuiser, déplora Aurora.

Sa voix se brisa malgré elle.

- Laisse-le, Aurora. Tu n’es pas sa mère.
- Non, je sais, mais qui prendra soin de lui ?
- Lui. Il est grand, il sait ce qu’il fait, arrête de t’inquiéter.

La jeune femme ne répondit que par un silence butté, mais elle mordit ses lèvres pour les empêcher de trembler. Durant quelques minutes, Blarka respecta son mutisme, sans cesser de l’observer. Elle était tourmentée et son teint pâle ne pouvait le cacher. Des cernes bleuissaient ses yeux. Elle n’avait visiblement pas dormi depuis quelques nuits, nuits qu’elle avait sacrifiées au bien être du Prince.

- Tu es amoureuse de lui ? Demanda-t-il enfin.
- Non, je suis seulement inquiète parce que j’ai peur qu’il parte. Nous perdrions tellement s’il partait. Et puis, lorsqu’il est faible, c’est un peu comme si tout notre Ordre l’était.
- Peut-être, mais tu n’es pas responsable de lui. Alors un conseil, donne-toi du temps pour toi, mais laisse-le. Ne t’occupe pas de lui. Andhera a besoin de toi, alors concentre-toi uniquement sur ta ville.

Aurora acquiesça d’un signe de tête, mais ne répondit pas vraiment. Bien qu’elle n’ait aucune envie de suivre les conseils de Blarka, les mots du Mentor faisaient lentement leur chemin et elle comprenait qu’elle avait sacrifié beaucoup trop de choses pour Sammakko. Il était temps qu’elle se consacre au rôle qui était réellement le sien, non pas à un rôle trop grand pour ses épaules.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Dim 26 Sep 2010 - 14:13

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Le Véritable Gardien


À Thurin…


D’un bond leste, Aurora quitta le parapet. Un peu plus loin sur la droite, les premiers bruits trahissaient l’éveil de la ville. Sur la grande place, des chocs sur le pavé indiquait que les candidats se réunissaient en prévision du départ.

- Je vais les accompagner jusqu’à Urvakan et peut-être même jusqu’à Deal’Ki, indiqua Aurora à l’adresse de Blarka. Tu nous accompagnes ou tu fais la route seul ?
- Je vais partir devant et vous attendre à Varjo. On finira la route ensemble, ce sera toujours moins pénible que d’attendre à Deal’Ki.

Aurora eut un sourire satisfait et entraîna son allié vers la place. Il y avait déjà plusieurs familles réunies. La caravane était arrivée dans la nuit et on chargeait les véhicules en bavardant.

- Vous venez avec nous, ma bonne dame ? Demanda l’un des caravaniers à l’égard d’Aurora.
- Oui, il n’est pas dit que les fils d’Andhera partiraient seuls !
- Ce n’est pas Blarka qui aurait fait ça pour nous, lança l’un des citadins avec un rire moqueur.

Le Mentor se contenta de secouer la tête, plus amusé que réellement contrarié par la remarque. Les deux alliés se saluèrent, puis Blarka s’éloigna pour prendre la route, tandis que la jeune femme escaladait les marches qui la séparaient de la tour des âmes. Aurora s’empressa de distribuer les ordres pour faire préparer le voyage et quelques heures plus tard, le convoi se mettait enfin en branle en direction du désert. La voiture d’Aurora, tirée par deux Akhal Teke au pelage d’or, trottait en tête. Quelques individus à cheval suivaient la caravane, trottant ou galopant pour se maintenir à hauteur des véhicules.
Ils mirent toute la journée pour rejoindre Varjo. Ce n’était qu’une petite ville au cœur du désert, située un peu à l’est des montagnes noires qui bordaient la côte. De petits villages grégaires l’entouraient, transformant cette cité en un carrefour commercial où on ne faisait guère plus qu’une halte avant de regagner l’intérieur des terres. La caravane ne s’y arrêta qu’une heure, le temps que quelques candidats se joignent à eux et que les bêtes se désaltèrent.
À la nuit tombée, on reprit la route vers le nord des montagnes. Des convois venus de Dimmur, à l’ouest, rattrapèrent la caravane déjà existante durant la nuit. À l’aube, une cavalière vint à hauteur de la voiture d’Aurora.

- Vous êtes Nabiya, n’est-ce pas ? Demanda-t-elle après avoir observé la jeune femme qui reposait dans le véhicule.

Aurora hocha la tête en signe d’approbation. Il était rare que les Sibylles soient appelées par leur véritable nom : les Nabiyas et elle se redressa pour mieux voir celle qui l’avait nommée ainsi. C’était une adolescente au visage mutin. Son regard d’un bleu profond avait quelque chose d’insolent et encore infantile qui déplut à la Juste. Cependant, la jeune femme garda pour elle ses impressions et adressa un sourire encourageant à son interlocutrice.

- Ça fait longtemps que vous êtes Juste ? Demanda celle-ci en désignant du menton l’écusson orangé sur la poitrine d’Aurora.
- Non, seulement depuis une semaine. Et vous, vous êtes candidate ?
- Oui, j’espère être acceptée !
- Comme tous les autres, fit l’esprit de Blarka qui venait de frôler celui d’Aurora.

La jeune femme eut un sourire involontaire qui n’échappa pas à son interlocutrice. Mais l’adolescente se crut encouragée et poursuivit :

- Je n’ai jamais été très douée pour grand chose, vous savez, mais je suis sûre qu’avec un bon maître, je pourrais apprendre vite. Vous pourriez m’apprendre ? Ma mère était Nabiya, comme vous, vous savez ?

Très peu de Sibylles avaient l’occasion de rencontrer un homme et de mener une vie de couple équilibrée. Encore moins nombreuses étaient celles qui avaient la chance de fonder une famille. Alors Aurora fit monter auprès d’elle cette fille de l’une des siennes pour faire plus ample connaissance.

- Ta bonté te perdra, conclut laconiquement Blarka.

Mais la jeune femme ne l’écoutait déjà plus. Elle discutait à bâtons rompus avec l’adolescente. Quelques heures plus tard, la caravane arrivait enfin à Urvakan et il fallut que les deux nouvelles alliées se séparent. Mikyle, Silenoz et Stormbringer étaient là, mais le regard d’Aurora courrait sur la foule en vain.

- Gonoe n’est pas là ? Remarqua-t-elle.
- On ne dirait pas, constata Blarka à son tour.

Karaliene, en tant que mentor, était occupée à réunir les candidats sur le quai lorsqu’un géant de deux mètres, solide comme un roc, portant barbe et cheveux longs et vêtu d’une longue cape de bure sombre fendit la foule. On s’écarta par respect ou par crainte, mais nombreux furent ceux qui le dévisagèrent avec un intérêt que la politesse ne voilât même pas.

- Je vous présente Erraldoïak, votre nouveau Gardien ! Si vous avez des problèmes, des questions, allez le voir. N'hésitez jamais, annonça Mikyle comme s’il annonçait là l’avènement d’un messie.

Stormbringer eut un reniflement méprisant et Silenoz leva un sourcil perplexe. Quant à Aurora, elle avait blêmi. Où était Gonoe, qui était cet homme pour qui elle n’avait pas le moindre respect et dont elle ne pouvait accepter l’autorité ainsi, sans aucune explication ? Son regard rivé sur le géant qui saluait la foule s’était soudain assombri d’une soif meurtrière.

- C’est Gonoe, le véritable Gardien d’Urvakan, gronda-t-elle d’une voix sourde.

Et seuls ses deux alliés l’entendirent et comprirent la colère qui obscurcissait ses traits. Pourtant, lorsque, aveuglée par toutes les questions qu’elle se posait, elle avança vers Erraldoïak, la main puissante de Blarka s’abattit sur son épaule et la retint.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Lun 27 Sep 2010 - 17:43

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Le Géant Imposteur


À gh0sty, pour tout ce que tu m'as apporté…


L’emprise de Blarka sur l’épaule d’Aurora se relâcha, mais le Mentor ne retira pas sa main pour autant. La jeune femme leva vers lui un regard étonné.

- Ce n’est pas un Gardien, souffla Blarka.
- Qui est-ce alors ?
- Regarde son écusson.

Après une seconde d’hésitation, Aurora obtempéra, mais elle ne vit rien, la cape de bure masquant les couleurs du symbole. L’impatience la gagna. Inquiétée par l’absence inhabituelle de son gardien et ami, elle ne tolérait pas que l’on puisse usurper ainsi son autorité et ni Gonoe, ni Sammakko n’étaient présents pour la rassurer par leur calme et leurs explications claires et sensées. Plus que tout, le manque d'éclaircissements la taraudait.

