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 [U36] Les Princes d'Éternité - Inquiétudes (XIII)

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Nymphe Ydeil
Enfant de Lune
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MessageSujet: [U36] Les Princes d'Éternité - Inquiétudes (XIII)   Jeu 16 Juin 2011 - 16:11

INQUIÉTUDES (XIII)

Le silence succéda au vacarme final. Les dernières harpies rampaient au sol, leurs ailes déchirées par le souffle titanesque. Des larmes plein les yeux, des hommes et des femmes tombèrent à genoux dans la poussière. Beaucoup pleurèrent de soulagement, mais d’autres pleuraient la mort d’Orka, le Dieu qui avait fondé l’Ordre. Les premiers à se relever cherchèrent des visages familiers. Ceux qui reconnaissaient un allié, un ami, un frère, et en le trouvant vivant, poussaient des cris de joie vite noyés par de nouvelles larmes.
Lentement, chacun réalisa que tout était fini, qu’il était vivant et qu’il ne craignait plus rien. On chercha les blessés, on compta les disparus et les morts. On ne remarqua qu’à peine que le soleil se levait. La guerre ne changeait pas de visage, qu’elle se présente de jour ou de nuit et les Justes éreintés ne prêtaient plus guère attention à ce qui les entourait. On monta des tentes de fortunes avec les moyens à disposition et on y plaça les blessés.
Quelqu’un ramena le corps mutilé de Confucius. Lorsque Chermak se pencha au dessus du Gardien, il secoua tristement la tête. L’homme avait utilisé tant d’énergie à repousser le venin, puis à cicatriser sa plaie qu’il avait épuisé jusqu’à la source de son pouvoir. Exsangue, il n’avait plus la force de bouger, bien qu’il tienne toujours son épée au poignet. Sa respiration sifflante indiquait qu’il avait des côtes brisées et une profonde blessure entaillait son front.

- Tu es en piteux état, mon ami, murmura le Prince d’Éternité.
- Contente-toi de me remettre sur pied, ronchonna le Gardien d’une voix éteinte.

Ceux qui entouraient le blessé sourirent : il n’avait rien perdu de sa verve légendaire. Les uns après les autres, on amena les blessés. Sammakko n’ayant voulu confier Aurora à personne, il la porta lui-même jusqu’à une tente à part. Il l’installa délicatement sur une couche grossière et caressa le visage pâle de la jeune femme. À nouveau, il glissa jusqu’à sa conscience. Il trouva immédiatement ce qu’il cherchait et couche après couche, il neutralisa la mémoire d’Aurora. À son réveil, elle n’aurait aucun souvenir de cette nuit sordide. Elle ne se souviendrait ni de l’horreur, ni du bonheur qu’elle avait éprouvé.
C’est mieux ainsi, ma douce, tenta de se persuader le Prince au moment où plusieurs Justes faisaient irruption dans la tente. Blarka, Silenoz, Lord Kael et Gonoe venaient chercher des nouvelles de leur amie. D’un geste impatient, le Prince chassa tout le monde jusqu’à la sortie et disparut avec les autres, ne laissant que Kael aux côtés de la jeune femme. Celui-ci s’installa au chevet de sa compagne, le front soucieux.
Des questions de plus en plus nombreuses taraudaient le jeune homme : par quel pouvoir Aurora avait-elle pu tenir ce bouclier seule ? Quels étaient les sentiments du Prince pour elle ? Malgré la certitude que la jeune femme lui avait faite de n’appartenir qu’à lui, il avait toujours la peur irraisonnée de la perdre. Il n’avait aucun moyen de concurrencer son rival. Un instant, le ridicule de son geste lors du combat lui sembla moins important : aurait-il pu tuer Sammakko par pure jalousie ? Le Prince aurait-il pu l’abattre s’il avait choisi d’écouter son cœur et de rejoindre Aurora malgré son ordre ?

- Je t’aurais tué sans hésiter, annonça une voix dans son dos.

Surpris, le guerrier bondit sur ses pieds. Le Prince était là, debout derrière lui. En silence, les deux hommes se jaugèrent. Furieux d’avoir ainsi été espionné, Lord Kael tenta de faire le vide dans son esprit pour dissimuler ses sentiments. Pourtant, Sammakko ne s’intéressait déjà plus à lui. Le Prince, redevenant homme l’instant d’une seconde, s’était penché au dessus d’Aurora et écoutait sa respiration apaisée. Avec une douceur qui blessa profondément Kael, il écarta une mèche du visage fiévreux de la jeune femme. Puis il se redressa et observa l’Apprenti qui le dévisageait avec colère.

