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 [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS

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Nymphe Ydeil
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MessageSujet: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 3:46


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« À Sionabel, un Rêve sera toujours apporté à ceux qui en font la demande. » [Nymphe Ydeil]
« Certains disent que seule la guerre peut faire de nous des frères. Ceux-là n'ont sans doute jamais essayé d'écrire avec quelqu'un... » [Yuen]
« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]


Dernière édition par Nymphe Ydeil le Mer 16 Avr 2014 - 19:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 3:48




LA REINE DES MERS - Les Réfugiés

À StOn et Elista, qui savent tous les deux pourquoi…


......… Perdu dans sa solitude, il dansait nu sous la pluie…

Six mois plus tôt.

Apsau, habille-toi bon sang ! Tu crois que la nef va nous attendre ?

Le cœur broyé, Apsau – qui s’appelait en réalité Apsaugotos – soupesait d’une main une bure sobre mais confortable et de l’autre, sa tenue de pilote, aux couleurs vives, que son grand-père lui avait offerte. Le tissu en était encore tout amidonné et elle était sans doute trop roide pour qu’il y soit à l’aise. De plus, c’était un vêtement de cérémonie. Il ne pouvait emporter les deux, il le savait. Pourtant, il fallait se décider. Dans son dos, sa mère achevait de boucler les bagages. Ils n’emportaient que le strict nécessaire et Apsau avait repoussé jusqu’à la dernière minute le moment de se décider.

Ne te presse pas, frangin ! Au pire, on te laisse là et tu me feras le plaisir de disparaître de nos vies, susurra son frère à son oreille.

Apsau fusilla son aîné du regard. Eldeur était plus âgé que lui de cinq bonnes années. Aussi noir de cheveux et athlétique que son benjamin était blond et frêle, il avait tout ce qu’Apsau aurait pu désirer : succès auprès des filles, affection paternelle, travail gratifiant. Même à l’académie, il brillait sans faire le moindre effort. Pourtant, le benjamin voyait clair sous le jeu de son aîné. Sous ses exploits se cachait en réalité un bourreau qui séduisait plus de femmes qu’il n’en mettrait jamais dans son lit, un tyran qui martyrisait son frère dès qu’il en avait l’occasion, un garçon qui fumait et buvait dans le dos de son père, méprisant son patron et les autorités supérieures, n’en faisant qu’à sa tête, falsifiant les rapports qui le desservaient à l’envi.
......Apsau connaissait les frasques de son frère et parce qu’il les connaissait, ils se vouaient une haine impitoyable depuis des années. Eldeur s’éloigna à reculons, les bras levés, un sourire empreint d’ironie sur le visage.

Décide-toi, petit frère, souffla-t-il d’un ton sage. La liberté ou la mort ?

En silence, Apsau maudit Galatée, la nymphe qui était supposée veiller sur lui. Il était né sous sa protection, mais parfois, il se demandait s’il n’aurait pas mieux valu naître sous celle de Triton, le dieu qui protégeait son frère et son père. Au moins aurait-il eu le courage d’affronter son frère une fois pour toutes. Avec colère, il enfila finalement la combinaison de pilote, y rangeant rageusement le médaillon qui représentait Galatée, qu’il portait au cou depuis sa naissance. Puis il jeta la bure dans un coin et tourna le dos à ce qui avait été pendant quinze ans sa chambre. Il ne reviendrait plus jamais : dans une heure, la nef décollerait pour fuir leur monde que la guerre achèverait de détruire derrière eux. Ils étaient à présent des exilés.


* * *


......Sur le quai, un homme d’âge mûr contemplait la lourde nef qui venait d’accoster. Son visage buriné par les embruns accusait l’âge, mais aussi le travail acharné d’un marin que la vie a balafré, égratigné, sans jamais le mettre à terre. Sur les mers, on l’appelait le Tigre, car trois cicatrices marquaient profondément son bras, là où une poutrelle avait manqué de l’estropier un jour.
......Ce matin-là, le Tigre attendait l’arrivée des réfugiés. Parmi eux, il choisirait un nouveau foreur pour sa plate-forme. Il savait que les réfugiés étaient souvent à la recherche d’un travail. Ils n’étaient pas difficiles à contenter en matière de salaire : ils avaient souvent besoin de nourrir une famille. D’aucuns lui auraient dit qu’il profitait de leur misère, ce à quoi il aurait répondu le plus dignement du monde que le profit était encore pour ceux à qui il offrait la possibilité de vivre.
......Appuyé contre un lampadaire, le Tigre observa donc les nouveaux arrivants. Ils avaient tous la même expression sur le visage : un mélange d’accablement, de fatigue et de ressentiment. L’armée embauchait souvent parmi eux car leur colère en faisait des soldats prêts à tout. Pourtant, un garçon sortait du lot et c’est lui que le Tigre repéra. Le nez en l’air, il tournait la tête de tous côtés pour mieux apercevoir ce qui l’entourait. Sa combinaison de vol, guindée et vive, semblait l’encombrer et le distinguait des autres. Il n’était pas bien épais, mais sa carrure annonçait un homme qui deviendrait fort à force de travail. Il ne devait avoir que quinze ans tout au plus.
......Le Tigre sourit. Il avait trouvé ce qu’il lui fallait. Ce n’était sans doute pas l’homme qu’il était venu chercher, mais ce garçon, il en était sûr, lui apporterait plus qu’un grand gaillard usé par la rancœur. Alors il fendit la foule pour rejoindre le gamin.