- D’où vient-il ? Qui est-ce ? Répéta-t-elle avec colère.
- Je le connais, répondit Stormbringer d’une voix terne.

Aurora lui adressa un regard interrogateur, l’invitant à poursuivre.

- C’est Erraldoïak, un ancien Prince d’Éternité, ajouta-t-il enfin, avec une pointe d’agacement.
- Qu’est-ce qu’il est venu faire à Urvakan ?
- Je ne sais pas, j’ai déjà du mal à comprendre comment il est devenu Prince d’Éternité.
- Il ne peut pas être Gardien, protesta Aurora pour la énième fois.
- Il ne l’est pas, répéta laconiquement Blarka. Son écusson, regarde son écusson.

C’était ce que la jeune femme tentait de faire, mais plusieurs Justes avaient accaparé l’attention du géant, de telle sorte qu’il lui tournait résolument le dos. Enfin, quelqu’un le salua et il pivota sur ses talons, découvrant enfin le symbole brodé en fils rouge et or sur sa poitrine.

- Un Prince d’Éternité, comprit-elle. Il est revenu.

Ainsi, tout cela n’était qu’une mise en scène, une blague pour saluer avec le sourire le retour d’un Prince. Gonoe était toujours le Gardien. Mais la jeune femme ne prenait pas cela avec humour, aveuglée par la colère qu’elle avait éprouvé à l’idée qu’Urvakan puisse être sous la garde d’un autre que Gonoe.

- Et oui, il est de retour, pour le meilleur et pour le pire, répliqua Stormbringer avec un sourire moqueur.
- Qu’as-tu contre lui ? Demanda enfin Aurora, que le cynisme du Mentor étonnait.
- Peu avant qu’il monte sur le trône des Princes, on l’a accusé de corruption, mais bien sûr, l’affaire a été vite étouffée et il est devenu Prince sans que personne ne s’en soucie.
- Foutaises, commenta une voix dure derrière eux.

Les quatre compagnons se retournèrent pour se trouver face à face avec Gonoe. Sa cape encore poussiéreuse, les naseaux fumants de la monture qu’il guidait par les rênes indiquaient qu’il venait tout juste de revenir à Urvakan. Aurora eut peine à cacher la joie que lui procurait le retour de son ami, mais déjà, après un bref signe de tête à l’attention de Blarka, il s’éloignait en direction d’Erraldoïak, le géant imposteur et le saluait avec effusion.
Aurora en éprouva un mélange d’irritation et de désolation. Gonoe lui avait réellement manqué durant les quelques jours où ils avaient été séparés. Bien que Sammakko ait été présent et ait supervisé son travail à Andhera, elle qui manquait encore de confiance en elle avait regretté la présence de son Gardien. En dépit des quelques instants rares où Sammakko la considérait comme une égale, il demeurait entre eux une réserve naturelle et professionnelle que Gonoe s’était empressé d’éradiquer entre sa protégée et lui. Cette chaleur qu’Aurora appréciait par dessus tout lui avait fait défaut au moment où elle avait dû affronter l’insolence des citadins d’Andhera.
Il lui tardait donc de retrouver son allié, de reprendre où ils les avaient arrêtées ces longues discussions lors de leurs veillées nocturnes et de pouvoir cheminer à nouveau à ses côtés, quand elle savait pouvoir compter sur son œil vigilant pour veiller sur sa sécurité et la perfection de ses faits et gestes. Elle avait hâte de pouvoir à nouveau puiser sa motivation dans la sagesse légendaire de cet homme à la fois réservé et bon, solitaire et intègre. Mais ce moment lui fut volé par la corne des navires qui sonna le départ.
Les Mentors présents sur le quai firent monter les candidats à bord des frégates. Des adieux émouvants eurent lieu de part et d’autre, les familles se séparaient difficilement et il fallut à plusieurs reprises faire sonner les cornes pour que chacun monte à bord. Aurora embarqua avec Gonoe et enfin, le Gardien se tourna vers sa protégée.

- Je te félicite pour ton travail des derniers jours. Andhera est une ville de plus en plus sûre, apprécia-t-il.

Incrédule et décontenancée, la jeune femme l’observa. Après plusieurs jours, ces retrouvailles qu’elle avait attendues avec impatience avaient un goût amer. Elle aurait voulu lui sauter au cou, lui manifester avec chaleur sa joie de le revoir et elle n’entendait parler que de travail. La colère qu’avait fait naître la blague du géant imposteur éclata.

- Je me moque d’Andhera, gronda-t-elle d’un ton mordant.

Puis elle fit demi-tour sans parvenir à lui dire à quel point il lui avait manqué et qu'il était plus qu'un Gardien pour elle. Elle redescendit en courant la passerelle du navire, laissant là Gonoe étonné. Sans décolérer, la jeune femme embarqua à bord de la frégate suivante pour rejoindre Lord Kael et Silenoz. L’amertume qui l’animait la poussa à fermer son esprit et à se replier sur elle-même, alors que son cœur réclamait la présence de son ami et maître.

À suivre…


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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Lun 27 Sep 2010 - 20:15

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
La Confiance d'un Prince


À FroGgyMan, parce que tu nous manques et que tu ne liras pas…


La rivière d’Acre coulait jusqu’aux frontières nord du royaume de Gonoe, à Homalyos, puis serpentait encore plus loin vers l’est, sur les terres de Tokë, Mentor et Gardien. Murmeldyr, la citadelle qui dominait ce domaine, était située près des collines bleues, en aval des montagnes aux trois glaciers. Une dizaine de jours furent nécessaires aux frégates pour qu’elles remontent jusqu’au pied du lac supérieur.
Puis, on abandonna les navires et on fit le reste du chemin à pieds. Au cœur des montagnes, un bassin naturel s’était formé au fil des ans et l’eau des glaciers s’y déposait, formant un lac qui déversait son trop plein dans la vallée par trois cascades différentes. Deak’li, la capitale, avait été bâtie au bord de ce lac, face à l’ouest. Protégée à l’est par le lac et la barrière naturelle des montagnes, elle dominait ainsi le grand désert ocre et les dix citadelles qui veillaient sur ses frontières.
Depuis l’est, le sud ou le nord, on ne pouvait rejoindre la capitale qu’à pieds et, depuis l’ouest, l’accès était aisé, mais encore fallait-il cheminer sur deux ou trois lieux au sommet d’un raidillon qui ne permettait guère à plus de quatre individus de marcher de face, de sorte qu’aucune armée ne pouvait atteindre la ville par la terre. De plus, la position stratégiquement élevée de la citadelle obligeait quiconque souhaitait s’y rendre à être vu bien avant de voir, ce qui assurait encore la supériorité de la cité.
Construite par étages et paliers, la citadelle avait des allures de vieille cathédrale moyen-âgeuse, Les dômes d’or et d’argent des bâtiments officiels révélaient le faste de la ville, en dépit de la violence que subissaient d’autres villes. Pourtant, Deak’li n’était pas épargnée par les attaques des Anathèmes. Seulement, elle était mieux défendue et sa position, ainsi que son histoire, lui donnait toute l’autorité pour être capitale.
En effet, Deak’li avait été la première ville délivrée par les Justes. L’Ordre lui avait ainsi assuré une prospérité nouvelle que la citadelle n’aurait pu espérer sous le règne des Anathèmes. Aurora n’était jamais venue à Deak’Li avant sa confirmation, mais la communauté des Siylles qui l’avait éduquée s’était fait un devoir de lui enseigner l’histoire de l’Ordre qui défendait et protégeait les Cités.
Repenser à son passé arracha une grimace à la jeune femme. Depuis son départ de Serivun, elle n’avait plus aucun contact avec ses sœurs et elle ne connaissait pas les autres communautés présentes sur le territoire des Justes. Elle qui avait toujours été entourée se sentait très seule au sein de l’Ordre, fondé principalement sur une expérience individuelle et solitaire.
Un regard en direction de l’adolescente qu’elle avait rencontrée sur la route d’Urvakan lui apprit que celle-ci discutait avec Blarka, un peu plus loin sur la droite. L’expression froide et polie qui s’affichait sur le visage du Mentor ne donna guère d’illusions à Aurora : la jeune fille ne serait pas acceptée au sein du dix-huitième corps. Avec un soupir, la jeune femme quitta le groupe des Justes et gagna celui des candidats pour rejoindre Lord Kael. Le guerrier passa un bras protecteur autour des épaules d’Aurora. Peut-être sentit-il sa solitude et sa mélancolie. Toujours est-il que ce simple geste la réconforta.

