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 WRONG WAY

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B3nito
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MessageSujet: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:05



WRONG WAY
* Clandestin *


À celle qui m'a empêché d'aller jusqu'au bout de mon désir. Et à celle qui en est la cause...



Ça y est. Je suis parti. Je jette un oeil par le hublot crasseux, maculé de saletés et marqué par le temps. La terre s’éloigne lentement, les énormes grues métalliques inactives ne deviennent rapidement plus que des ombres grises. Le bateau tangue, mais je n’ai plus peur à présent. Je regarde autour de moi. Je ne les vois pas toujours, je les entends quelques fois, mais je sens leur présence. Ils sont au moins une vingtaine, perdus comme moi dans l’immense cale du transporteur. Des caisses de bois et de fer nous servent de refuges. Certaines contiennent de la nourriture, les plus chanceux obtiennent des couvertures. Le jour tombe rapidement, la recherche furtive de vivres m’occupe très vite, et nous ne sommes pas partis très tôt. La lune éclaire une mer d’huile. Je m’extasie quelques minutes devant ce spectacle. Mon premier jour en tant que clandestin.

J’ouvre les yeux. Le soleil filtre par les dizaines de petits hublots qui constituent les fenêtres de la cale. J’avais gardé une pomme à mes côtés pour mon petit déjeuner, mais on me la volé. Pas grave, je pense, le plus important est là. Je jette un oeil sur mon sac. Je l’ai attaché à mon bras, il possède un cadenas et est toujours hors des regards indiscrets. Je m’assieds en tailleur et regarde par la fenêtre sale. La longue suivie qui saille la mer derrière la coque titanesque attire mon regard. Je le laisse se perdre quelques instants, puis j’observe chaque recoin de la cale avec attention. Je repère plusieurs de mes compatriotes. La plupart viennent des pays pauvres, et sont colorés de peau. Je dois trancher avec eux, la pâleur morbide qui m’habite ne m’ayant certainement pas quitté.

Je passe la main sous mon menton, l’air pensif. Je commence à piquer, j’ai bien envie de me raser et de prendre une douche. Mais ce n’est pas chose aisée. Il reste encore une bonne semaine de traversée. Après, l’Atlantique aura été vaincu et on débarquera furtivement au Canada. Je m’occupe comme je peux. Les journées sont longues. J’explore un peu la cale, mon sac difforme sous le bras. Mes yeux fureteurs repèrent les coins à éviter. Ici une famille de clandestins un peu trop armés à mon goût. Ils m’observent, cachés dans la pénombre, croyant naïvement que mon regard perçant ne les a pas repérés. Je continue ma marche discrète, pensif. En fouillant dans une caisse de bois, j’y trouve une cartouche de cigarettes, une des dernières, dans une autre dévalisée, je me saisis d’une espèce de plaid crasseux. Je les enfouis dans mon sac, content de mes trouvailles qui s’avèrent particulièrement utiles.

La journée passe lentement, les secondes défilant au compte-goutte. Il commence à faire très chaud, et il n’y a pas beaucoup d’eau disponible. La solidarité est aussi sèche que nos gosiers, personne ne tient compte des soucis de son voisin, alors qu’ils luttent dans le même combat. Je laisse mes pensées s’évader tandis que l’obscurité s’empare à nouveau de la lumière, et seul un grand point brillant sera visible dans la voûte céleste ce soir là. J’attends, patiemment, luttant contre la fatigue, me battant pour laisser ouvert mes yeux qui piquent.

Le silence est à présent entrecoupé des ronflements peu inaudibles. J’observe, satisfais, mon repère. Des caisses de bois forment quatre murs, et le plaid trouvé dans l’après-midi me sert de toi. J’ouvre avec une infinie précaution le cadenas et la fermeture éclair qui clôturent mon sac. J’en sors avec la même attention une tablette électronique dernière génération. La luminosité est au minimum. Je pose ma main sur l’écran tactile.

« Slide to Unlock »

Je déverrouille l’écran, et accède à une application bien pratique. Je capte un réseau satellite, et me voilà propulsé dans le monde étrange du Web. Devant moi, un écran rempli de noir. En quasi-totalité. Un tiret bas vert fluo clignote. Je presse l’écran doucement, un clavier apparait. J’enclenche le mode super utilisateur, tape mon mot de passe. Des actions si banales, répétitives, que j’ai exécuté maintes et maintes fois. Ça y est. Je suis connecté. Je tape quelques commandes et j’accède enfin à mon but. L’ordinateur de bord de l’immense paquebot.

Les mots de passe sont d’une simplicité hallucinante. En quelques minutes, j’accède à toutes les données. Je récupère celles qui m’intéressent, télécharge l’itinéraire du voyage et le dossier le plus important. La liste des clients livrés via l’immense bateau. J’éteins ma tablette bien pratique, la replace dans mon sac et referme toujours aussi doucement les fermetures avant de verrouiller le cadenas. Je m’allume une cigarette et me délecte de la fumée mortelle qui envahit mes poumons...



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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:05



WRONG WAY
* Élément Corrompu *


À celle qui m'a empêché d'aller jusqu'au bout de mon désir. Et à celle qui en est la cause...