Hey, petit ? Tu cherches un travail ? Je m’appelle le Tigre, je suis capitaine d’une petite flotte. Nous avons besoin d’hommes comme toi. Nous pourrions faire de grandes choses ensemble.

Et il lui offrit une poignée de main sincère, doublée d’un large sourire.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 3:49


Le Tigre et le Chat

À Sionabel qui renait.


......Hébété, Apsau contempla la main que lui tendait cet homme d’âge mûr aux bras lacérés. Son interlocuteur affichait un air jovial et lui semblait sympathique. Après tout, c’était une occasion inespérée. Durant le trajet qui les avait menés jusqu’à Sirius, Eldeur avait bien fait comprendre à son benjamin qu’il était important de trouver un travail rapidement et que lui, pauvre minable, n’en trouverait probablement pas.

Je n’aurai aucun problème à trouver. Je suis fort, intelligent. Je sais me battre, j’ai l’habitude de diriger. Bien sûr, il y a des inconvénients : il faudra que je subvienne à tes besoins, en plus de ceux de Maman, mais crois-moi, tu me le payeras, avait-il dit.

Se voir offrir un emploi à peine quelques secondes après qu’ils avaient quitté la nef rendait Apsau nerveux. Sans accepter la main que le Tigre, il ne put s’empêcher de jeter un regard en direction d’Eldeur. Son aîné franchit immédiatement la distance qui le séparait du capitaine et lui serra la main à la place de son frère.

Enchanté, Capitaine. Mon nom est Eldeur. Mon frère est un peu jeune pour travailler, mais je suis tout à fait capable de vous aider. Je suis sûr que…
Vraiment ? l’interrompit le Tigre avec un sourire poli. Quel âge as-tu, mon garçon ?

Il avait fixé son regard sur Apsau, qui demeura muet. Eldeur en profita à nouveau.

Il a à peine quinze ans, vous savez. J’en ai dix-neuf et…
Quinze, c’est tout à fait suffisant pour monter à bord avec mon équipe, contra doucement le Tigre.

Incapable de réagir, Apsau écoutait sans l’entendre son frère parler de lui comme d’une pièce de viande. Un peu plus loin, un homme replet en costume trois-pièces les observait en tirant avec application sur un cigare pourpre. L’individu se rendit compte qu’il était observé et lui adressa un demi-sourire, l’œil calculateur derrière l’écran de fumée qu’il recrachait en bouffées rondes. Toujours fumant, il s’approcha du groupe.

Et bien, qu’avons-nous là, le Tigre ? demanda-t-il d’une voix qui n’était pas davantage qu’un souffle.

Le Tigre sembla se raidir et un malaise passa, le temps de quelques secondes.

Tu le vois, je recrute, répliqua-t-il un peu brusquement. Et toi, le Chat ?
Moi ? Oh, des choses et d’autres.

Celui qui se faisait appeler le Chat ne quittait pas des yeux Apsau, qui se sentait plus mal à l’aise que jamais.

Mais aujourd’hui, je crois que j’ai assez traîné sur les quais. J’ai choisi mon homme, continua-t-il. Petit, que dirais-tu de me rejoindre ?
Le Chat, je lui ai déjà fait la même offre.

L’Interpellé balaya l’interruption de son rival de la main, envoyant un peu de cendres sur le Tigre.

Ne sois donc pas égoïste, je te laisse le frère. Il meurt d’envie de venir avec toi, je le vois bien. Et puis, ce petit préférera certainement travailler dans la plus grosse compagnie de ce monde, plutôt que chez toi. Rends-lui service, n’insiste pas trop.

La fausse générosité du Chat ébranla Apsau. Il sentit que cet homme était plus mauvais qu’une vipère. Derrière son apparente affabilité se cachait en réalité un pouvoir qui empêchait le Tigre de se montrer trop vindicatif. De fait, le capitaine ne répondit pas, bien qu’il en eût visiblement envie.

Je suis désolé, se risqua enfin Apsau. Mais j’ai déjà accepté la proposition du Tigre.

Le sourire qui fendit le visage du capitaine et la grimace qui assombrit celui du Chat valaient tous les discours du monde.

Mais moi je n’ai rien accepté, profita Eldeur. Je peux donc travailler avec vous !

Le Chat lui jeta un regard plein de mépris et sembla le voir pour la première fois. Il haussa finalement les épaules en écrasant son cigare d’un coup de talon rageur.