* * *


Au crépuscule, les voyageurs franchrent enfin les portes de Deak’Li. Partout, on les saluait. Toujours le même accueil souriant de la part des citadins. Presque immédiatement, les groupes de voyageurs se divisèrent. Les Justes montèrent à l’auberge à laquelle ils étaient descendus lors des confirmations et les candidats se logèrent dans des maisons avoisinantes. La première chose qu’Aurora aperçut fut la tête hirsute de Poukram qui bondissait à sa rencontre, puis Potenza, un peu plus loin, qui finissait une boisson orange à deux table de là en compagnie de Jing.

- Merveilleux ! Je savais bien que tu viendrais avec tes candidats ! Lança Poukram d’un ton joyeux.
- Sammakko t’a prévenu de notre arrivée, avoue, commenta Silenoz qui suivait Aurora.
- Hum… presque, c’était Graede, mon Gardien, concéda Poukram en envoyant un coup de coude dans les côtes de son allié. Alors, les futurs Princes d’Éternité, comment allez-vous ?
- Superbement bien ! Répondit Silenoz. Mais pas Prince pour tout de suite.
- Non, toi tu es Apprenti à vie, sur ordre de Mikyle, se moqua Aurora à son tour.

Les trois amis sourirent de bon cœur en se souvenant de leur initiation commune. Ils avaient apprécié les bons moments passés auprès des Mentors et avaient salué avec d’autant plus de chaleur le travail de leurs guides. Mikyle avait plaisanté de leur enthousiaste en menaçant Silenoz de le garder à vie en tant qu’Apprenti.

- Vous êtes parti d’Urvakan ? Interrogea Poukram en entraînant ses amis vers la table.
- Oui, je suis passée par Varjo, répondit Aurora, sachant que son allié en était originaire.
- Tu y as toujours les terres de tes parents ?
- Oui, toujours. En friche, mais je les ai.

La jeune femme sentit la présence familière de Sammako au cœur de son esprit.

- Si vous êtes à Varjo, il va falloir me céder vos terres, Princesse, intima-t-il.
- Elles sont vôtres, mon Seigneur, répondit-elle simplement, parce qu’il n’y avait rien d’autre à répondre et qu’elle n’aurait pas consenti un refus.
- Personne ne sait que je suis à Varjo, en dehors de Blarka. Et Gonoe, bien sûr. Je te fais confiance pour garder le silence.
- Bien sûr.

Un frisson parcourut la jeune femme. Elle ne savait pas très bien si elle était plus étonnée par la faculté du Prince à espionner les conversations des Justes sans se faire remarquer, ou par la confiance qu’il venait de lui démontrer. Elle venait de lui céder ses terres, pour qu’il y trouve refuge. Que pouvait-elle faire de mieux pour le protéger et l’aider ?

- Aurora, ça va ? S’inquiéta Silenoz.
- Oui, souffla la jeune femme.

Par dessus la table, elle aperçut Blarka, qui venait de franchir la porte à son tour. Son esprit vola à la rencontre de celui du Mentor, lui permettant de partager les mots de Sammakko. Blarka se contenta de hocher la tête. Oui, il savait. Ils partageaient la même connaissance et ils veilleraient ensemble sur le Prince.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Mar 28 Sep 2010 - 13:07

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Le Jour des Candidats


Aux e-Kolos, qui iront loin.


La tablée des Justes demeura éveillée toute la nuit. Gonoe, Potenza, Karaliene et Tolo se joignirent à ceux qui avaient trouvé refuge dans l’auberge et partagèrent leurs discussions et leur repas. Quelques candidats, qui connaissaient déjà le milieu des Justes, s’ajoutèrent au groupe. Lord Kael en faisait partie. Malgré sa présence, Aurora se montra résolument distante, refusant de communiquer avec son Gardien. Il fut tout aussi froid, ayant été vexé par le comportement de sa protégée. Lord Kael en fit la remarque à la jeune femme, mais elle prit le parti de l’ignorer.
Elle passa la soirée en compagnie de Jing, à l’écart du groupe. Leurs discussions tournèrent principalement autour de Serivun, la ville où ils s’étaient rencontrés. À plusieurs reprises, elle évoqua la communauté des Sibylles, avec ce regret d’avoir perdu tout contact avec elles.

- Pourquoi tu ne retournes pas là-bas pour quelques jours ? Demanda finalement le Juste.
- Par manque de temps, et parce que je suis Juste à présent.
- Et alors ? L’un n’empêche pas l’autre. Krilo m’avait parlé de tes visions. Tu as du talent, c’est indéniable, ne gâche pas ça, surtout si ça peut t’aider au sein de l’Ordre.

Aurora hocha la tête en silence. Elle voyait mal comment ses visions pouvaient servir là où la magie faisait tout, mais n’évoqua pas ses doutes.

- Tu critiques l’immobilité des communautés, fonde celle qui aura la possibilité de bouger, ajouta Jing.

Cette fois, Aurora approuva d’un sourire. L’idée lui plaisait plus qu’elle n’osait se l’avouer. Une communauté capable de bouger, de parcourir les villes pour aller à la rencontre des guerriers qui accepteraient de leur confier leur avenir avec la même facilité que les Justes, voilà qui était tentant. Jing lui rendit son sourire et se leva.

- Je vais me reposer un peu ma belle, mais penses-y comme il faut. L’idée a de l’avenir et, te connaissant, tu en feras quelque chose de grand.

Aurora ne commenta pas et laissa son allié s’éloigner. Ce n’était pas la première fois que l’on traçait son avenir ainsi, en évoquant pour elle un sentier d’or qu’elle était incapable de deviner à travers ses propres visions. Si elle avait pour les autres une lucidité remarquable, elle ne savait deviner de quoi son propre futur était fait et avançait à tâtons là où elle guidait les autres.

* * *


La matinée fut plus difficile pour les uns que pour les autres. La plupart des Justes et des Candidats n’avaient pas fermé l’œil de la nuit, les uns à cause de la joie de se revoir, les autres trop stressés par l’idée des épreuves qui allaient débuter et dont ils n’imaginaient ni le contenu, ni la durée ou la difficulté.
Lorsque les cloches de la cathédrale sonnèrent le rassemblement, Aurora chercha du regard Lord Kael et constata qu’il était déjà parti. Elle lui avait promis de le conseiller avant l’épreuve, mais il avait choisi de ne pas l’attendre, risquant ainsi l’échec, ce qui l’inquiétait plus que de nécessaire.

- Ne t’en fais pas. S’il assure autant à l’épreuve qu’il l’a fait depuis qu’il est à nos côtés, il passera sans aucun problème, la rassura Blarka.
- Vous avez déjà sondé son esprit ? S’étonna la jeune femme.

Le Mentor éclata de rire devant tant de naïveté.

- Bien sûr. Tu ne croyais pas qu’on allait être insensibles au fait que vous soyez devenus si proches, j’espère ?

Aurora rougit. Bien qu’elle soit devenue Juste, elle en apprenait encore. Des détails comme le fait de tenir compte de l’entourage de ses alliés pour mieux les protéger, ou voir les choses avec calme pour éviter les erreurs, avaient soudain leur importance et elle s’en rendait compte bien tard à son goût. Avec un sourire amusé de la voir ainsi se sermonner, Blarka l’entraîna vers le palais, où les Mentors avaient déjà commencé leurs épreuves et à son tour, il monta sur l’estrade, tandis qu’elle se contentait d’observer.
La journée se déroula ainsi, les candidats montant les marches du palais à tour de rôle, lorsque Confucius les invitait à le faire et des Mentors, presque toujours deux par deux, les testaient. Autour de la foule, réunie sous le soleil ardent de l’été, des marchands ambulants, des jongleurs, des chanteurs et des cracheurs de feu allaient et venaient, amusant le peuple, distrayant les enfants et les empêchant du même coup de détourner l’attention des Mentors. Lord Kael était passé parmi les premiers, avant même qu’Aurora n’arrive sur la place, mais il la rassura : cela s’était bien passé.
La jeune femme n’avait pas de raison de s’inquiéter. Le guerrier, évalué par Stormbringer, avait conquis les esprits depuis longtemps. Les deux jeunes gens passèrent alors la journée ensemble, profitant pour une fois du bonheur d’être réunis loin de leurs villes et des tracasseries quotidiennes. Soudain, un enfant fendit la foule en direction du jeune couple. Ses épaules carrées, il se donnait l’air important et poussait tout devant lui en serrant dans son poing un parchemin qu’il conservait précieusement. Le dos bien droit, il le tendit à Aurora avant de détaller.
Sur le parchemin, seulement trois mots : « Il est tombé… ». Le cœur serré, la jeune femme blêmit et laissa le message glisser entre ses doigts. Elle savait ce que ces trois mots, si simples en apparence, signifiaient. Elle en redoutait désormais les conséquences. Aux pieds de la jeune femme, la lettre n’était pas signée. Elle ne portait aucune précision sur l’identité de ce « Il ». Pourtant, les pensées de la Juste complétèrent les non-dits, son cœur devina le nom de l’auteur, le nom du « Il », le nom des responsables et elle se maudit en même temps qu’eux.
Ses yeux se portèrent par-delà la place et rencontrèrent ceux que l’auteur du message posait sur elle. Sur l’estrade des Mentors, l’homme conservait le visage impassible que lui imposait sa fonction, mais ils se comprirent sans avoir besoin de mots. Ce « Il », c’était Sammakko, ils le savaient tous les deux. Qui était responsable, en revanche, il ne pouvait le lui dire. Il n’avait pas le droit de franchir l’Interdit, la Loi du Silence. Elle le savait, elle était liée par ce même pacte. Au demeurant, elle s’en doutait déjà. Alors, elle hocha la tête et fit demi-tour, s’extirpant comme on s’enfuit de la vaste place où bruissait la foule des candidats. Derrière elle, le Juste de Varjo reprenait déjà son rôle de Mentor et accueillait le énième Apprenti de la journée. Lord Kael s’élança aux trousses de la jeune femme.