C’est long. J’en ai marre. Marre de ce trou à rat. Marre d’entendre les ronflements inhumains qui ponctuent mes nuits. Marre d’avoir ces cris vrillant mes tympans d’hommes grossiers en manque d’une goutte d’alcool, de si mauvaise qualité soit-il. Marre de ne pas pouvoir prendre une douche. Marre de crever la dalle. Marre de passer mes nuits à étudier la liste des clients que j’ai réussi à obtenir. Des cernes délicats soulignaient mes yeux verts à présent. Une barbe intense était apparue sur mon visage. Un vrai clochard. C’était le cinquième jour. Et pourtant, celui-ci ne sera pas comme les précédents.

J’entamais la troisième recharge auxiliaire destinée à ma tablette numérique. Cette dernière m’indiquait que la troisième heure du matin allait faire une apparition imminente. Je n’y prêtais une attention que très limitée, ma concentration se perdant dans la lecture des noms, leur apparition dans le registre des gens recherchés, de leur historique de mouvement vis à vis du grand transporteur qui m’hébergeait et dans l’écoute du moindre bruit suspect capable de mettre en péril mon œuvre. Jusqu’à ce jour je n’avais jamais été dérangé par les clandestins autour de moi...

Je sursautai. Des éclats de voix s’approchaient peu à peu de la lourde porte gardant l’entrée de la cale. Des rires peu discrets, des voix nonchalantes et fortes. J’éteignis rapidement la tablette et tenta de dissimuler du mieux que je le pus les traces d’un campement primaire. Des frôlements de toile se faisaient entendre non loin de moi. Toute la cale semblait se réveiller et était désireuse de s’enfoncer dans le sol. Deux torches illuminèrent l’endroit soudainement, perçant les ténèbres de leur rai de lumière violente. Je sentis la peur chez mes voisins. S’ils étaient surpris, ils seraient remis aux autorités canadiennes dès leur arrivée. Chose qu’il devait éviter à tout prix. Le premier gaillard s’approcha d’une caisse et lança :

- Celle ci fait partie des «fameuses soixante-quatre». Imagine, sur ces trois-cents caisses, soixante-quatre sont remplies de drogue, de matériel électronique volé... On a qu’à se servir, qui se plaindrait de ne pas recevoir une marchandise obtenue de manière douteuse ?

L’autre ricana d’un rire qui sentait l’alcool. Les deux compères ne valaient pas mieux que les clients sans scrupule qui étaient la destination du voyage. Mais les informations données ouvertement par le marin me serviraient certainement pour plus tard. Soudainement, les deux compagnons s'arrêtèrent dans leurs fouilles. Un bruit les avait en effet alertés... Ils scrutèrent la cale, un regard soupçonneux les habitant. Mais tous s’étaient presque bien cachés. Presque.

- Là ! Mais qu’est-ce qu’il fait là ?

Sans ménagement, ils saisirent chacun un bras de l’homme qui hurla dans une langue qui m’était inconnue. Je fermai les yeux, tentant de me concentrer au delà des cris poussés. J’avais envie d’insulter cet inconscient qui risquait de mettre en péril toute ma mission. Il était évident qu’ils reviendraient la nuit passée, probablement armés et nombreux. Toutes les informations étaient stockées dans ma tablette. Il me fallait être invisible. Et cette fatalité paraissait inaccessible. J’entendis se refermer la lourde porte, étouffant les cris du clandestin peu discret.

Je ne dormis que très peu cette nuit là. Je cherchais en vain une solution pour me sortir de ce piège qui lentement, mais sûrement, se refermer sur moi. À mon grand désespoir le soleil se leva doucement, les premiers rayons commençant à illuminer peu à peu la cale. Des bruits se firent de nouveau entendre à l’entrée. Je serrais un peu plus mon sac sur moi. Je n’avais pas peur, oh non. J’étais juste dégoûté de voir mon travail réduit à néant à cause d’un néophyte dans l’art de la discrétion.

Ils s’approchèrent. Des grosses voix, ordonnant en diverses langues de sortir immédiatement ou ils utiliseraient la force. Je jetais un oeil par dessus les caisses de marchandises. Ils étaient une bonne trentaine. Si combat il devait y avoir, il serait beaucoup trop court, des armes en tout genre ponctuaient leurs vêtements. Il était temps d’agir. Je pris mon sac et l’enfonça dans une brèche repéré l’avant veille : il était quasiment invisible à présent. Je pris mon couteau, quelques armes discrètes, poussa un cri et me rua dans la mêlée...



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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:06



WRONG WAY
* Cavalcade Incessante *


À l'enfant de l'océan aux yeux de coquillage et à l'ARCDC...



Naïf. Je l’avais été. Il existe un moment entre l’idée de commettre une action et le moment où on la fait qui obscurcit nos sens. Un mélange d’adrénaline, de peur, d’hésitation et de stress. Combinées toutes ensemble, ces trois sensations nous aveuglent et nous donnent l’illusion d’être plus fort qu’à l’accoutumée. Résumons. Je suis incapable de lutter, aussi bien armé que je puisse l'être, contre une trentaine de personne. La rixe ne dura pas bien longtemps. J’encaissai moins de coup que je n’en donnais. Le sang avait coulé. Quelques uns ne s’étaient pas relevés sous l’impulsion d’une clé anglais truquée, parsemée de piques tranchantes, ou sur le choc d’un poing américain renforcé au carbone.