Et bien, j’imagine que ça fera l’affaire. Prends tes affaires. Tout de suite.

Et il tourna les talons sans attendre, non sans avoir adressé un long coup d’œil d’avertissement à Apsau. Si le Chat avait quitté le quai quelques minutes plus tard avec son nouvel acolyte, le Tigre accorda tout le temps nécessaire à Apsau pour qu’il fasse ses adieux à sa famille. La plate-forme de forage se situait en pleine mer et il ne rentrerait donc qu’une fois par trimestre. Son salaire, en revanche, leur serait directement versé. Malgré tout, c’était la première fois que le jeune garçon quittait sa famille aussi longtemps. Il les salua donc longuement avant de suivre enfin le Tigre, sans savoir que lorsqu’il monta à bord d’une barge avec le capitaine, un certain Chat l’observait depuis les docks, l’œil plein de mépris et de colère.

À suivre...*

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 3:50


La Plate-Forme

Aux sourcils de DryGin… si si…


......La barge sautait dans tous les sens sur la crête des vagues. Le vent soufflait bien plus fort en pleine mer et ils avaient quitté les abords de XX, la capitale, depuis presque deux heures. Apsau, le cœur au bord des lèvres, se sentait verdir. Il avait décidé d’éviter de lever les yeux vers la plate-forme qui commençait à se décider sur l’horizon : c’était encore pire.

Tu ne vas pas être malade, au moins ? rigola le capitaine à la barre.
Non m’sieur, grogna Apsau en serrant les dents.

Le Tigre s’esclaffa.

Tu feras un bon foreur, j’en suis persuadé.

Apsau le dévisagea. C’était mieux comme ça : il avait l’impression que le monde tanguait moins.

Pourquoi moi ? demanda-t-il. Pourquoi m’avez-vous choisi ? Mon frère est bien plus fort. Il a plus d’expérience de travail.
Ton frère n’est qu’un crétin prétentieux qui aurait foutu la merde sur ma plate-forme en moins de deux, mon gars.

Le Tigre lui rendit son regard.

Et tu n’es pas plus dupe que moi à ce sujet, ajouta-t-il.

Apsau hocha la tête, attendant la suite qui ne venait pas. Le capitaine l’observait toujours pensivement.

Et moi ? insista le jeune garçon.
Je ne sais pas, avoua le Tigre. Sur le moment, ça m’a paru pertinent.
Et maintenant, vous regrettez ? ricana le passager.
Pas encore… mais si tu penses que je pourrais le faire, tu es libre de rentrer : si tu sautes maintenant, tu en as pour six heures environ à la nage. Tu sais nager au moins ?

Apsau se contenta de se cramponner un peu plus au banc sur lequel il était assis, plus vert que jamais. Non, il ne savait pas nager et n’avait pas la moindre envie de tenter l’expérience aussi fort que soit son désir d’un milieu plus stable. Le capitaine s’était de toute façon désintéressé de lui. La barge ralentit ostensiblement.

Nous voilà chez nous, annonça le Tigre, à peine un murmure par-dessus le fracas des vagues et le ronronnement des moteurs.

Le jeune garçon leva enfin les yeux. Devant eux se dressait la plate-forme, immense et ténébreuse. Elle fendait les flots avec une élégance rare, majestueuse malgré ses centaines de tonnes de poutres et d’acier. La peinture n’était pas neuve. Elle était même carrément rouillée par endroits, mais elle s’élançait à l’assaut du ciel selon une architecture unique, massive et aérienne à la fois.

Elle est belle, pas vrai ? fit le Tigre.

La barge s’approcha encore de l’un des quatre piliers qui soutenaient toute la construction et se rangea contre la structure d’acier, non sans clapotis. Le Tigre se pencha par-dessus bord – au grand désarroi d’Apsau – et arrima l’avant et l’arrière de la navette à une série de câbles, puis abaissa un levier. Aussitôt, le système de poulies se mit en branle et la barge s’arracha à l’océan. Le jeune garçon eut un hoquet de surprise et s’accrocha encore davantage, les jointures pales à force de serrer le banc. Le capitaine sourit.

Tu ne croyais quand même pas qu’on allait monter par une échelle, tu as vu la hauteur ? Sacré plongeon si tu glisses, non ?

Le garçon se contenta de hocher la tête, certain qu’il allait vomir s’il desserrait les dents. Il ne fit que fixer le vide, droit devant lui, tant que dura la remontée. Enfin, la barge eut une secousse et ils arrivèrent sur le pont inférieur où les attendaient plusieurs hommes. Tous étaient solidement bâtis, à l’image de leur capitaine. Apsau se demanda encore une fois ce qu’il faisait là. Les foreurs échangèrent de puissantes poignées de main avec le Tigre, riant et plaisant avec lui. Puis ils s’intéressèrent à son passager.

Qu’est-ce que c’est que ce freluquet, Capitaine ? C’est pas avec ça qu’on va remplacer la Tortue.

« Ca y est, on va se refaire tout le bestiaire animal, » songea un Apsau frustré.