À suivre…


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Dernière édition par Nymphe Ydeil le Mer 29 Sep 2010 - 19:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Mar 28 Sep 2010 - 14:06

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Dans l'Ombre de Varjo


Aux e-Kolos, qui iront loin.


Aurora repoussa les portes de l’écurie avec fracas, tirant par les rênes un des Akhal Teke sellé. Lord Kael la retint par la manche.

- Attends, dis-moi ce qui se passe.
- Sammakko est tombé.
- Tombé ?
- Il a été fait prisonnier à Varjo, Blarka vient de me prévenir.
- Et alors ?
- Je vais le délivrer.
- Aurora, ce n’est pas ton rôle.
- Il m’a demandé mes terres, trépigna la jeune femme.
- Qu’est-ce que ça peut faire ? C’est un Prince, tu n’es que Juste, laisse les Princes s’en occuper, c’est trop dangereux.
- Il m’a demandé mon aide.
- Tu peux refuser, tu n’es pas obligée de faire ça.
- Non, je lui donnerais l’éternité s’il me la demandait.

Lord Kael pâlit, mais ne répondit pas. Avant qu’il ne songe à l’arrêter, Aurora monta en selle et éperonna son cheval pour s’élancer sur la route du désert. Elle devait tenter d’aider Sammakko, seule cette pensée occupait son esprit. La pâleur de Lord Kael, elle n’y penserait que plus tard. Pour l’heure, les mots de Blarka résonnaient dans sa tête : Il est tombé. Il ne pouvait pas être mort, car alors, les Princes auraient réagi instantanément, prisonnier alors, mais dans quel état ? La peur serrait son cœur, l’inquiétude la torturait.
Elle poussa son cheval jusqu’à l’épuisement, galopant sous le soleil brûlant comme sous les étoiles de la nuit. Elle ne s’arrêta pas, même pour se reposer, et parvint au village de Varjo à l’aube du cinquième jour. Son cheval, épuisé, lui fit défaut à quelques centaines de mètres de l’entrée du village. La malheureuse bête s’effondra sous sa cavalière, renonçant à faire un pas de plus en dépit de l’endurance dont il avait fait preuve jusqu’alors.
Aurora continua le chemin à pieds et pénétra au cœur de la ville, poussée par une motivation sans faille. Elle ne prit pas même la peine de se cacher, ni de retirer la cape blanche qui l’identifiait comme l’une des ennemis de ces terres. Car elle connaissait Varjo et ses environs. C’était le village de ses parents. Elle connaissait les Berkalibs, la famille qui y faisait régner sa loi et ne tolérait pas l’irrespect ou le manque de reconnaissance. Elle savait qu’ici, les Justes étaient considérés comme des cibles, mais c’était aussi le dernier lieu où on aurait imaginé les voir s’installer définitivement. Pourtant, elle avança jusqu’à la place centrale sous le regard étonné des citadins. L’un d’entre eux l’accosta et l’arrêta. Il la dévisagea quelques secondes.

- Vous venez pour le Prince d’Éternité, souffla-t-il enfin avec un sourire édenté et cruel.
- Oui, répondit-elle, étonnée qu’il ait appris l’identité de Sammakko. Gardez pour vous son identité.
- Pourquoi le ferai-je ?
- Parce que je vous le demande, trancha Aurora, aussi cinglante que sa peur de voir le nom de Sammakko traîné dans la boue était grande.

L’homme eut un rictus satisfait et la lâcha. Inquiétée par la folie qui faisait briller le regard de l’individu, elle hésita un instant avant de poursuivre sa route. Garderait-il le secret ? Si le bruit se répandait que les Princes d’Éternité pouvaient se montrer aussi faibles que l’avait été Sammakko, qu’adviendrait-il du fragile équilibre qui garantissait le respect et l’autorité des Justes ? Les citadins la suivirent par curiosité, mais sans l’hostilité à laquelle elle s’était attendue. Un homme était assis devant la porte du bâtiment principal. Il se leva lorsqu’elle approcha.

- Je suis Aurora, Juste d’Andhera, fille d’Urvakan, sous la protection de Gonoe Magma, déclara-t-elle.
- Je sais qui tu es, Aurora. Entre.

La jeune femme suivit l’homme à l’intérieur. Il était jeune, mais son front laissait deviner une maturité et une habitude du combat qu’Aurora ne maîtrisait pas. Face à lui, elle ne ferait pas le poids. Il l’invita à s’installer dans un salon rudimentaire dont les persiennes étaient closes pour le préserver de la chaleur.

- Je viens pour Sammakko, attaqua-t-elle avec une impatience qui ne lui était pas coutumière.
- Je sais.
- Je voudrais obtenir sa libération. J’offrirai la somme d’argent que vous demanderez pour ça.
- Je savais que l’un d’entre vous viendrait, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit une femme, avoua l’homme en l’observant pensivement.
- Que je sois une femme ne change rien, protesta-t-elle, sur la défensive.
- Non, c’est vrai, admit-il en se levant pour aller chercher un cigare dans un secrétaire placé dans un angle de la pièce. Tu sais, au départ, je pensais demander une rançon conséquente, mais j’ignorais encore qu’il s’agissait d’un Prince d’Éternité. J’aurais demandé davantage si j’avais su. Mais à présent, je n’ai plus aucune envie de demander une rançon.

Aurora ne comprit pas immédiatement où il voulait en venir. L’homme alluma son cigare, puis lui fit de nouveau face.

- Il aurait pu être un prisonnier ordinaire. Mais en réalité, je n’ai jamais vu un homme aussi égocentrique. Il a été trop fier pour que je me prive du droit de le tuer.
- Laissez-moi payer, je l’obligerai à quitter ces terres s’il le faut. Il faut le comprendre, les temps sont rudes et sa colère n’était pas dirigée contre vous.

L’homme hocha la tête et souffla un peu de fumée vers le plafond, songeur. Aurora ignorait encore les erreurs qu’avait commises Sammakko. Elle savait pourtant qu’il lui faudrait tout son talent de persuasion pour que son interlocuteur les oublie et accède à sa demande.

- Je suis Sibylle, je peux vous offrir mes services, ajouta Aurora, décidée à le convaincre à tout prix.
- Il ne mérite pas les efforts que tu fais pour lui, nota l’homme, toujours pensif.
- Il est mon Prince d’Éternité…
- Ça ne lui donne pas le droit d’imposer sa loi où il veut.
- Non, je sais, mais je ne vous cache pas qu’en ce moment, notre Ordre subit beaucoup d’attaques, alors que nous ne voulons qu’aider. Il faut le comprendre. Il ne vous voulait pas de mal personnellement.

Elle omit volontairement de mentionner la crise qui agitait l’Ordre, la peur qu’elle avait eue de voir Sammakko partir quelques jours auparavant. Le serment du secret qui la liait aux siens le lui défendait et elle n’avait pas le cœur à entrer dans des détails qui auraient pu faire fléchir plus vite son interlocuteur, mais qui aurait amené plus de questions qu’ils n’en auraient résolues.

- Je peux comprendre qu’il soit surmené en ce moment, mais nous subissons tous le joug des Anathèmes, gronda l’homme. Il n’y a pas que lui.
- Il donne beaucoup pour nous aider. Nous lui en demandons tous énormément.
- Il n’est pas un Roi.