Mais mes techniques de combat n’étaient pas efficaces contre une telle quantité d’ennemis. Bientôt, je fus emmené bien loin de la cale. Je saignais du nez et mon arcade sourcilière était en piteux état. Sans ménagement, ils m’entraînèrent dans une cabine étroite et rapiécée. Une forte odeur de renfermé emplit mes narines tandis que j’entendais le verrou de la porte se refermer sur mon destin... J’essuyais avec grand peine le liquide vermeil qui émanait de mes contusions à l'aide de la toile blanchâtre qui faisait office de drap. La décence et la dignité humaine ne pouvaient accompagner un clandestin. En fin de compte, la mission était une réussite à tout point de vue.

J’avais les données que l’on me réclamait.

J’avais réussi à les conserver jusqu'à maintenant.

Bon, le seul problème, c’est que j’étais dans une situation assez délicate. Il restait à présent une journée avant l’arrivée du bateau, et j’étais enfermé en attendant que la police fasse son office. Je devais m’échapper, retourner dans la cale probablement gardée à présent, récupérer discrètement mon sac de toile et disparaître aussi sec. Les marins m’avaient fouillé mais pas aux bons endroits. J’attendis donc impatiemment que la nuit pointe le bout de sa lune pour enfin agir. Il devait être deux heures du matin et le clapotis contre la coque m'indiquait qu'on devait s'approcher des côtes.

J’ouvris les premiers boutons de ma chemise crasseuse et en sortis un petit pendentif en forme de cercle. Une forme tribale rouge sur un fond d’un noir de jais occupait la totalité du médaillon. J’attachai ce dernier à la poignée de la porte verrouillée et le pressai trois fois avant de m'éloigner aussi loin que je pus. Je comptai. Une. Deux. Trois. BOUM.

La course contre la montre commençait. J’avais trois minutes maximum pour me défaire des hommes qui gardaient jalousement la cale, récupérer mon sac, et trouver une cachette. Je courus, me fiant aux plans du navire que j’avais appris par cœur avant d’embarquer. Une mission bien préparée n’est pas celle où l’on prédira toutes les éventualités, c’est celle dont on connaîtra toutes les alternatives. La sueur dégoulinait déjà sur mon front. À droite. À gauche. Au bout du couloir. Les escaliers. Les bruits de pas de ma folle cavalcade résonnaient, et déjà j’entendais du bruit aux étages supérieurs du navire, qui continuait à dominer les flots de son imposante stature.

Les deux armoires à glace qui gardaient l’entrée semblaient m’attendre. J’arrivai à toute allure, enfonçant mes poings dans l’estomac du premier tandis qu’un coup de pied au plexus solaire envoyait l’autre dans un tourbillon de douleurs et d’inconscience. J’ouvris en hâte la porte de la cale, me dirigeant vers le petit espace où j’avais déposé mon sac. Je les voyais qui peu à peu reprenaient conscience. Ni une, ni deux, je mis mon précieux bien sur mon dos et m’enfuis sans un regard derrière moi.

Dans mon dos, je pouvais entendre les bruits de pas désordonnés, les souffles saccadés et les voix éreintées. Je montai sur le pont, passant par diverses issues de secours, empruntant les échelles de service et terminant au dessus de la cabine du capitaine qui surplombait le pont. Dans la pénombre, j’étais devenu invisible. Je posai mon sac doucement, l’ouvrit pour en extraire une cigarette méritée et cherchai à contrôler l’itinéraire du navire. Je plongeai ma main dans le sac de toile et me raidis. Je vérifiais une nouvelle fois mais ma première idée noire était la bonne. La tablette numérique avait disparu…



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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:06



WRONG WAY
* Affrontements *


So I sing a song of love...


De grosses gouttes de sueur coulaient doucement le long de mon dos. Je remuais sans ménagement le sac de toile dans mes mains moites et tremblantes. Derrière cette mission se cachait un but ultime qui expliquait mon œuvre et la prise de risques. Les premières lueurs de l’aurore déchiraient les ténèbres de leur aura orangée. Le voyage se comptait à présent en minutes. Dans peu de temps, les oiseaux annonciateurs d’une terre et d’une destinée irrévocablement scellée apparaitraient. J’appréhendais honteusement cet instant. Non, je ne pouvais pas rester immobile, à me laisser emporter par les courants de la peur et les travers de la solitude. Je me levai prestement, massant mes mollets endoloris. Je n’étais pas tout à fait libre, mais j’étais encore maître de mon destin.

Je marchais à pas de loup dans les couloirs sous le pont. Je pouvais parfois entendre le bruit de chaussures martelant le sol de métal approcher en ma direction. Je me réfugiai alors dans un couloir adjacent, où, tapi dans l’ombre, j’espérais passer inaperçu. J’ai toujours eu peur de la mort. Je pense que je n’ai pas encore accompli ce pour quoi je suis ici. Les bruits que provoquaient le marin qui était presque à ma hauteur s’étaient estompés, et dans le jour naissant, ses pas s’éloignèrent. Je sortis de ma cachette et courus. À présent, la cale était déserte. Les marins l’avaient abandonnée, tout comme les migrants entassés à présent dans de petites cabines, en l’attente des forces en charge de l’immigration.

J’explorais le tout, la lumière filtrant des fenêtres crasseuses éclairant mon chemin. Mais j’eus beau chercher dans chaque recoin, la tablette numérique avait changé de propriétaire. Après avoir jeté deux regards rapides et ainsi m’être assuré que le couloir était désert, je repris mon périple au sein du grand bateau. J’empruntai un escalier de service, me permettant d’accéder rapidement à l’annexe du pont. Je marchais discrètement dans le couloir des cabines des hommes de mer. La dernière était celle du capitaine. Cinq hommes flânaient dans ledit corridor, certains fumaient, d’autres discutaient en riant béatement. Je pris une longue inspiration, m’approchai en courant vers le fumeur et avant qu’il ne puisse réaliser que mes intentions étaient néfastes pour sa santé, je lui assénai un coup de poing magistral dans le plexus solaire.