Non, mais il y a quelque chose de particulier chez ce petit et je suis sûr qu’il n’attend que le moyen de mieux se faire connaître. Montrez-lui ses quartiers, les gars. Et ne le chahutez pas trop, il a le mal de mer.

Les « gars » éclatèrent de rire et Apsau se ratatina un peu plus sur lui-même. Il était habitué aux railleries de son frère, pas à ce que tout le monde l’imite. L’un des hommes se rapprocha de lui et lui offrit une poignée de main.

Ne fais pas attention à nous autres, mon gars. On est sur cette plate-forme depuis des années, on est mal dégrossis par ici. On m’appelle le Dauphin. Content de t’avoir à notre bord.

Apsau accepta de serrer la main de son interlocuteur et sut que deux options s’offraient à lui : plonger dans le monde de ces hommes ou plonger pour tenter de rejoindre la côte. Le choix était vite fait : il ne savait pas nager. Alors il trancha :

Appelez-moi la Souris.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 3:51


Dans l'Ombre du Chat

À ExoS parce que te battre a permis de commencer ce 572e rp également, même si je dois la fin à un Empereur.


......Installé à son bureau, le Chat contemplait la ville qui s’étendait à ses pieds, le port presque désert à cette heure de la nuit, la mer qui agitait sa houle à l’horizon, moutons blancs sur profondeurs noires. Là-bas, plus loin que ne portait le regard, la tempête frappait sûrement les plates-formes de forage installées au large. Sympathique paysage. L’homme sourit à l’idée qu’il soit bien au sec et au chaud pendant que d’autres affrontaient les éléments. Puis il reporta son attention sur ses dossiers. Depuis des jours, il cherchait la solution et voilà qu’elle était toute trouvée.
......Le Chat tria une nouvelle fois les fiches qui s’étalaient sur son bureau, les rangeant avec un soin presque maniaque. Il avait envoyé le garçon effectuer les dernières photocopies. Comment s’appelait-il déjà ? Ender ? Eldar ? Quelque chose comme ça. Peu importe. Tout juste bon à faire le travail de paperasserie et à servir le café. Le Chat n’était pas dupe : ce petit vaurien n’attendait qu’une occasion pour grappiller plus que ce qu’il n’avait déjà. Ce n’était rien de plus que l’un de ces prétentieux arrogants à l’ambition aussi démesurée que leur ego qui courent les rues. Il n’avait pas besoin d’aller chercher parmi les réfugiés pour trouver un tel employé.
......Aon, ce qu’il voulait, c’était le jeune frère. Apsau qu’il avait dit s’appeler. Apsau qui avait les yeux si bleus qu’il ne pouvait être protégé que par une puissante nymphe des eaux. Et les cieux avaient envoyé ce petit garnement droit dans les griffes du Tigre ! Au lieu d’engager un talentueux employé qui avait le don de parler à la mer, le Chat devait se contenter d’un protégé du Dieu Triton, capricieux comme aucun et imbus de lui-même comme personne. Eldeur. Voilà, il s’appelait Eldeur !

Oui, Monsieur ?

Le Chat contempla un instant le jeune homme qui venait de pousser la porte du bureau. Voilà qu’il se mettait à penser tout haut maintenant. Quel âge avait-il cet assistant déjà ? Dix-huit ans ? Oui… il allait devoir l’écraser, et vite encore.

Tu pensais nous apporter un café un jour ou je vais devoir me lever moi-même ?
C’est que… vous ne l’aviez pas demandé, Monsieur ?
Et alors ? Je l’ai pensé, ça ne te suffit pas ? Je croyais que tu étais capable et efficace ?

Eldeur rougit de honte et s’inclina. Bien. Qu’il comprenne où était sa place, ce petit merdeux.

Hors de ma vue ! Et tu reviendras apporter les dossiers quand nos clients arriveront !

La porte se referma sans douceur derrière le jeune homme cramoisi.

LA PORTE ! hurla le Chat, plus furieux encore.

Non, décidément, il n’aimait pas ce gamin. Il allait devoir régler ce problème tôt ou tard. Mais pour l’instant, il avait d’autres préoccupations. Récupérer Apsau à tout prix en faisait partie. Pour cela, il n’avait pas ménagé ses employés, cherchant un moyen d’écraser le Tigre par tous les moyens. Sur le bureau, le téléphone sonna. Il enfonça l’interphone avec empressement.

Maître Seng et Akhara, héritiers des compagnies Karobara, sont arrivés, Monsieur.
Faites-les entrer.

Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit sur deux hommes aux allures un peu trop empruntées. Le premier, un petit homme grassouillet au front dégarni s’empressa de lui serrer la main d’une poigne qui transpirait l’obséquiosité. Son costume aux coloris criards annonçait un immigrant de Persémone, mais sa peau flasque et grumeleuse était caractéristique d’un autre siècle. Son père, qui avait tenu les compagnies Karobara d’une main de fer, était mort depuis à peine deux mois que Seng dilapidait déjà son héritage. Le Chat détestait tout le monde, mais il détestait les Temporels plus que tous les autres. L’autre leva vers lui un regard humide et le salua avec effusion.