Aurora se tut. « Un Roi ». Ainsi, même ici, on croyait aux Rois. Comment pouvait-elle expliquer à ce guerrier fier et intransigeant tout ce que Sammakko représentait à ses yeux, bien plus qu’un roi dont elle niait l’existence ? Comment lui dire la raison pour laquelle elle se battait pour qu’il soit libéré ? La jeune femme se sentait partagée entre colère et désespoir, ne trouvant pas les mots pour exprimer son souhait.

- Libérez-le, laissez-moi entrer à votre service, tenta-t-elle encore.

Et elle se mordit les lèvres pour les empêcher de trembler, pour masquer sa peur, son impuissance.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Mar 28 Sep 2010 - 14:37

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
La Gloire du Prisonnier


À Micky.


À nouveau, l’homme observa son interlocutrice en silence, puis soupira.

- Que tu viennes le défendre ainsi ne l’aide pas Aurora, tu le sais. Ton sacrifice m’importe peu.
- Ce n’est pas un sacrifice. Je le défends parce qu’il est un mentor pour moi et celui qui m’a protégée jusqu’ici. C’est à mon tour de l’aider.
- Écoute-moi bien, fille d’Urvakan, je vais faire libérer ton Prince. Tu es libre de partir d’ici. Tu ne payeras rien, mais en retour, tu devras devenir notre Sibylle.

Aurora hocha la tête et l’homme l’invita une nouvelle fois à le suivre. Dehors, un brouhaha s’était élevé. La foule s’était réunie autour du bâtiment et l’hilarité générale agitait ses rangs. Aurora ne mit qu’une fraction de seconde à comprendre. À l’opposé de la place, deux gardes amenaient Sammakko. La foule s’était massée autour d’eux et huait le prisonnier.

- C’est un Prince d’Éternité ! Qu’il est beau le Prince ! Criait le peuple en riant.

Sammakko avançait la tête haute, en dépit des fruits et légumes que lui lançaient des citadins plus vils que d’autres. Bien que l’épuisement tirât ses traits, il y avait toujours en lui la même fierté froide qu’Aurora lui connaissait. La jeune femme se fraya un chemin jusqu’à lui, le cœur serré et écarta les curieux qui le pressaient de toutes parts. Les soldats libérèrent Sammakko au moment où Aurora reconnut dans la foule l’homme qui l’avait accostée plus tôt. Il était aux premiers rangs, montrant l’exemple en harcelant le Prince.

- Taisez-vous ! Gronda-t-elle.
- Pourquoi le ferions-nous ? Ricana quelqu’un. Qu’est-ce qui nous en empêchera ?
- Il ne peut rien contre nous, tu crois qu’il nous fait peur ?

F urieuse, Aurora fusilla les impudents du regard, mais la main du Prince sur son bras retint sa colère.

- Laisse, Aurora, murmura-t-il.

Incrédule, elle le regarda sans comprendre. Il lui souriait. Il paraissait si fier, si fort face à la foule moqueuse, et pourtant, elle le sentait fragile. Se trompait-elle ? Était-ce encore cet aveuglement qui la paralysait, cette peur qu’elle nourrissait pour lui ? Ou était-ce bien un nouveau masque qu’il avait mis pour ne pas l’inquiéter ? La foule se refermait déjà autour d’eux. Elle se laissa bousculer, entraîner loin de lui. Il avança jusqu’au bâtiment et salua celui qui l’avait capturé avec la même impudence froide qui lui avait sûrement valu d’être menacé de mort.
Le fracas de chevaux lancés au galop mit un terme à la liesse générale. Blarka, Mikyle, Gonoe et quelques Justes, parmi lesquels Poukram et Lord Kael, arrivaient. L’alarme avait été lancée par ce dernier et avait rapidement eu l’effet escompté.

- Toujours aussi bon guerrier Sammakko ! Joli fait d’armes ! Plaisanta Mikyle.

Et les autres saluèrent à leur tour les prouesses de leur Prince. Aurora, soulagée, remarqua que ces plaisanteries avaient l’avantage de faire taire les quolibets de la foule. En acceptant l’identité du Prince, et en constatant qu’il prêtait peu d’importance à son enlèvement et à la façon dont il avait été traité, les villageois jugeaient inutile de poursuivre leurs moqueries. Au contraire, ils se mirent à acclamer le Prince et d’humiliation, il passa à la considération la plus spontanée. Aurora venait de se heurter aux caprices d’une foule qu’elle n’avait pas su comprendre. Mais ce n’était pas la seule chose qu’elle ne comprenait pas et elle n’était pas très sûre de vouloir obtenir des explications à tant de mystères.

* * *


Le groupe resta jusqu’au lendemain dans le village. De prisonnier, Sammakko devint la vedette de la soirée et les Justes constatèrent avec étonnement que les Berkalibs ne s’en formalisaient pas outre mesure. L’intervention d’Aurora avait au moins eu pour effet de calmer les colères sourdes et d’apaiser chacun. La jeune femme finit par comprendre le fin mot de l’histoire par le biais d’un citadin que l’alcool rendait plus bavard que les autres. Le Prince, en montant un piège dans lequel étaient supposés tomber les Berkalibs, avait été identifié comme membre de l’Ordre. Son arrogance avait ensuite déclenché les hostilités.
Il avait d’abord nié son identité, puis l'avait admis, promettant de tuer celui qui l’avait trahi. Mais comme il arrive si souvent dans ce genre de cas, dès lors que l’un des citadins avait été informé de la présence d’un Prince au village, tout le monde avait appris la nouvelle. Sa colère première avait suffi à exciter les villageois et sa réaction hautaine ne pouvait être punie que par la mort pour ces hommes du désert, élevés dans l’honneur de l’art guerrier.
Déçue par le comportement du Prince, Aurora évita de se mêler aux conversations jusqu’à ce que Lord Kael la rejoigne. Le jeune homme s’assit près d’elle, le regard fixé sur le groupe qui entourait Sammakko.

- Tout le monde parle de ce qu’il y a entre vous, murmura-t-il après quelques minutes de silence qui parurent des heures à Aurora.
- Il n’y a rien entre nous, protesta-t-elle.
-Quand les gens parlent de toi, ils te voient devenir Reine d'Éternité à ses côtés, expliqua-t-il sans perdre Sammakko des yeux.

Cette vision semblait si risible pour Aurora qu'elle retint à grand peine un sourire amusé. Mais elle avait bien compris que le guerrier prenait la chose très au sérieux et s'en garda bien.

- Moi, c'est avec toi que je me vois. Et je ne veux pas être Reine. Tu m'as toujours confié ton avenir, fais moi confiance encore une fois.
- Tu sais, il y a cinq jours, quand tu es partie, je me suis demandé quoi faire, comment réagir. Tu m’as dit que tu lui donnerais l’éternité, mais je ne serai jamais aussi lumineux que lui, jamais je ne pourrais prétendre l’égaler ou rivaliser avec lui s’il décidait de conquérir ton cœur.

Aurora hésita sur la réponse à donner. C’était en partie vrai, car elle cédait volontiers à tous les caprices du Prince, pourquoi aurait-ce été différent s’il avait réellement tenté de la séduire ? Et pourtant, malgré toute cette aura, ce charisme qu’il dégageait, il y avait une part d’ombre, de glace, qui donnait au personnage de Sammakko cette ambiguïté qu’elle détestait tant chez lui. Elle savait parfaitement que le Prince attirait autant de haine que d’amour sur lui et elle était en mesure de comprendre parfaitement ces deux sentiments pourtant contradictoires.
Sous certains aspects, comme le dédain dont il avait fait preuve à Varjo, il était tout simplement haïssable, alors qu’à d’autres moments, comme le voyage qu’ils avaient fait ensemble jusqu’à Andhera, elle avait adoré sa présence.

- Tu n’as pas à l’égaler ou à rivaliser avec lui, parce que mon cœur n’est pas à conquérir. Il appartient déjà à quelqu’un, et c’est toi, déclara-t-elle enfin. Sammakko est pour moi un pilier, il peut me demander ce qu’il veut parce que je me montrerais toujours prête à l’aider s’il le demande. Mais mon cœur n’est qu’à toi.
- Il joue avec toi, estima Lord Kael en pesant chacun de ses mots.

La jeune femme ne répondit pas, parce qu’elle savait qu’à cet instant précis, elle était incapable d’argumenter une réponse négative et qu’elle ne pouvait encore admettre les défauts du Prince d’Éternité.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Sam 16 Oct 2010 - 14:47

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Fais Toi Violence


À Alexandre Dumas, modèle prolifique et à Victor Hugo, parce que « Personne n’a lu tout [Nymphe Ydeil], pas même [Nymphe Ydeil] » et parce que ceci est mon 250e RP [RP – 50] !.