Sous l’ampleur du choc, il tomba raide, inanimé. Les autres s’avançaient vers moi, leur regard menaçant s’allumant quand ils entendirent le bruit du sourd du corps s’écroulant sur le sol. Le premier poussa un cri rauque et courut à ma rencontre, la graisse qui avait pris le dessus sur ses muscles le ralentissant sûrement. J’évitais son attaque et le propulsais sur la porte d’une cabine. Manque de chance pour lui, la poignée de fer le heurta de plein fouet et il s’écroula dans une mer vermeille.

Le second fut plus prudent et en voyant le corps sans vie de son compagnon comprit l’avertissement implicite. Il préféra attendre que je ne provoque moi-même le combat. J’ajustais au préalable, dans un discret mouvement, un poing américain qui épousait parfaitement la forme de mes phalanges. Je fis un pas, les poings devant mon visage en signe de défense instinctif. Un mètre seulement nous séparait. Il était grand et musclé, et semblait me regarder avec des yeux remplis de mépris. Je saisis mon courage à deux mains et lança la première offensive. Cette dernière se solda par un cuisant échec, l’armoire à glace que j’affrontais para facilement le coup que je lui adressais, et avant que je ne puisse réagir, écrasa son propre poing sur mon visage.

Je tombai à la renverse quelques mètres plus loin tant le coup fut puissant. Je sentis le goût métallique et âcre du sang emplir ma bouche. Je me relevai péniblement, sous les rires narquois des deux autres marins. Je tentais de gagner quelques précieuses secondes pour récupérer, mais la seconde attaque ne se fit pas attendre.
Cette fois-ci, je parvins à éviter l’attaque et asséna dans un coup formidable toute ma force. Il recula de quelques pas, se massant sa joue endolorie. Du sang perlait le long de sa lèvre entaillée. Je continuais d’enchaîner les coups, mais il para la plupart. C’était un rude adversaire, et je craignais que la force ne suffirait pas à le vaincre. Je réussis à l’accabler davantage, au moment où une idée traversa mon esprit, tel l’éclair traverse le ciel nuageux de l’orage grondant…




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Dernière édition par B3nito le Mer 15 Juin 2011 - 10:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:08



WRONG WAY
* Destin *


À Nymphe Ydeil…


Plus rien ne s’opposait à moi à présent. Le colosse qui me barrait la route il y a peu était tombé dans l’océan. Le combat était flou dans ma mémoire, ma tête était douloureuse suite aux coups reçus. Mais j’y étais parvenu. À force de détermination. La ruse imaginée il y a peu avait fonctionné. Le marin s’était rué sur moi à une vitesse folle. J’étais parvenu à l’éviter in extremis et j’avais forcé sa course à se terminer dans les abysses. Les deux autres, qui riaient à gorge déployée, avaient pris leurs jambes à leur cou, effrayé de la tournure des évènements. Désormais, plus rien ne s’opposait à la rencontre avec le capitaine du navire.

J’ouvris avec délicatesse la lourde porte de métal. Je le fis avec une telle douceur, avec une telle attention que le maître du navire ne m’entendis qu’au moment où je tournais le verrou, l’empêchant de fuir. Je fis un pas en avant. Dans mes yeux, on pouvait lire cette même détermination qui forgeait mon esprit depuis quelques heures déjà. La lutte pour la vie qui s’établissait depuis le lever du soleil allait bientôt s’achever. Nos regards se croisèrent un long moment. Il n’y avait aucune peur dans ses yeux gris, aucune crainte, pas même un soupçon d’effroi. On aurait même cru qu’il m’attendait.

- Je ne veux pas me battre, ni même t’affronter de quelque manière que ce soit, dit-il soudainement d’une voix ternie par les âges. Mes hommes de main m’ont ramené ceci, et je suppose que c’est ce que tu viens réclamer.

Il accompagna ses paroles d’un geste ample, plongeant sa main dans un tiroir du bureau sur lequel il travaillait, et en sortant la fine tablette. Je souris un instant. La pression qui s’exerçait depuis quelques heures sur moi diminuait à vitesse grand V. Tout allait rentrer dans l’ordre. Bientôt j’allais pouvoir oublier ces histoires de contrebande, d’espionnage, d’intrusion sur un réseau. Bientôt j’allais obtenir ma récompense. Qui me revenait de droit...

* * *

Le bateau avait accosté. Les marins étaient descendus en masse pour décharger les grandes caisses de bois qui avaient servi de refuge pour beaucoup d’entre nous. D’autres personnes descendaient également, encadrés par des policiers au regard méprisant. Aucune compassion n’apparaissait, il n’y avait qu’un sentiment de supériorité et de domination envers les immigrés à l’avenir incertain. Je me fondis dans la masse des marins avant de poursuivre ma route vers le prochain aéroport. Une petite Volkswagen était garée un peu plus loin. Je jetais un coup d’oeil à la plaque. Pas de doute, c’était bien elle. Du sac de toile crasseux, je sortis les clés qu’on m’avait donné avant mon départ.

