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 [U36] Les Princes d'Éternité - La Vérité des Dieux (XII)

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Nymphe Ydeil
Enfant de Lune
Enfant de Lune
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MessageSujet: [U36] Les Princes d'Éternité - La Vérité des Dieux (XII)   Jeu 16 Juin 2011 - 16:10

LA VÉRITÉ DES DIEUX (XII)

Dans les cieux, quatre nouveaux portails nimbés d’argent firent leur apparition. Lorsque les nuages se déchirèrent, des silhouettes d’un blanc éclatant en jaillirent. Nul n’eut besoin d’explication. Le cri, unique, qui avait fusé pour annoncer cette arrivée miraculeuse, suffit à tout. Ceux qui n’avaient jamais cru tombèrent à genoux, ceux qui croyaient déjà n’eurent que plus de ferveur encore. Un souffle puissant et chaud descendit du ciel, rendant aux hommes leurs forces et leur volonté brisée par la fatigue.
Partout, sur tous les visages, la paix revint, l’assurance chassa le désespoir. Dans la lumière blanche que projetaient les quatre portails, les hommes levèrent leurs armes vers leurs sauveurs. Une même clameur, unanime, jaillit de tous les gosiers. Alors les Dieux, qui dominaient le champ de bataille comme quatre piliers de grandeur et de majesté, descendirent jusqu’au sol. Autour d’eux, leurs robes blanches claquèrent au vent de la terre, leurs trois paires d’ailes disparurent comme par enchantement et seul leur regard, aussi blanc que celui du Cheren, les différencia alors des hommes auprès desquels ils allaient se battre.
Sur le terrain, le Cheren dont on avait finalement réussi à maintenir les ailes au sol se fit de l’un des liens qui retenaient sa gueule. Il poussa vers le ciel un rugissement dément. Sa queue frappa une dernière fois le sol et balaya une nouvelle fois les Justes qui avaient eu l’imprudence de se trouver dans son passage. Un dragon qui avait résisté aux harpies fondit près du membre hérissé d’épines et l’homme qui le chevauchait plongea vers le sol. Sa lance plongea entre deux vertèbres et se ficha si profondément dans la terre que la queue du monstre s’y trouva clouée.
Avec fierté, Confucius se redressa et tira à lui son épée. Rendue folle de douleur, la créature ne le laissa pas terminer son geste. Elle contracta la section inférieure de sa queue et le dard se dressa dans les airs. Le Gardien n’eut qu’une fraction de seconde pour échapper au coup mortel qui allait le frapper dans le dos. L’aiguille venimeuse s’abattit sur son avant-bras et y laissa un sillon sanglant. Avec une clameur furieuse, l’homme trancha l’extrémité qui menaçait de frapper à nouveau.
La queue tressauta encore une ou deux fois, puis cessa toute résistance. Alors seulement, le Gardien vacilla contre le moignon sanguinolent. Rapidement, sans perdre son sang-froid, il composa un garrot au dessus de son coude, mais le venin faisait déjà effet et troublait sa vue. Abasourdi, il repoussa fermement Silenoz qui se portait à son secours. Un sifflement constant s’installa au creux de ses tympans tandis qu’il puisait dans toute son énergie pour repousser l’effet néfaste du venin. Enfin, il parvint, non sans mal, à contenir l’infection dans son avant-bras. Alors il déchira sa manche.

- Tu sais te servir de ton épée, mon garçon ? Interrogea-t-il en resserrant le garrot à son maximum.
- Bien sûr, répondit Silenoz sans comprendre l’évidence.

La douleur était intenable, mais le Gardien serrait les dents. Quoi que livide, il ne bronchait pas. Enfin, il posa sa paume à plat sur un rochet et planta son regard d’acier au creux de celui de Silenoz. D’une voix rauque, mais intransigeante, il ordonna :

- Coupe mon garçon.
- Quoi ? S’étrangla le jeune homme.
- Coupe je te dis ! Au niveau du coude.