Il était là, comme il avait toujours été là. Aurora n’hésita qu’à peine à lui adresser la parole. Il était révolu le temps où elle s’interrogeait sur la supériorité du Prince et après son emprisonnement, elle devait lui parler, lui exprimer toute la rancœur qui pesait sur son cœur. Mais elle ne trouva pas les mots pour lui exprimer ce sentiment étrange qui la poussait à se sentir profondément inutile. Alors, elle opta pour un compromis.

- J’ai besoin d’une pause, annonça-t-elle sans détour.

Il lui adressa ce regard interrogateur qui restait tellement ambigu. Elle ne savait pas très bien s’il s’étonnait ou avait vu venir la situation. À bien y réfléchir, il devait savoir.

- Je n’ai plus la force et l’énergie, avoua-t-elle.
- Repose-toi.
- Je ne fais que ça.

Et ce n’était qu’un demi-mensonge. Elle se sentait incapable de faire quoi que ce soit tant elle était fatiguée. L’emprisonnement du Prince, son combat pour le faire libérer l’avait épuisée, moralement, et physiquement.

- Les pauses, c’est le mal, déclara-t-il.

Malgré le sérieux de la discussion, Aurora sourit, amusée par le ton docte du Prince.

- Si tu me dis ça maintenant, c’est qu’il y a une raison que tu ne me dis pas, et ce n’est pas qu’une question d’énergie, continua-t-il sans se départir de son calme. Peut-être te rends-tu compte enfin que le fonctionnement de l’Ordre n’est pas simple et qu’il y aura toujours des gens pour chercher à ralentir ta progression.

Étonnée et incapable de faire le lien entre la situation et le discours du Prince, elle le fixa sans comprendre. À son regard, il devina son incompréhension et continua.

- Mais je crois surtout que tu te vides de ton énergie seule en prenant trop les choses à cœur, en voulant bien faire à chaque fois et en pensant toujours aux autres avant de penser à toi. Ça t’épuise et je pense que je suis bien placé pour le savoir.
- Pourquoi crois-tu que c’est toi que je suis venue voir ? Souffla-t-elle, lasse.
- Parce que tu es secrètement amoureuse de moi et que tu ne veux pas l’avouer… Répondit-il simplement.

Un court instant, Aurora balança entre désarroi et colère, jusqu’à ce qu’elle aperçoive le sourire délibérément moqueur qu’il affichait.

- Je peux te le dire de mille façons différentes, si ça peut t’aider à le comprendre et à l’apprendre, mais tu dois te faire violence, déclara-t-il en redevenant sérieux.
- J’ai déjà entendu ça quelque part, répondit-elle doucement.

Mais elle avait l’impression de se faire faire la morale sans réagir. Son instinct de combativité l’avait abandonnée, la laissant sur le sentiment amer de tourner en rond. Pourtant, elle voulait se battre, réussir pour ne pas laisser croire au Prince qu’il parlait dans le vide.

- Tu sais probablement mieux que personne comment je fonctionne, mais je n’ai toujours pas compris comment tu fais pour rester debout en prenant en charge tellement de choses, continua-t-elle s’en avouer sa volonté de lui ressembler.
- J’ai assez d’expérience pour savoir faire la part des choses quand il le faut, mais j’ai surtout un exutoire, dont personne ne connaît l’existence et dont je ne dirais jamais rien. Et j’ai surtout ma fille et l’espoir qu’elle me donne.

Bien qu’elle ait une furieuse envie de l’interroger sur cet exutoire dont il avait déjà trop dit, Aurora se garda bien de manifester sa curiosité déplacée.

- Je n’ai pas de réelles motivations. Et tout ce qui se passe en ce moment me semble terriblement futile, j’ai l’impression que tout m’échappe, répondit-elle avec une colère sourde.
- Lord Kael est ta motivation. Pour le reste, tu le sais déjà : il faut te faire violence !
- Oui, mais où est la limite quand tu dis que je veux « trop bien faire » ?
- C’est à toi de la trouver, Aurora. Je ne peux pas te donner une réponse alors que ça dépend de beaucoup trop de choses qui te sont personnelles, déclara-t-il doucement, en détachant chacun de ses mots. Cette limite change dans le temps et tu dois apprendre à la doser. Je peux te donner un exemple tout bête : durant les derniers jours, tu as voulu trop bien faire, que ce soit pour ma délivrance ou ton engagement auprès des Apprentis d’Andhera.
- Je l’ai fait pour toi, se justifia-t-elle, boudeuse. Et pour aider Gonoe.
- Peut-être, mais tu n’es pas Gonoe et entre vous deux, la carapace et la sensibilité ne sont pas les mêmes. Il y a certaines choses qui te font réagir sur le champ, alors qu’il les prendra avec indifférence. Hier, quand les villageois m’ont critiqué, cela t’a énervée, alors que moi, cela m’amusait. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
- Pourtant, c’est le genre de choses qui fait aussi bondir Gonoe, même s’il s’est calmé avec le temps. Nous nous amusons des mêmes choses, mais on a aussi les mêmes principes et les mêmes valeurs ! Les trois quarts du temps, il ne dit rien, mais ça ne l’empêche pas d’enrager en silence. C’est pour cela que je m’entends à la perfection avec lui : il me calme quand je m’énerve et je le calme quand il s’énerve. On se complète.

Aurora ne comprit pas qu’elle faisait fausse route. Elle ne vit pas que la seule chose qu’il avait voulu lui montrer, c’était que la limite n’était pas la même pour tous. Elle ne vit pas non plus qu’elle s’était enflammée bien trop vite, qu’elle avait une fois de plus oublié de « se faire violence ». Elle rougit violemment lorsqu’elle s’en rendit compte et détourna le regard, gênée.

- Fais toi violence, répéta le prince avant de quitter la pièce.

Aurora resta seule, égarée. Elle se mordit l’intérieur de la joue, désappointée. Elle piaffait d’impatience et de frustration, ne comprenant pas les dialogues à demi-mots du Prince, ses énigmes et ses réticences à répondre. Plus que tout, elle se sentait inutile, ne comprenant pas pourquoi il minimisait ainsi son aide.
Lorsqu’elle quitta la pièce à son tour, ce fut pour rencontrer Blarka. En quelques mots rapides, elle l’informa de la situation et lui mentionna ses préoccupations.

- Tu devrais arrêter de penser à Sammakko et prendre une pause, déclara le Mentor. Retourne à Andhera, occupe toi de ta ville et laisse-le gérer sa vie comme il l’entend.

La jeune femme hocha la tête et sortit. Sur le seuil, elle s’arrête un instant et réfléchit. Son choix fut vite fait. Quelques minutes plus tard, elle avait sellé un cheval et s’élançait en direction du désert tandis que, mentalement, elle érigeait des barrières entre elle et Sammakko. Pour la première fois depuis longtemps, elle ne sentit plus la présence du Prince en bordure de son esprit et elle en éprouva un soulagement extrême.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Ven 4 Mar 2011 - 18:00

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
Le Désert Blanc


À Lord Kael, aux InF for ever pour ce retour et les sourires qu'il a engendré.


Aurora se réveilla en sursaut. Les yeux ouverts sur la nuit, elle écouta le désert qui bruissait autour d’elle. Ce n’était pas cela qui l’avait tirée du sommeil, mais quelque chose de plus anormal. Elle ne comprit pas immédiatement que c’était le silence de ses pensées qui l’avait dérangée. La présence constante de Sammakko laissait dans son esprit un vide pénétrant. Avec un grognement d’agacement, la jeune femme se leva. Elle se sentait vaguement coupable d’avoir érigé des barrières mentales contre son Prince, mais refusait obstinément d’admettre que son absence lui pesait.
Elle savait qu’elle ne parviendrait pas à se rendormir, alors elle sella son cheval, les doigts encore engourdis par le froid de la nuit, puis reprit sa route. Sur l’horizon, les prémices de l’aurore faisaient leur apparition, tandis que de l’autre côté, vers l’ouest, les montagnes noires prolongeaient la nuit. Aurora eut un pincement au cœur en fixant les monts brumeux. Derrière ces cols, c’était la mer, et au-delà de la mer, Astrée la bienveillante, que la jeune femme avait quittée depuis si longtemps.
Bercée par la marche de sa monture, Aurora se laisser aller aux souvenirs de son initiation. Dès le départ, Sammakko s’était démarqué auprès d’elle par sa proximité. À présent, ce silence qui la privait de sommeil au lieu de l’apaiser était comme une déchirure. Elle persistait à la supporter malgré tout, parce que la présence du Prince lui était plus insupportable encore. Le cheval butta contre une pierre et fit un écart qui arracha sa cavalière à ses pensées.
Le bruit d’un vol lourd et régulier se faisait entendre au dessus de leurs têtes, mais aucune silhouette ne planait dans la lueur de l’aube, comme si les créatures ailées fuyaient la lumière du jour. Même lorsque le soleil creva la ligne de l’horizon pour chasser définitivement la nuit, rien n’apparut, bien que les battements d’ailes soient toujours audibles. Préoccupée, Aurora fixa le ciel jusqu’à ce que l’éclat du soleil se réfléchissant sur le sable soit devenu trop aveuglant.