La route n’était pas très longue, en une demie heure je serais à l’aéroport d’Ottawa. Tout se passait comme prévu, cependant, je ne pus m’empêcher de songer à ma discussion avec le capitaine du navire. Pourquoi n’avait-il opposé aucune résistance ? Il lui était si simple de lutter, il devait bien y avoir un revolver caché dans la cabine ? Son manège contrebandier allait être mis en avant, il risquait de passer le reste de sa vie en prison. Mes interrogations me suivirent jusque dans l’avion. Ma place avait été réservée et le vol numéro 133742 à destination de Vancouver décolla, laissant derrière moi le passé houleux d’une semaine tendue. J’avais pu prendre une douche à l’aéroport, j’étais de nouveau présentable.

Le reste du voyage se perdit en un sommeil volé, après tant de nuits à rester éveillé, dans l’anxiété. La pression qui m’habitait depuis une semaine avait complètement disparue. Il ne restait que la peur de devoir recommencer une mission du genre, pour le plaisir sadique de l’homme qui m’avait à sa merci... Quand la voix fausse du commandant de mort émana des hauts-parleurs, je sursautai. Reprenant peu à peu mes esprits, je frémis à l’idée d’être arrivé à destination. Les pneumatiques crissèrent au contact du bitume. L’avion ralentit, avant de s’arrêter complètement. Je jetai un oeil au hublot. Une grande berline noire aux vitres teintées patientait. Un frisson glacé descendit le long de mon dos. Tout se jouait maintenant. Je descendis de l’avion, serrant mon sac précieusement. Je me dirigeais vers la voiture et m’y engouffra...

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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:08



WRONG WAY
* Les fioles *


[i">Hold me close and tell me how you feel...


Il me scrutait. Je sentais son regard peser sur moi, dissimulé derrière ses lunettes noires. Il avait l’air de mauvaise humeur aujourd’hui. Je n’eus pas un mot au moment où j’entrais dans la berline. À peine la porte se refermait sur moi et mon destin que la voiture avait démarré en trombe. J’étais tout seul sur la banquette de cuir blanc. Une odeur de cigare emplissait mes narines. Il m’observait à travers le rétroviseur, une lueur de dédain caractérisant ses traits singuliers. Il n’était pas très grand, ne lui restait plus que quelques mèches de cheveux noirs qui se battaient sur son crâne dégarni.

La voiture avait quitté l’autoroute sous la conduite expérimentée de Georges. Ce dernier aurait eu une vie trépidante, essayant tous les métiers avant de finir chauffeur de berline. J’appréciais parfois discuter avec lui, même si ses récits étaient teintés de mensonges et de balivernes. Il arrivait à capter son auditoire, mais aujourd’hui il ne disait rien. Seul le bruit agréable du moteur était audible. À présent, la sombre berline arpentait les chemins enneigés, perdue dans la rase campagne. Au delà d’une colline se dressait une énorme bâtisse, dans un style ancien et traditionnel.

Passée deux lourdes grilles de fer, la voiture s’immobilisa devant l’entrée principale. Je descendis en même tant que lui, serrant fort mon sac contre moi tandis que l’on montait les marches de marbre. Je le suivis jusque dans son bureau comme à mon habitude. Il m’invita d’un geste dédaigneux à m’asseoir en face de lui. La salle était immense, le plafond garni de marqueteries élégantes. Un fin parquet d’un bois rare marquait la noblesse et la richesse de l’homme peu bavard. Il s’assit en face moi dans son siège en cuir, posant ses deux mains sur le bureau d’un bois tout aussi précieux que le parquet.

Je lui tendis la tablette, qu’il saisit d’une main bourrue. Il explora rapidement le contenu, son visage toujours maculé de la même indifférence. Il retira ses lunettes et me regarda droit dans les yeux, son regard opalin fusillant le mien, attendant la confirmation à la question qui occupait son esprit mais qu’il se retenait de ne pas prononcer.

- Il y a absolument tout, dis-je d’une voix presque assurée.

Il acquiesça, conserva la tablette sur son bureau et m’invita à m’éclipser. Mais après avoir tant souffert, je ne pouvais me résoudre à abandonner. Pas à ce stade du jeu dans lequel j’étais plongé et dont les règles m’échappaient encore.

- Excusez moi, repris-je. Mais j’ai accompli les dix missions que vous m’avez ordonné. J’estime être en position de réclamer le résultat de mes actes.

Il mordit sa lèvre inférieure comme si mon intervention lui posait problème. Il se ressaisit bien vite en se levant brusquement. Il passa à côté de moi sans m’accorder ne serait-ce qu’un regard, sortit une clef de sa poche et la plongea dans la serrure d’une grande armoire située juste derrière moi. Je fis volte-face, et découvrit un triste spectacle que jamais je n’aurais imaginé. Des centaines de fioles étaient placées côtes à côtes, chacune portant un chiffre étiqueté et contenant une étrange substance, comme des centaines de fils lumineux flottant dans une eau d’un noir de jais.

Il pointa un doigt vulgaire sur le récipient numéro 342. Je compris immédiatement, et approcha une main tremblante. Le résultat d’une année à braver les dangers, à osciller entre la vie et la mort était presque au creux de ma main. La question que je me posais depuis tout ce temps allait bientôt être résolue. Au moment où je posais ma main sur le verre, j’entendis un cliquetis familier. Par réflexe, je me jetai sur le parquet, tandis que l’homme vidait une partie de son chargeur sur l’armoire. Je bondis, et me mis à l’abri derrière une table que je renversai pour la peine. Je n’avais aucune arme en ma possession, juste l’illusion d’une vérité presque retrouvée et un courage qui s’effritait à mesure que les secondes défilaient. La fiole qui contenait le si précieux liquide était renversée, mais intacte. Le bouchon de liège conservait mon bien. L’homme guettait chacun de mes mouvements, attendant que la lassitude me gagne pour terminer de vider ses balles. Je me devais d’être très prudent. Tout se jouait maintenant...