Mon cher Monsieur, quel honneur de travailler enfin avec vous !
Tout l’honneur est pour moi, répliqua le Chat d’un ton doucereux.

S’il avait appris une chose, c’était qu’il fallait toujours flatter dans le sens du poil ceux dont l’on voulait obtenir une faveur. Et une faveur, il en attendait une grande.

Nous avons apporté les documents administratifs que vous aviez réclamés, annonça le second visiteur, un homme d’âge mûr qui semblait plus contemporain et local que le précédent.
J’ai moi-même la contrepartie que vous attendiez, répondit le Chat en les invitant à s’installer.

Il contourna pour sa part le bureau et enfonça à nouveau le bouton de l’interphone.

Molly, aurais-tu l’obligeance de demander à… au stagiaire de nous amener les dossiers, s’il te plaît ?

Puis il eut un sourire qui se voulait apaisant en direction de ses collaborateurs.

Vous êtes toujours d’accord pour procéder à notre petit échange ?

Les deux hommes échangèrent un regard.

Nous avons votre assurance que tout cela restera secret ? demanda Maître Akhara.
Bien sûr. Le contrat devrait vous rassurer sur ce point, annonça le Chat en glissant les documents en direction de ses deux interlocuteurs.

Tandis que les visiteurs examinaient le contenu de l’entente, Eldeur se glissa dans le bureau et vint déposer café et documents sur la table, non sans quelques cliquetis, une tasse brisée et un dossier qui manqua d’éparpiller son contenu à travers la pièce.

Excusez-le, il débute, fit le Chat en congédiant le jeune homme d’un regard noir.

Il réunit les feuilles et apposa sa signature sur la première d’entre elles, puis les passa aux Maîtres.

Grâce à ce contrat, vous entrez en pleine possession du tiers des actions de l’entreprise minière Meka.

Seng signa et passa un second document en sens inverse.

En contrepartie et comme prévu, vous devenez propriétaire des territoires maritimes A207 et B625 et des baux des plates-formes de forages qui s’y trouvent.

Le Chat retint un sourire carnassier. Enfin, la victoire s’offrait à lui.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 13:59


LA REINE DES MERS - Retombées

À B3nito, mon frère, mon amour, mon sauveur, ce 577e rp.


......Les dernières signatures furent apposées sur les documents, puis le Chat les rangea avec un soin méthodique dans les dossiers correspondants. Il glissa le premier en direction des Maîtres Seng et Akhara et conserva le second, puis ils se levèrent et échangèrent une poignée de main de circonstance.

Ça a été un plaisir de faire affaire avec vous, annonça-t-il, tout miel.
L’honneur est pour nous, Monsieur Katze, répondit Maître Akhara.

Sa poignée de main était plus franche que celle de son allié. Il était aussi plus méfiant, ce que le Chat ne manqua pas d’observer. Tant que la réunion avait duré, il avait adopté un profil bas, silencieux et réservé. Il avait sans doute pris ses précautions, précautions dont leur nouvel associé devrait se méfier en temps utile.
.......Le Chat les raccompagna jusqu’au corridor, non sans les saluer abondamment. Puis, lorsque l’ascenseur se referma sur eux, il retourna à son bureau dont il ferma soigneusement la porte, décrocha son téléphone et composa fébrilement un numéro. La tonalité ne retentit qu’une demi-seconde et on décrocha.

C’est fait, annonça le Chat dans le combiné. Récupère les contrats et efface toutes les traces.

Et il raccrocha sans attendre la réponse. Il savait que le travail serait fait. Seng et Akhara seraient déclarés disparus le lendemain et dans quelques jours, il ferait valoir l’acte de propriété qui faisait de lui le propriétaire légitime des territoires marins. Bien sûr, il s’agissait d’un don et non d’un échange ou d’une vente, car les deux frères les lui avaient offerts en souvenir de l’amitié que leur père portait au Chat. Bien sûr, personne ne trouverait rien à redire parce que tout était parfaitement en ordre.


* * *


Pour la énième fois de la journée, les rotors s’arrêtèrent net et le Tigre lança un juron sonore. À trois reprises, ils avaient dû changer la mèche qui s’était brisée dans le canal. Malgré leurs efforts, ils ne parvenaient pas à perforer la plaque qui leur résistait depuis deux jours. L’homme s’essuya le front d’un geste machinal. C’était inutile, tant la pluie et les embruns mouillaient tout.

Arrêtez, les gars ! lâcha-t-il alors que le Dauphin s’apprêtait à changer la mèche encore une fois.

Les hommes se réunirent autour de leur chef, aussi éreintés que lui.

On n’y arrivera pas comme ça, fit le Tigre en secouant la tête.
On pourrait essayer de la contourner en décalant de quelques mètres, proposa le Chien.
Avec cette tempête, c’est trop risqué.
Mmm, ricana la Loutre. Il y en a d’autres qui aiment le risque pourtant.