* * *


Sammakko eut un soupir contrarié. Il était incapable de retracer la présence d’Aurora au sein du pouvoir mental. À voix haute, il jugea la jeune femme inconsciente, mais ne chercha pas à abattre les barrières mentales qu’elle avait érigées contre lui. Aux côtés du Prince, Mikyle eut un haussement d’épaules significatif. L’irresponsabilité d’un tel geste aurait dû être sanctionné, mais il savait que son allié n’en ferait rien.

- Elle est dans le désert du sud, en direction d’Andhera, déclara-t-il, presque à contre-cœur. Tu ne devrais pas avoir beaucoup plus d’un jour de retard sur elle.

Sammakko le remercia d’un signe de tête. Quelques minutes plus tard, il chevauchait un dragon colossal en direction du sud. Le vol puissant de la bête lui fit gagner un temps précieux sur Aurora. En quatre heures seulement, il aperçut un nuage de poussière sur l’horizon et trois heures plus tard, il plantait en cercles concentriques, mille mètres au dessus d’Aurora. Sous eux, le bruissement de milliers d’ailes se faisait entendre et le dragon renâclait sauvagement, visiblement contrarié par la présence d’animaux étrangers.
Avec douceur, Sammakko l’obligea à descendre vers le sol. Nerveuse, la bête perdit de l’altitude et gagna le flot des créatures ailées qu’il avait surplombé jusque là. À plusieurs reprises, elle fit claquer sa mâchoire en direction de ses côtés, un grondement furieux au fond de la gorge. Ses ennemis, que son cavalier ne pouvait apercevoir, semblaient le serrer de près. Le vol du dragon blanc devenant de plus en plus hératique, Sammakko fit descendre sa monture jusqu’au sol et ils atterrirent à quelques mètres d’Aurora, qui s’était arrêté en les apercevant. Les deux cavaliers mirent pied à terre en même temps.

- Je savais que c’était toi… soupira Aurora dès qu’elle fut à portée de voix.
- Normal, tu n’attendais que moi ! Plaisanta le Prince avant de redevenir brutalement sérieux. Raconte moi tout.

Durant quelques secondes, tous deux avancèrent en silences aux côtés du cheval. Puis Aurora s’arrêta et leva les yeux vers le Prince. Instantanément, Sammakko blêmît, avant même qu’elle n’ait prononcé un mot.

- Oh non ! Lâcha-t-il à mi-voix, au moment où elle annonçait :
- Je voudrais te présenter ma démission.
- Refusée, fut la réponse immédiate.
- Sammakko… protesta la jeune femme, lassée par les jeux du Prince.
- Donne-moi une seule bonne raison !
- Donne-m’en de rester ! Répliqua Aurora, que la colère rendait impatiente.

Elle ne voulait pas rester, mais elle aurait tout fait s’il le lui avait demandé. Inconsciemment, elle ne cherchait que le moyen pour qu’il la retienne. Mais il n’en fit rien.

- Ce n’est pas à moi de le faire, c’est à toi. On a tous nos instants de faiblesse et on remonte la pente. Tu le feras aussi, et je suis sûr que je partirai de l’Ordre avant toi.
- Ne dis pas ça, c’est une des raisons qui me pousserait à partir.
- Et alors ?

Aurora fit voler un peu de sable du bout du pied. Elle ne répondit pas. Sammakko faisait exactement l’inverse de ce qu’elle attendait de lui et elle ne nourrissait plus que colère à son égard.

- Il y en a d’autres que moi au sein de l’ordre. Erraldoïak est revenu, Gonoe est présent comme jamais, même Litica est sur le point de revenir.
- Je ne connais pas Litica ou Erraldoïak, avoua Aurora à mi-voix, attristée que Sammakko ne comprenne pas l’importance qu’elle lui donnait. Et puis je suis en froid avec Gonoe.
- Ça arrive…
- Je n’en peux plus de chercher ma place, laissa-t-elle tomber, sans ajouter que c’était auprès de lui qu’elle cherchait sa place. Je m’investis mais ce que je fais ne sert à rien.

Avec amertume, Aurora songeait à son échec cuisant à Varjo. Chercher à aider le Prince pour se rendre compte que ça n’avait servi à rien l’avait vidée de toute énergie et de toute volonté.

- Si tu veux trouver ta place, change un peu, sois moins douce et plus autoritaire. C’est en t’imposant que tu te feras une place, pas en te fondant dans la masse.
- Je ne me fonds pas dans la masse, protesta-t-elle d’un ton buté, vexée qu'il puisse le penser.
- Tu es comme Poukram, il prend soin des autres, parfois, trop. Mais il manque de personnalité. Quant à toi, en dehors de tes visions, de ta manière très féminine de faire, tu n’es pas très différente de Tyttö.

Aurora rougit de colère. La comparaison était outrageante, à la limite de sa tolérance : elle détestait Tyttö, malgré la proximité qui avait été la leur durant leur initiation. À ses côtés, Sammakko eut un bref sourire satisfait. Apparemment, il n’avait pas choisi ce rapprochement par hasard.

- Tu as un caractère fort, Aurora. Mais tu ne le montres pas. Tu dois te faire respecter autrement que par tes visions ou par ta gentillesse, par quelque chose qui en impose chez toi. Sois plus directive.

Comme toujours, Aurora ne trouva rien à répondre aux propos du Prince. Elle se refusait à l’interroger, car elle ne comprenait pas exactement où il voulait en venir. Elle y réfléchirait plus tard, et en tirerait ses propres conclusions, si elle parvenait à les trouver.

- Quand je suis entré au sein de l’Ordre, j’étais comme toi, timide, réservé. Je me suis affirmé ensuite, quand j’ai été seul Juste pour deux villes : Schrei et Maxia. Les deux Gardiens étaient absents, j’étais parfaitement seul. Ça renforce le caractère, tu apprends à t’affirmer, seul.
- J’ai été seule quand Gonoe est parti il y a quelques jours. La seule chose qui en est ressortie, c’est de la colère et l’envie de passer la ville à feu et à sang comme il dit.
- C’est toujours le sentiment que j’en ai après toutes ces années au sein de l’Ordre.
- Donc, travailler au sein de l’Ordre, c’est être seul ? Se méprit Aurora.
- Non, mais chaque fois que nous sommes confrontés à des problèmes, les mêmes sentiments reviennent : colère, frustration et rage. Avec le temps, ça se maîtrise, mais ça ne change pas.
- C’est la solitude devant la situation qui m’a mise en colère.
- Parce que tu manques encore d’expérience.
- Je n’ai plus qu’à retourner à Andhera alors, comprit Aurora, avec une moue qui se voulait amusée.

Sammakko sourit sans répondre. La réponse était trop évidente pour qu’il prenne la peine de l’énoncer. En silence, il aida la jeune femme à remonter en selle, puis leva les yeux vers elle. Elle le fixait, un demi sourire aux lèvres, à la fois apaisée et chagrine. Il avait réussi à la calmer sans chasser pour autant ses doutes. Ce chemin-là, elle le parcourrait seule, comme toujours. Par fierté, mais aussi parce qu’elle apprendrait plus facilement ainsi.
Durant quelques heures, ils chevauchèrent côte à côte, le dragon glissant sur le sable avec aisance à quelques mètres de l’étalon. Au crépuscule, ils s’étaient déjà considérablement rapprochés d’Andhera et s’arrêtèrent pour se reposer. Avant de s’endormir, Aurora abaissa les barrières mentales qui tenaient le Prince à distance. Immédiatement, elle sentit sa présence aux bordures de son esprit. Il était là, présent, comme toujours. Elle sombra dans le sommeil, un sourire aux lèvres.

À suivre…

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Dernière édition par Nymphe Ydeil le Sam 5 Mar 2011 - 20:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Princes d'Éternité - INTÉGRALE   Ven 4 Mar 2011 - 18:20

* * * LES PRINCES D'ÉTERNITÉ * * *
La Décision des Autres


À Jonathan, à Maxime...