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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:08



WRONG WAY
* Dernier Souffle *


[i">À ces sempiternels regrets…

Je n’osais pas regarder derrière la table de bois. La situation semblait s’éterniser. Mon ressenti était probablement faussé par les poussées d’adrénaline qui me rendaient fébriles. Que faire à présent ? Devais-je oser de surgir, au risque de me prendre une demi-douzaine de balles dans le cœur ? Ou alors devais-je implorer un quelconque Dieu dans l’espoir naïf d’un miracle ? Mes dilemmes me tiraillaient, déchirant mon âme. Je ne voulais pas finir ma vie sans connaître la vérité. Soumis à cette décision, les battements de mon cœur s’accélérèrent, devenant irréguliers et désordonnés. Je sentis à ce moment une nouvelle force naître en moi, comme si j’étais soutenu par une force invisible.

Je poussai un cri de rage d’une voix qui m’était inconnue. Un hurlement aussi sinistre que féroce. Je me relevai d’un bond, propulsant la table dans les airs. L’homme réagit avec un temps de retard mais une fois qu’il réalisa le dessein que j’avais en tête, il pressa la détente à de multiples reprises. Je sentis les balles percer la chair, déchirant mes vêtements et y laissant une longue traînée de sang. Mais la douleur ne me secoua pas, l’affliction sembla me dépasser, restant avec ma peur abandonnée là où j’étais il y a encore quelques secondes.

Je saisis par le col l’homme qui avait terminé de vider son chargeur en vain. Dans mes yeux pouvaient se lire une haine incommensurable, une flamme tremblotante symbolisant une rage innommable. Avec une force qui n’était pas mienne, je propulsa l’homme en costume s’écraser sur une étagère, le délaissant tandis qu’il sombrait peu à peu dans le néant. Je me précipita vers l’armoire aux fioles, les pulsations de mon cœur se calmant peu à peu, mon état second s’amenuisant et les forces qui me travaillaient disparaissant. Je saisis le petit objet de cristal portant le numéro 342 dans mes mains moites et me pressa de quitter l’endroit saccagé par une étrange bataille.

* *

Je roulais bien trop vite, mais mes pensées ne s’attardaient pas sur l’aiguille rouge oscillant entre les nombres 160 et 180, mais bien sur les doutes que suscitaient l’étrange fiole. Après avoir récupérée cette dernière, je m’étais empressé de prendre les clés à un Georges consentant et plein d’empathie. Nous avions passé un accord tacite. Je l’avais sauvagement agressé avant de voler la voiture sans qu’il ne puisse rien faire. Les plaies causées par l’impact des balles avaient incroyablement cicatrisées, ne laissant que quelques douleurs lancinantes. À présent, je roulais sur les autoroutes peuplées du sud canadien, l’esprit divaguant. Il fallait à tout prix que j’atteigne un aéroport pour disparaître très loin. L’Europe me paraissait un choix judicieux. Redevenir soi même, se perdre dans la masse. Une nouvelle vie s’offrait à moi. Ou plutôt, le retour d’une vie et d’un destin échappés.

Je frémis à l’idée de retrouver ma vie d’antan. J’avais été au service de cet homme dont tout de lui m’était inconnu. Il m’avait manipulé, s’était servi de moi et avait tenté de me tuer. Mais j’avais bravé les dangers pour enfin revenir à mon point de départ. Je revis par saccades des images qui me donnèrent des frissons. D’étranges machines qui projetaient des hologrammes. Un casque parcouru de fibres électroniques ornant mon crâne inondé de sueur. Et cette fiole qui apparaissait devant moi, inondée d’une lumière aveuglante. Puis le trou noir, contrastant avec cette vive blancheur.

Je ne me souvenais de rien. Mon prénom, mon passé, mon cercle familial et amical, le travail que j’occupais, mon adresse de résidence... Tout cela m’échappait. Je n’étais plus personne. J’étais devenu numéro 342. Une machine programmée pour accomplir une liste de tâches prédéfinies. J’avais gardé cependant mon esprit, et surtout mes capacités en matière d’informatique et d’électronique en général. Cependant, je n’osais pas retirer le bouchon de liège du flacon brillant. J’appréhendais ce retour des souvenirs, de cette vie oubliée qui semblait m’avoir retrouvé. J’avais peur d’être déçu. J’essayais de m’accorder un sursis en attendant mon arrivée en Europe, mais tôt ou tard, le moment d’affronter la vérité apparaîtra. Tellement obnubilé par mes pensées, je ne vis pas le grand monospace noir freiner brutalement. Je tournai le volant au maximum pour éviter un choc mortel, mais sous l’effet de la vitesse, la berline se retourna, fit quelques embardées avant de terminer sa course quelques centaines de mètres plus loin, laissant sur le bas-côté un nombre incalculable de débris. Je perdis connaissance, la douleur étant si forte qu’il m’était impossible de hurler. À mes côtés, des morceaux de cristal brisés gisaient, tandis que la lumière faiblissant pour finalement disparaître...