Quoi qu’à regret, Silenoz s’exécuta. L’épée trancha la chair, puis l’os se brisa net. Sous l’effet de la douleur, Confucius mit un genou à terre et cracha l’air de ses poumons dans un râle qui souleva le cœur de son tortionnaire. Mais il ne prononça pas un mot. Son visage déformé par une grimace, il serra son moignon contre lui et invoqua la magie pour cicatriser la plaie, même partiellement. Le sang coulait encore à flots, mais il chassa immédiatement Silenoz.

- Retourne te battre, tu as assez perdu de temps ! Gronda-t-il, en repoussant le jeune homme.

L’instant d’après, le guerrier mutilé tirait son épée hors du sol et marchait à nouveau vers les harpies, oublieux de la douleur, de sa faiblesse. Son exemple redonna du cœur au ventre à tous ceux qui avaient été sous ses ordres jusqu’à présent. Ensemble, ils achevèrent de tisser une toile capable de maintenir au sol le Cheren et lorsque ce fut fait, l’un des Dieux s’envola et donna le coup de grâce à la bête.
Alors seulement, Confucius se permet de regarder autour de lui. Partout, ce n’était que désolation. Des corps brisés ou mutilés par centaines, des harpies dont les dents cherchaient à mordre tant qu’il leur restait un soupçon de vie, des dragons fous de douleur qui emportaient leurs cavaliers pour s’écraser sur les parois rocheuses, des incendies là où le Cheren avait craché sa rage et dans tout cela, pas un visage qui ne porte les stigmates de la guerre. L’intervention des Dieux, bien qu’elle ait rendu l’espoir et la paix aux hommes, ne pouvait effacer ce qu’ils avaient vécu : ils avaient connu l’horreur et l’effroi d’une guerre. Ils avaient tous vu la mort en face durant au moins une seconde.
Les derniers dragons se posèrent à quelques mètres de là. Les robes des Princes d’Éternité était reconnaissable entre toutes. Tandis que Mikyle et Chermak mettaient pied à terre, Confucius reconnut la femme qui les accompagnait. Sa robe longue et élégante, qu’on aurait pu croire peu appropriée aux champs de bataille, ses longs cheveux noirs, l’opale qui pendait à son cou et le troisième œil tatoué sur son front à l’encre rouge faisait d’elle une femme magnifique, bien au-delà du commun des mortels.
Un peu plus loin, Gonoe surprit le regard de son compagnon et hocha la tête. Lui aussi l’avait vu. Bien plus que Confucius, il avait des raisons de se réjouir : Litica, la Reine d’Éternité, venait de faire son retour au sein de l’Ordre. Et comme toujours, son entrée fut fracassante. Assistée par deux Dieux comme si elle avait eu le suprême affront de les commander, elle s’élança au devant d’une créature noire et, tandis que ses deux alliés maintenaient la bête, elle lui trancha la tête d’un coup d’épée, sans se soucier un seul instant du sang noir qui venait éclabousser sa robe.
Elle semblait faite pour ce rôle. Ainsi dressée, face aux éléments, face à la furie de la guerre elle-même, elle en imposait tout autant que les divinités qui s’étaient portées à son secours. Ses cheveux volaient aux vents, les flammes jetaient sur son visage des reflets sanglants qu’elle ignorait, sinon pour leur donner vie par le tranchant de son épée. Quant aux Dieux, ils créaient des arcs d’énergie gigantesques, balayant d’un sort des dizaines de harpies, décapitant des créatures trois fois grosses comme eux.
Ensemble, ils créèrent dans les rangs ennemis les trouées nécessaires pour que les Justes puissent enfin lutter d’égaux à égaux. Le nombre des créatures diminuant, les hommes purent enfin évoluer librement et causer à leur tour de lourdes pertes à leurs rivales. Celles-ci se montraient acharnées jusqu’à ce qu’à ce qu’on leur enlève la vie. Luttant jusqu’à leur dernier souffle, elles rendaient la bataille atroce. Un court instant, toute cette violence sembla basculer en faveur des Justes, mais bientôt, le portail recommença à vomir sur la surface du monde ses monstres plus hideux les uns que les autres.