Le vent de la nuit sifflait contre ses joues, sa chevelure s’enroulait autour de son cou. Sous ses pieds, le sable réfléchissait la lumière de la lune, quelques deux cents mètres plus bas, transformant le désert en une vaste étendue argentée. Un éclair pourpre zébra les cieux vers l’ouest, du côté des Montagnes Noires. Un anneau d’or naquit là où le trait de lumière avait frappé le sol et le fracas du tonnerre lui parvint avec un temps de retard.
Le maillon lumineux s’étendit progressivement, faisant apparaître un immense portail carmin. Le vent parut soudain plus froid, la lumière de la lune plus agressive et le silence plus angoissant. La croissance du cercle s’accéléra jusqu’à atteindre un large périmètre, et s’arrêta brutalement. Le vent tomba, l’astre nocturne se voila. Puis, un son de corne retentit au cœur de la nuit, profond et grave et le portail se mit à pulser, chaque pulsation doublée d’un nouvel appel du cor.
Sans qu’aucun signe avant-coureur n’ait laissé présager le phénomène, la surface pourpre creva subitement, libérant dans l’air un essaim plus noir que la nuit elle-même. Le cri strident qui se fit entendre, bien plus puissant que le cor, vrilla les oreilles d’Aurora. Alors elle sut que l’horreur venait de s’abattre sur le monde. Elle voulut faire demi-tour, fuir, mais une horrible sensation de chute s’empara d’elle et en quelques secondes, la nuée la gagna, l’entoura, puis l’engloutit définitivement. Le cri enfla… et la réveilla.
Elle se redressa dans le sable en cherchant son air comme le nageur qui se noie. Sammakko avait bondi près d’elle. Elle cessa de crier, abasourdie. Elle tremblait violemment.

- Juste un cauchemar, hoqueta-t-elle pour rassurer le Prince.

Mais l’anxiété ne quitta pas le visage allié.

- Qu’as-tu vu ? Interrogea-t-il d’une voix rauque.
- Un… portail… rouge.

Saisi par la stupéfaction, Sammakko ne répondit pas immédiatement. Encore prisonnière des brumes de son rêve, Aurora ne faisait pas encore la part des choses entre la réalité et l’imaginaire. Sur son bras, les doigts du Prince se serrèrent un peu plus.

- Où as-tu vu ce portail ?
- Je ne sais. Dans le rêve, il y avait les montagnes noires derrière le portail.

L’esprit de Sammakko frôla celui de la jeune femme, comme pour lui demander la permission de l’envahir. Il y avait dans cette requête plus de douceur qu’à l’ordinaire. Ce qu’il chercha, Aurora ne le perçut pas. Elle le laissa errer à travers ses pensées, puis il se composa un visage plus calme et à mi-voix, il annonça :

- Prépare-toi, nous rentrons.
- Rentrer ? Mais où ? Protesta la jeune femme.

Il s’était déjà redressé et scrutait les montagnes à l’horizon. Il répondit sans la regarder :

- À Andhera.

Sans comprendre, Aurora obéit. Sammakko dessella son cheval, ramassa bride et harnachement et claqua la croupe de l’étalon qui disparut bientôt dans la nuit du désert.

- Tu monteras derrière moi, expliqua le Prince. Nous irons plus vite.

Il paraissait toujours aussi calme, mais ses mots trahissaient l’urgence. Aurora n’osa pas l’interroger. Elle avait compris que son rêve était plus qu’une vision ordinaire, mais elle n’en saisissait pas encore toute la portée. Tout ce qu’elle avait vu lui semblait démesuré, impossible et fou. Pourtant, l’inquiétude de Sammakko était bien réelle.
La jeune femme ne prononça pas un mot durant le vol. Elle ne s’endormit pas non plus, malgré la fatigue accumulée. Lorsqu’ils arrivèrent à Andhera, peu avant l’aube, Gonoe les attendait. Malgré son envie de participer à leur conversation pour tenter enfin d’obtenir plus d’informations, elle n’eut pas la force de veiller davantage. Sitôt qu’elle fût installée au creux d’un fauteuil, elle sombra dans une sorte de torpeur éveillée. Les deux hommes, accoudés à la table, discutaient déjà à voix basse.

- Ce n’était pas un rêve ordinaire, disait Sammakko.
- Ont-ils les moyens de le faire ?
- Oui, ils ont épuisé le gisement d’Astrée. Tes villes seront probablement les premières touchées.
- Je lutterai.
- Je vais rentrer à Deak’Li, il est temps d’appeler les Dieux.
- Tu sais très bien qu’ils ont quitté nos terres depuis…
- Ils viendront. Fais moi confiance. Et puis nous n’avons…

Le reste se perdit dans l’esprit d’Aurora qui sombra dans un sommeil réparateur. À son réveil, elle pensa qu’elle avait rêvé de nouveau, que la conversation entre les deux hommes n’avait été que le fruit de son imagination, mais les traits tirés de Gonoe la détrompèrent rapidement. Appuyé contre le cadre de la fenêtre, il fixait pensivement le vide. Sammakko avait disparu. La présence d’Aurora poussa le gardien à se retourner.

- Ça va ? Demanda-t-il.

Elle se contenta de hocher la tête. Oubliée leur querelle passée. Oubliée la peur qu'elle avait eu de le perdre. Seule l'angoisse restait dans les regards qu'ils échangèrent. Il lui serra la main, comme pour lui communiquer une force qu’il n’avait probablement pas lui même. Elle n’avait pas besoin de mots pour comprendre qu’il était plus inquiet pour elle que pour lui. Il semblait vouloir la protéger d’une menace aussi fatale qu’indéfinie. Pour la première fois, Aurora eut peur. Elle ne comprenait pas ce qui se passait et le mystère de la situation la stressait.

- Vous allez appeler les Dieux ? Demanda-t-elle à voix basse.
- Tu nous as entendu, constata-t-il, vaguement déçu. Oui, les Princes vont le faire.

Aurora hésita à poser la question qui lui brûlait les lèvres. Elle trouvait ce recours absurde. Elle n’avait jamais cru à ces légendes.

- Tu les as déjà vus, toi ?
- Non.
- Alors, si ce que j’ai vu se produit, on va seulement attendre que des Dieux interviennent alors que personne ne les a jamais vus ?
- Ne doute pas Aurora, répondit froidement la voix de Sammakko derrière eux.

La jeune femme se rembrunit, vexée. C’était la première fois qu’elle entendait Sammakko lui parler sur ce ton et le reproche n’en était que plus fort. Gonoe fit comme s’il n’avait pas senti le changement d’humeur de sa protégée.

- Tu es prêt à partir ? Interrogea-t-il.
- Oui, j’ai prévenu Mikyle et Erraldoïak, ils me rejoindront à Deak’Li d’ici deux ou trois jours, si je fais la route assez vite pour les rattraper. Tu tiendras le coup ?

Le Gardien hocha la tête et Aurora admira sa bravoure.

- Emmène Aurora avec toi, ajouta Gonoe.

Sammakko approuva d’un signe et la jeune femme comprit que son mentor voulait l’éloigner pour la protéger.

- Non, je ne veux pas, souffla-t-elle.
- Ne proteste pas. Je ne pourrais pas lutter efficacement si je me soucie sans arrêt de ce que devient ma petite Juste, répondit doucement Gonoe.

Aurora secoua la tête, malheureuse, mais elle savait que la logique du Gardien était la plus sage. Il y avait si peu de choses qui auraient pu la séparer de lui. Ce qui arrivait, quoi que ça soit, ne pouvait être que très grave. Elle retint à grand peine ses larmes et il l’enlaça avec tendresse.

- Ne pleure pas ma belle, tout ira bien.
- Dis-moi ce qui se passe, supplia-t-elle, l’inquiétude menaçant de la submerger.
- Je t’expliquerai en route, répondit Sammakko.
- Et Andhera ? Qui la défendra ? Interrogea-t-elle encore, repoussant l'inévitable.
- Je la défendrai, lui assura Gonoe en la repoussant doucement.

Elle réalisa qu’elle ne pouvait pas reculer. Tout s’était décidé entre le Prince et le Gardien et encore une fois, elle ne pouvait lutter contre une situation qui la dépassait très largement. Alors elle quitta son mentor à regret et quelques minutes plus tard, Sammakko et elle survolaient à nouveau le désert sur le dos du dragon. La peur ne quittait plus le cœur de la jeune femme.

À suivre…

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« À Sionabel, un Rêve sera toujours apporté à ceux qui en font la demande. » [Nymphe Ydeil]
« Certains disent que seule la guerre peut faire de nous des frères. Ceux-là n'ont sans doute jamais essayé d'écrire avec quelqu'un... » [Yuen]
« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]
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