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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:09



WRONG WAY
* Rescapé *


Let me take you down…


*Bip* … … … *Bip* … … … *Bip* … … …

Le bruit lancinant m’éveilla. J’entrouvris doucement les yeux, la douleur brûlant chaque partie de mon corps. La vive lumière s’attaqua à mes rétines avec violence, faisant refermer mes paupières sur le champ. Je voulus bouger mais mes membres ne me répondirent pas. Je voulus crier mais aucun son ne sortit. J’étais statufié, emprisonné dans mon propre corps.

- Docteur ! Il se réveille ! Cria une voix qui semblait irréelle.

Je fis une seconde tentative. Lentement mes paupières se soulevèrent, me laissant apercevoir un monde inconnu. Tout était encore flou, que ce soit mon regard ou mon esprit. J’apercevais par images saccadées mon passé. Cet accident. La fiole qui se brisait. Quand cette pensée explosa en moi, je sentis mon cœur se serrer. Où était-elle à présent ? Que devais-je faire ? Tant d’interrogations qui se bousculaient en moi. Tandis que je découvris un peu plus mon environnement, j’essayais de ressasser clairement la chronologie des évènements.

J’étais dans une pièce toute blanche. Le lit d’hôpital était entouré de plusieurs machines émettant divers signales sonores exaspérant. Un homme bourru vêtu d’une blouse bleue s’approcha de moi, et me dit doucement :

- Cela fait deux mois que vous êtes plongé dans le coma. Vous souffrez d’un traumatisme crânien doublé de multiples fractures aux jambes et aux bras. Il faudra être patient pour retrouver l’usage complet de votre corps...

Puis, sans attendre ma réaction, il me laissa seul avec des morceaux de souvenirs brisés. La brume embrasait mes pensées, je cherchai des réponses à mes nombreuses questions. Là, je me vis dans un bateau, recroquevillé. Puis, le brouillard s’intensifia, masquant totalement cette pensée pour la remplacer par une image de moi tenant la fiole entre mes mains. Peu à peu, les souvenirs se succédèrent, s’assemblèrent, et mon passé oublié refit irruption. Oui, je me souvenais de tout à présent. J’avais été employé par un homme ayant réussi à voler mes souvenirs. L’effet d’enchâssement se déclencha. Je peinais à retrouver deux passés. Et la fiole durement obtenue était la gardienne de ma vie d’antan. À présent qu’elle était brisée, toutes ces actions étaient devenues vaines...

***

Les semaines s’étaient écoulées, trop lentement à mon goût. Je ne supportais plus cette odeur de médicaments, ces bras qui me manipulaient avec dédain, ces paroles dénuées d’intérêt. Au fil du temps, mes bras recommencèrent à m’obéir, mes jambes esquissaient quelques pas maladroit, avant de me forcer à m’allonger de nouveau. Dès que mes doigts me répondirent correctement, je consignai par écrit tout ce que je savais de moi. Je ne voulais pas prendre le risque de perdre une nouvelle fois la perception d’être quelqu’un. Je souffrais terriblement d’être exilé du monde, de ne pouvoir agir comme bon me semble. Chaque nuit, je m’endormais avec le terrible espoir de trouver un jour une solution. Ce rêve était une torture sans fin...

Là encore, le temps passa. Un an s’était écoulé depuis l’accident de voiture. Je sortais le jour même de ma prison, mes jambes m’obéissant enfin. Aidé tout de même de deux béquilles, je rentrai dans le taxi qui devait m’amener dans un hôtel. Je devais passer la nuit à Montréal avant de prendre un avion demain à l’aube, qui m’emmènerait aux alentours de Liverpool. La voiture grise roulait sur le même autoroute qui avait causé ma déchéance. Je ne pus m’empêcher de jeter un regard sur le bas-côté, espérant y trouve un signe. Mais rien ne se produisit. Après plus d’une heure de trajet, le chauffeur me laissa devant l’entrée du modeste hôtel.

J’entrai prestement, la nuit avait déjà étendu son sombre manteau. Je m’assis sur le rebord de la fenêtre, mon regard se perdant au loin. La lune pour seule compagne, je m’imaginais dans un futur proche en pleine possession d’un passé qui m’échappait. Je finis par m’écrouler de fatigue et à me résigner à confier mon âme endolori à Morphée. Plus tard dans la nuit, un bruit me fit sursauter. J’entendis nettement des doigts taper sur le digicode gardant ma chambre. Puis la poignée tourna très lentement devant mes yeux hébétés. Je sortis doucement du lit, me saisit d’une de mes béquilles et au moment même où l’inconnu pénétra dans la pièce, je lui assignai un coup terrible qui relança les douleurs que je croyais oubliées.

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Dernière édition par B3nito le Mer 15 Juin 2011 - 10:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: WRONG WAY   Mer 15 Juin 2011 - 10:09



WRONG WAY
* Ecce Cor Meum *


Il est des légendes qui survivront au temps. Il est des rêves qui peinent à se réaliser. Il est des grands hommes qui seront à jamais gravés dans nos cœurs...