Et il pointa le ciel. Les paupières battantes sous la pluie qui piquait les yeux, les hommes regardèrent le faisceau lumineux d’un aéroplane qui descendait vers eux.

Qu’est-ce qu’il vient faire là par un temps pareil celui-là ? grommela le Tigre.

Ils s’écartèrent tous du pont afin que l’appareil puisse se poser. Les pales sifflèrent contre le vent, la navette tangua une ou deux fois, puis se stabilisa enfin et s’ancra sur la plate-forme. Un homme en costume noir en descendit, armé d’un inutile parapluie et d’un porte-documents. Le Tigre alla à sa rencontre.

Vous êtes le capitaine de cette plate-forme ?
Lui-même. Et vous êtes… ?
Nous pourrions discuter à l’abri ? Et seul à seul ?

Le Tigre fronça les sourcils.

Ce que vous avez à me dire, mes hommes peuvent l’entendre, fit-il remarquer d’un ton sévère.
Comme vous voudrez… Alors sachez simplement que le territoire B256 sur lequel se trouve cette plate-forme a été cédé aux entreprises Katze. Votre loyer s’en trouve donc modifié.

Il y eut un silence durant lequel le Tigre cherchait à comprendre à quel plaisantin il avait affaire.

Vous rigolez ?

Pour toute réponse, l’homme – qui ressemblait désormais à un chien mouillé – lui tendit le porte-documents. Penché au dessus pour le protéger au minimum de la pluie, le Tigre en examina le contenu. Ses hommes le virent blêmir malgré la tempête. Puis il siffla dans ses dents. D’un geste rageur, il lança le dossier en direction de la mer. Les feuilles s’éparpillèrent au vent et à la pluie.

Qu’il aille se faire foutre. Je refuse de vendre ma compagnie pour payer un tel loyer !
Alors il faudra trouver une autre façon de payer, le prévint le visiteur.

Le Tigre leva un regard assassin vers le messager.

Allez vous faire foutre aussi. Dégagez de ma plate-forme. Tout de suite ! Sinon je vous envoie rejoindre ce torche-cul que je viens de balancer à la mer, c’est clair ?

Les mâchoires serrées, l’homme obtempéra et les moteurs de l’aéroplane grondèrent à nouveau.

Et dites-lui bien qu’il peut crever ! gronda le Tigre par-dessus le vacarme.

Puis il tourna les talons et quitta le pont. Ses hommes s’écartèrent de son passage. Jamais ils ne l’avaient vu d’aussi mauvaise humeur. Le Dauphin ramassa une feuille que la pluie avait ramenée sur le sol et y jeta un coup d’œil tandis que la navette décollait, emportant l’oiseau de mauvais augure avec elle. Ce qui lui restait de bonne humeur s’évanouit.

À suivre...

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« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]


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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 14:11


Misère Noire et Magie Blanche

À HClo, ce 578e rp.


Ils demandent le double du loyer actuel, annonça le Dauphin après avoir lu le papier détrempé.
On ne pourra jamais payer ça, nota sombrement le Chien. Quel fils de pute. J’aurais mieux fait de le tuer quand je l’avais sous la main.
On ne pouvait pas savoir qu’il choisirait de la jouer comme ça, répliqua la Loutre.

Apsau, qui écoutait les hommes avec attention, se manifesta enfin. Il n’avait pas aimé le premier contact qu’il avait eu avec le Chat et la situation le confortait dans l’idée que sa première impression avait été la bonne.

Vous le connaissez bien ?
Plutôt oui, d’où tu crois qu’il a pris ce nom ? Le Chat, tu parles… C’était un foreur ici avant, un de nos collègues, un frère, un…

Le Chien s’interrompit et enfonça son poing dans le premier mur qui passa. Il était furieux. Le Dauphin prit le relais.

On a toujours été bien traités par le Tigre, seulement tu vois, on n’est pas riches ici. On n’a pas à se plaindre, le chef coupe toujours son revenu pour nous en donner un peu plus, mais l’entreprise n’est pas vraiment florissante : nous avons à peine de quoi vivre et louer cette plate-forme. Mais c’est tout ce que nous avons. On aurait pu avoir mieux, c’est sûr, mais par des procédés pas très loyaux, si tu vois ce que je veux dire.

Non, Apsau ne voyait pas, mais il hocha quand même la tête.