Bien que plus petites que le Cheren, les nouvelles créatures ne s’en montrèrent pas moins vicieuses. De nouveaux arcs de lumière balayèrent la pleine, leur refusant la possibilité de se poser. Mais, aussi téméraires que les harpies, elles continuèrent à attaquer les Justes depuis les cieux, fondant sur eux tels des rapaces affamés. Elles repartaient parfois avec une proie avant qu’un sort plus habile que les autres ne les abattent en plein vol. Elles explosaient alors en plein ciel, en millier de particules de feu qui allaient se rependre un peu partout, éparpillées par le vent.
Toute la magie accumulée sous les portails de lumière ne faisait que nourrir l’entrée des Enfers et bientôt, la surface pourpre flamboya si fort que sa lumière en fut aveuglante. Elle éclairait comme en plein jour le massacre qui avait lieu un peu plus bas. Tandis que l’Ordre tout entier affrontait avec une détermination sans borne les ennemis qui ne faisaient qu’affluer, tout sembla s’arrêter soudain. Les vents tombèrent, ne laissant pas le moindre souffle d’air. Les harpies prirent de l’altitude, les monstres des Enfers se désagrégèrent comme s’ils n’avaient été faits que de poussière et un silence effrayant s’installa.
Incrédules, les rescapés s’observèrent sans comprendre. Puis une rumeur sourde s’éleva, comme venue des lointaines profondeurs de la terre, un grondement qui s’enflait à mesure que les minutes s’écoulaient. Les Dieux, les premiers, comprirent. Dans les cieux, le vortex s’était arrêté de tourner. Plus calme que la surface d’un lac, le portail était parfaitement immobile. Lentement, presque imperceptiblement, il se mit à tourner en sens inverse, se creusant vers l’intérieur, vers les nuages qui le chapeautaient.
Alors la terre se mit à trembler sous les pieds des Justes et des vents contraires se levèrent, giflant tout sur leur passage. Le sol se souleva bientôt, aspiré par le vortex dont le gémissement était devenu presque intolérable. Après tant d’horreurs que leur imagination n’en suffisait pas à les contenir, les Justes assistèrent, muets de stupeur, à la suprême puissance du mal. Lorsqu’ils comprirent qu’ils allaient tous être aspirés par ce portail damné, il était trop tard. Les premiers corps disparurent dans l’ouverture béante.
Dans le désordre incarné, deux êtres n’eurent pas conscience de ce qui se produisaient. S’il sentit la mort qui le talonnait, Sammakko n’en tint pas compte. Il n’avait bougé ni au cri qui annonçait l’intervention bien heureuse des Dieux, ni à l’arrivée de Litica et des deux Princes d’Éternité. Il avait plongé au cœur du Pouvoir Mental et cherchait désespérément la présence d’Aurora. Il ne l’a trouva qu’après de longues minutes de recherche. Il faillit ne pas la reconnaître. Elle avait tant changée qu’elle en était méconnaissable. Bien qu’affaiblie, elle brillait intérieurement d’une lumière aveuglante.
Avec toutes les précautions du monde, l’esprit du Prince enveloppa celui de la jeune femme, chercha à se confondre avec le sien. Il ressentit l’amour incandescent qu’elle voulait lui offrir, mais le repoussa doucement. Il savait ce qui se passerait s’il cédait à ses désirs. Muette, la présence d’Aurora était déjà liée au royaume des Morts. Il n’avait que quelques minutes, peut-être quelques secondes, pour la pousser à revenir avec lui. L’esprit de la jeune femme résistait à ses appels et cherchait à l’entraîner dans les profondeurs de la magie. Sammakko tint bon, refusant d’abandonner.
Les deux âmes se touchèrent, s’apprivoisèrent, puis fusionnèrent. Une nouvelle fois, le Prince accepta en lui le pouvoir d’Aurora. Il fit siennes ses pensées, accepta enfin son amour et brûla les étapes pour la ramener à la vie, forçant le corps de la jeune femme à accepter en partage son énergie propre. Il devait faire le transfert le plus vite possible, absorber l’énergie qui émanait d’elle avant qu’il ne soit trop tard. Il devait éteindre le brasier qu’il avait mis en elle. Lorsqu’enfin, elle ouvrit les yeux sur le monde, il sut qu’il avait réussi. Ils étaient redevenus bleus.