La douleur me crispa. Le choc avait été d’une violence rare. L’énergie et la dextérité que j’avais à peine retrouvées étaient redevenues fébriles et instables. Le temps semblait s’être figé. Du sang coulait de l’arcade sourcilière profondément entaillée de l’homme inanimé. Il était brun, ses yeux gris inexpressifs, des cheveux et une barbe foncés qui gisaient en pagaille sur son visage meurtri. Je tentai de reprendre mon souffle, de calmer les battement désordonnés de mon cœur, mais tout semblait vain. La panique avait succédée à la transe qui m’avait animé face à la peur. Peur qui m’habitait depuis trop longtemps. Peur d’échouer, peur de ne pas être à la hauteur. La nuit était bien avancée, des nuages chargés de pluie se profilaient, de mauvaise augure. Au diable les superstitions pensai-je en m’asseyant sur le châssis de la fenêtre.

J’aimais perdre mon regard dans le délice de la nuit, me laissant bercer par l’aura des étoiles ou la forme des constellations. Lorsque j’étais aux prises avec les méandres de mon âme, je méditais avec le ciel comme compagne. La rêverie provoquée par la voûte céleste me transporta au delà des limites imposées par mon imagination. Je rêvais d’un futur heureux, comme toujours, où l’intégralité de mes souvenirs étaient en ma possession. Le soleil levant me tira de ma niaiserie. Les vieilles douleurs qui m’esquintaient s’étaient amenuisées tandis que je finissais de me préparer. L’avion allait bientôt décoller. Je jetai un regard empli de dégoût sur l’homme mort à mes pieds. J’avais tapé si fort que son cœur avait cessé de battre. Son sang s’était vidé sur la moquette grisâtre, une arme chargée à la main. Il n’y avait aucun doute concernant ses intentions, ni par qui il était envoyé.

Avant de quitter l’hôtel, je me décidais à fouiller ses poches. J’en sortis un paquet de cigarettes à moitié vide, un briquet plaqué d’or, un téléphone portable, un porte feuille qui ne me permit pas de connaître l’identité de mon assaillant. Mais en plongeant ma main dans la poche intérieure de la veste en cuir, j’en sortis une enveloppe. Les mains tremblantes, je tâchais d’en découvrir le contenu. L’écriture me parue immédiatement familière. C’était lui, ma théorie se confirmait. L’ordre de mission était clair et précis à souhait, « éliminer l’homme de la chambre B27 ». Tandis que j’emportais la lettre avec moi comme un trophée de chasse je me mis à imaginer une solution pour retrouver le contenu de la fiole détruite.

Le temps passa. Les passeports. Les bruits de voix féminines crachés par les hauts-parleurs. Les éclats de rire, les cris des enfants impatients, la voix monocorde des douaniers. L’aéroport était un lieu fascinant mais rempli d’un bruit de fond vrillant les tympans. Les mêmes pensées continuaient de triturer mon esprit avec une malveillance désagréable. Embarquement. Les réacteurs commencent à fumer, crachant une fumée âcre qui s’élève dans le ciel. L’avion se lance sur la piste, s’élève et s’en va au dessus du manteau gris qui veille sur les villes canadiennes.


***

Les cloches de la grande église anglicane résonnaient dans le petit appartement que j’occupais. La vie suivait son cours, lentement, les heures défilant au compte-goutte. Liverpool était une ville fabuleuse, vivant au rythme des musiques des sixties, paisiblement. J’avais cherché dans nombre de livres une explication plausible pour recouvrer une mémoire qui me faisait défaut, mais aucun des remèdes proposés ne fonctionnait, à mon grand regret. J’étais perdu dans le dédale de ma mélancolie. Mais un jour, sans que je ne sache trop pourquoi, l’envie me saisit de me rendre à l’église anglicane qui dominait la paisible ville. Comme un besoin de me ressourcer, un désir insatiable qui me taraudait.

Penny Lane... Strawberry Field... Le refuge de pierre grises qui allait bientôt m’envelopper d’une paix et d’un calme que je ne connaissais plus approchait à grand pas. Elle s’élevait, magnifique, comme un roi devant son peuple. Je frémis d’excitation. Je me sentais inéluctablement attiré par l’architecture splendide. Comme une évidence, je savais que je devais m’y rendre. Les hautes portes rouges me regardèrent, menaçantes. Elles consentirent à me livrer leur secret quand je les poussais d’une main fébrile. Mes yeux émerveillées furetèrent de part en part, observant chaque recoin, chaque vitrail, chaque dalle... À cette heure, elle était vide, une légère fraîcheur rendant le lieu agréable. Le monument était l’exact contraire du chaos qui me poursuivait depuis quelques mois. Je me sentais bien dans cet atmosphère, et pendant une bonne partie de l’après-midi, je laissais gambader mes pensées sans crainte.

Quand enfin je me décidai à partir, une curieuse inscription retint mon intention. Ecce cor Meum.

- Ecce cor Meum, répétai-je, désabusé

Une curieuse sensation m’envahit. La phrase me semblait familière. Une chaleur paisible m’entoura, pénétrant en moi, d’une douceur extrême. Peu à peu, tout disparaissait autour de moi. J’eus l’impression que le monde tournait à une vitesse folle, mes yeux se perdant dans un tourbillon imperceptible. J’avais l’impression d’être emporté, tiré vers un autre monde. C’est ainsi que je compris. La vie n’avait aucun sens si je n’avais pas de quoi la vivre. Mon ultime combat n’était plus contre ces démons qui me hantaient mais contre moi-même.

Alors, mes yeux devinrent pesants, lourds. Je n’avais plus peur. J’étais heureux. Le destin m’enveloppa d’une vive lumière blanche, où dansaient des flammes cyan. Plus rien n’était réel mais cela semblait si clair. Sacrifier son cœur pour sauver son âme.

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