Disons qu’on aurait pu acheter ailleurs et vendre plus cher au lieu de nous contenter de vendre nos propres ressources. Ça, le Chat l’a proposé au Tigre. Mais le Tigre est un homme honnête, il a refusé. Alors le Chat nous a proposé de partir avec lui en douce et d’acheter notre propre compagnie. On a refusé.
Pas tous, rappela la Loutre à mi-voix.
Non, pas tous, acquiesça le Dauphin tandis que le Chien grognait des imprécations peu reluisantes à l’égard des traîtres et autres scélérats. Enfin bon, ça s’est fini comme ça : le Chat est parti, a fondé sa propre compagnie d’import-export. Il est devenu riche, nous, on moisit encore ici, mais au moins, nous sommes sur le terrain, à faire ce que nous aimons faire – forer – pendant que le Chat vit dans un bureau à longueur de temps.
Ouais, et comme si ça lui suffisait pas, ce… ce… veut nous écraser comme des moustiques ! claqua le Chien.
On ne se laissera pas faire, annonça le Dauphin d’un ton apaisant. On va passer à travers cette plaque et atteindre le gaz qu’il y a en dessous. On payera le loyer du mois facilement avec la nappe qu’il y a là.

Personne ne fit remarquer que le loyer du mois suivant n’était pas garanti davantage. Ils n’avaient pas le cœur à songer à cela. Ils se remirent donc au travail plus sombres que jamais, mais aussi plus déterminés. Malgré la tempête, ils entreprirent de déplacer la plate-forme qui gémit beaucoup, mais obtempéra. Les secousses durent alerter le Tigre, qui vint leur prêter main-forte à la deuxième tentative. Personne n’aborda le sujet et le travail s’effectua dans un silence pesant et anormal. On ne parlait que pour lancer des ordres ou des indications. Rien qui ne soit pas nécessaire. Le foret passa finalement à travers la couche inférieure et la matière fut extraite en pleine tempête.
......Ce mois-là, le Chat fut payé. Le mois suivant, le problème se reposa, mais la plate-forme ne put puiser et vendre assez de ressources. Voyant les difficultés que rencontraient ses alliés, Apsau, comme tous les autres, redoubla ses efforts. Il pria ardemment la Nymphe qui le protégeait de les aider, ultime espoir dans la tourmente. En vain. Les jours passèrent sans que rien ne changeât et la sentence tomba quand il fut évident qu’ils ne pouvaient payer.

Si nous ne vendons pas pour rembourser nos dettes, la plate-forme sera détruite, annonça le Tigre un soir. J’ai donc pris la décision de vendre la compagnie. Vous ne méritez pas de perdre votre travail ainsi.

Certains s’insurgèrent contre l’évidence, et le Chien en faisait naturellement partie. Mais comme d’habitude, ce fut le Dauphin qui parla avec sagesse au nom des autres :

Nous te suivrons, quoi que tu décides.

Vaincu par la frustration et la colère, Apsau serra les dents et baissa les yeux. Il perdait tout : des amis, une situation stable, une autonomie qu’il n’avait jamais eue. Bientôt, il devrait regagner la terre ferme et affronter son frère, une fois de plus. Son frère et sa suffisance. Son frère, vendu à l’ennemi. De colère, le jeune homme jeta à la mer le médaillon qui représentait la divinité Galathée. Il le portait pourtant au cou depuis sa naissance, mais il ne voulait plus croire à ces histoires de grand-mère. Ces quelques mois passés sur la plate-forme l’avaient endurci. Il était devenu un homme, sans vraiment s’en rendre compte. Le Tigre l’avait vu, ce jour où il l’avait choisi et avait lutté pour lui. À présent, tous les efforts qu’il avait tentés pour aider le capitaine en retour étaient vains. Abattu, Apsau alla se coucher.
......Sous la plate-forme, le médaillon coula lentement, bercé par les flots tourmentés. Alors quelque chose scintilla sur la relique et se diffusa dans l’eau. Cela remonta vers la surface, le long des puissantes poutres qui soutenaient la plate-forme. Nul ne vit la lueur qui illuminait la construction ballottée par la houle. Nul ne rencontra l’être cristallin qui parcourait les ponts supérieurs, frôlant les vastes surfaces de son pied aérien, effleurant l’acier de ses doigts de fée. C’était un être d’une beauté telle qu’on n’en rencontre qu’au creux de nos rêves. Un visage doux comme celui d’un Ange, une pâleur à rendre la lune jalouse, l’élégance même. Mais l’entité passa, traversa toute la plate-forme, pénétra tous ses compartiments, déposa un baiser sur le front d’Apsau, puis s’en retourna d’où elle venait, plongeant dans les flots déchaînés depuis l’un des ponts supérieurs. La nuit redevint nuit. La misère redevint misère.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Mar 8 Avr 2014 - 14:25




De la Foi et du Succès

Au Château de Lune et à ses Rêveurs, ce 579e rp.


......Au matin, les hommes se levèrent les uns après les autres, silencieux et mornes. La perspective de se séparer, de quitter la plate-forme à laquelle ils avaient tous consacrer une bonne part de leur vie, n’était réjouissante pour aucun d’entre eux. Apsau balança ses jambes par-dessus sa couchette et sauta à terre pour suivre ses compagnons jusqu’au réfectoire. En général, les repas signifiaient toujours des rires et des plaisanteries, mais depuis des jours, ils mangeaient en silence et les vagues tentatives d’humour destinées à détendre l’atmosphère échouaient lamentablement.
......D’un geste devenu machinal, le jeune garçon resserra son poing autour de son médaillon et pria une fois de plus la Nymphe de les aider. Puis il fronça les sourcils et ouvrit ses doigts. Il referma la main, l’ouvrit à nouveau. Le pendentif était bien là, au creux de sa paume.