Éperdu de soulagement, il lui offrit un sourire. Autour d’eux, le monde s’écroulait, mais il n’en avait cure. Une expression de ferveur et d’amour brilla dans le regard d’Aurora. Avec une tendresse infinie, elle l’embrassa et leurs lèvres, en se scellant, scellèrent leur destinée. Le baiser qu’ils échangèrent fut celui de deux êtres que rien ne peut plus séparer. Ils s’étaient retrouvés, plus rien d’autre n’avait d’importance. Aurora ne sut pas très bien si la mort l’avait déjà emportée ou si elle rêvait. Un frisson d’ivresse la parcourut. Pour la première fois depuis des lunes, elle trouvait enfin sa place, entre les bras de celui qu’elle aimait.
Lorsqu’elle s’évanouit à nouveau, vidée de toute énergie, Sammakko la souleva dans ses bras et affronta du regard le gouffre maléfique qui confondait toutes les lumières pour mieux donner la mort. Dans ses yeux d’or, il y avait un ultime défi, celui qu’un homme lance aux évènements qui menacent de lui retirer celle qu’il protège et avec elle, l’essence et la raison même de son existence et de sa vie. Mais la fin ne vint pas. L’un des Dieux s’avança. L’éclat brûlant de son énergie crépita autour de lui. Ses six ailes se déployèrent, majestueuses et sa silhouette reprit sa taille initiale pour dominer le monde.
Seuls les Princes d’Éternité et Litica, ainsi que quelques rares Gardiens, comprirent ce qu’il s’apprêtait à faire. Ceux-là connaissaient le passé de Zéessa et la vérité des Dieux. Et ils comprirent à quel ultime sacrifice ils faisaient face. En deux pas, le Dieu fut face au vortex. Sa main droite s’abattit sur la terre qui se soulevait et la repoussa. Les roches gémirent, mais cessèrent leur ascension. Le Dieu mit un genou à terre et son autre main traça sous le vortex de l’Enfer les sept symboles de la vie. Une sphère blanche jaillit au bout de ses doigts.
Malgré son éclat, personne ne détourna le regard. Ce spectacle, unique, ne détrompa personne. À mesure que les gestes du Dieu se précisait, chacun comprenait et appréhendait la violence de cette lutte finale. Un à un, les symboles furent répétés, encore et encore. Autour de lui, dans le chaos des choses, Litica traça à son tour les signes incantatoires. Des larmes roulaient sur ses joues salies. Les trois autres Dieux l’imitèrent en reprenant eux aussi leur taille normale, puis les Princes d’Éternité, et enfin, chaque Gardien, chaque Mentor, chaque Juste, chaque Apprenti. Une lueur uniformément blanche, plus éclatante qu’aucun soleil, naquit de chacun de ces signes.
La surface d’un disque parfait, dont le centre n’était autre que le Dieu, se forma. Et lorsqu’il fut formé, sa véritable nature apparut aux yeux de ceux qui ne s’en doutait pas encore : c’était un portail, un portail surhumain, la dernière offrande d’un Dieu. Dans un dernier geste, grave et dénué de toute trace d’hésitation, le Dieu s’empara de son épée et la plongea dans son cœur. L’énergie fusa autour de son corps, se déversant par la blessure béante qu’il venait d’ouvrir sans sourciller, pour le bien de son peuple. La magie s’empara du portail qu’il avait créé et la surface diaphane se mit à pulser vers l’intérieur.
Lorsqu’enfin, les vagues eurent atteint le bord, elles revinrent vers le centre, vers leur fondateur. Le corps du Dieu implosa alors, disparaissant à jamais au cœur du nouveau vortex. Le portail rouge en aspira la matière, la magie et le pouvoir et comme ils avaient voulu le faire des décennies, les Dieux refermèrent le portail maudit. Les deux énergies se confondirent, s’annulèrent mutuellement, se rétractèrent comme s’ils s’asséchaient, puis, une onde magistrale déferla dans le ciel. Loin à l’intérieur des terres, cette nuit là, les hommes et les femmes qui veillaient aperçurent les veinules pourpres et argentées qui zébraient le ciel. Ils ne surent pas que c’était là le dernier souffle d’un Dieu qui venait de se sacrifier.

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« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]
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