- Elle est sauve à présent, le rassura-t-il d’une voix monocorde.

Sans attendre une réponse qui ne viendrait pas, le Prince tourna les talons. Pourtant, au moment de sortir, il hésita. Sans se retourner, il ajouta :

- J’ai fait mon temps auprès d’elle. Protège-la autant que tu l’aimes.

Étonné, Lord Kael ne trouva rien à répondre. Incapable de comprendre le raisonnement de Sammakko, il le laissa disparaître sans rien ajouter. La colère qu’il avait éprouvée s’effaça progressivement. Sous le coup de l’émotion, il retourna s’asseoir. Les mains d’Aurora au creux des siennes, il réalisa tout ce qui venait de se passer. Ainsi, le Prince s’effaçait de lui-même. Il n’avait plus besoin de lutter. Bien avant que les derniers rayons du jour n’aient disparu derrière les montagnes, le jeune guerrier avait sombré dans un sommeil réparateur, soulagé de savoir que son plus grand rival n’en était plus un.
Pendant ce temps, à l’extérieur, on comptait encore les morts, on pansait les blessures et on brûlait les corps des harpies. Au milieu de ce charnier, les Dieux et les Princes passaient entre les rangs comme de simples hommes, l’œil inquiet et la parole rassurante pour ceux qui en avaient besoin.

- Comment va Aurora ? Demanda Gonoe lorsque Sammakko parvint à sa hauteur.
- Elle va bien, elle est tirée d’affaire, le tranquillisa le Prince.
- Aurora ? Vous avez une Juste qui s’appelle Aurora ? Interrogea Khân, l’un des Dieux qui se tenait à portée de voix.

Le Prince hésita avant de répondre, comme s’il avait voulu garder cette information pour lui seul.

- Oui, répondit-il enfin.
- Celle de la prophétie ? Insista le Dieu.
- Peut-être, admit Sammakko à mi-voix. Je ne sais pas encore.

Sa phrase s’acheva dans un soupir. Le regard d’or se porta sur la tente où reposait la jeune femme et le Prince espéra que Lord Kael prendrait son conseil au pied de la lettre. Si le combat de l’Ordre venait de prendre fin, celui d’Aurora en revanche ne faisait que commencer. Une nouvelle fois, l’inquiétude emplit le cœur de Sammakko tandis qu’il sentait l’esprit du Dieu entrer en contact avec le sien. Khân voudrait explorer ses pensées. Le Prince savait ce qu’il cherchait : les indices lui confirmant qu’Aurora était bien l’enfant des Prophéties.
Durant un instant, il tenta de garder pour lui le souvenir de ce pouvoir cuivré qu’il avait fait naître dans le cœur de la jeune femme, ce pouvoir qu’il avait tenu entre ses mains. Il voulut cacher au plus profond de son esprit ce qu’il avait senti chaque fois que sa présence mentale avait rejoint et exploré celle d’Aurora, parfois sans qu’elle n’en soit consciente, alors que, vulnérable, elle offrait la pureté de son cœur à sa lecture. Mais on ne résiste pas aux Dieux. Khân, le Dieu du Nord, trouva ce qu’il cherchait.
La seconde d’après, Sammakko sentit la présence du Dieu disparaître. Il sut que le destin d’Aurora venait de lui échapper à l’instant où il vit naître le sourire sur le visage de Khân et qu’il vit le regard blanc se poser sur la tente. Il comprit que plus jamais Aurora et lui n’auraient le moindre instant d’intimité et, avec amertume, il se demanda s’il avait bien choisi son moment pour livrer la jeune femme à elle-même. Impuissant, il vit les trois Dieux se réunir.
Ce qu’ils se dirent, les conclusions auxquelles ils arriveraient après l’analyse de ce que Khân avait tiré de ses souvenirs, il les connaissait déjà depuis une éternité. Plus tard, ils lui feraient sans doute payer pour avoir choisi de garder le silence. Plus tard, quand Aurora serait sous leur coupe. Mais Sammakko payait déjà un lourd tribut, celui de son inquiétude.

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