Ça ne va pas la Souris ? demanda la Loutre, qui avait observé son manège.
Si… mais il me semblait avoir perdu ce médaillon hier soir.
T’as dû rêver mon gars. Va pas commencer à perdre la boule.

Et la discussion s’arrêta là, tandis qu’Apsau cherchait à faire la part des choses entre souvenirs et rêves. Il était pourtant certain d’avoir jeté le collier à la mer. L’Ange qui avait déposé un baiser sur son front au beau milieu de la nuit, ça, par contre, c’était bien un rêve, pas de doute à avoir.
......Soudain, une alarme se fit entendre, coupant court à ses interrogations. Durant quelques longues secondes, les hommes échangèrent des regards perplexes. Puis ils reconnurent le son de la sirène et ce fut un branle-bas général mêlé d’incrédulité : c’était le signal que la foreuse avait rencontré une nappe pleine. Problème : ils n’avaient repéré aucune nappe depuis des jours. Ils avalèrent les marches quatre à quatre et se trouvèrent bientôt tous sur le pont. Chacun se pencha sur les cuves. Elles étaient pleines. Ce qui les emplissait, ce n’était pas de l’eau : c’était un liquide visqueux et noir, chargé de deutérium.

D’où ça sort ça ? grommela le Chien en s’engouffrant dans la salle de contrôle.

Tous le suivirent. Le Tigre était déjà aux commandes. La Loutre eut un rire sec. Personne ne croyait à cette chance. Mais rapidement, les gestes de l’habitude reprirent leurs droits. On sécurisa les cuves et les canalisations, on coupa les rotors, on réorienta le flux de deutérium vers les cuves latérales. Puis on calcula l’importance de la récolte : de quoi alimenter en carburant des flottes entières, de quoi rendre riches tous les foreurs de la plate-forme. Lorsque le travail fut fait, le Tigre eut un très large sourire à l’intention de ses hommes :

Je crois qu’on va pouvoir payer la prochaine année de loyer, les gars.

Alors, l’atmosphère se détendit et enfin ils réalisèrent. La chance leur avait finalement souri ! Les rires reprirent. La bonne humeur s’installa à nouveau et ils échangèrent des accolades ravies.

Tu nous portes chance, petit, déclara le Tigre à l’adresse d’Apsau.
C’est vrai que depuis que tu es là, on tient drôlement tête au Chat, et ça, ça me plaît ! fit le Chien à son tour. Je pensais pas te le dire un jour, mais je suis content que tu sois là, Souriceau.

Abasourdi, Apsau eut un drôle de rire. Moins que jamais, il n’arrivait à faire la part des choses entre ses souvenirs et ses rêves et il sentait confusément qu’il n’avait peut-être pas rêvé du tout.


* * *


Durant les jours qui suivirent, le Tigre dut descendre à terre pour répondre aux nombreuses commandes que recevait son entreprise. Tout le monde s’était rendu compte qu’Apsau avait fait des offrandes chaque nuit à la mer et qu’il priait avec plus de ferveur que jamais, mais nul n’en avait parlé. Seulement, sur les solides fondations de la plate-forme, une nymphe à la peinture blanche semblait désormais s’élancer vers les ponts supérieurs depuis la houle. Une réplique exacte de la figure qui ornait le médaillon d’Apsau, réalisée par les bons soins du Chien.
Lorsqu’il quitta la plate-forme pour se rendre à terre, le capitaine emmena Apsau avec lui et tandis que la navette les propulsait de vague en vague – pour le plus grand déplaisir du jeune homme qui n’en avait pas fini avec le mal de mer – le Tigre désigna le médaillon.


Je pense que ta Nymphe n’est pas étrangère à ce qui nous arrive, je me trompe ?

Apsau rougit jusqu’à la racine des cheveux. Il ne pouvait ignorer les signes, mais il ignorait ce qu’il devait croire. Les foreurs n’en avaient jamais fait mention devant lui, même s’il était persuadé que le tas d’offrande augmentait discrètement pendant la nuit.

Je pensais avoir jeté le médaillon à la mer le jour où ça s’est passé, avoua-t-il enfin.
Je sais, la Loutre me l’a dit. Penses-tu que… qu’elle existe ?
Ce n’est pas moi qui ai peint le pilier, fit Apsau, sur la défensive.
Avec ton superbe pied marin ? plaisanta le capitaine. Puis il redevint sérieux : je crois que tu sais très bien que ta Nymphe, quel que soit son nom, nous a aidés parce que tu l’en as prié. Je crois que tu lui as donné la mer pour royaume quand tu as lancé ton médaillon. Je crois qu’elle veille sur toi depuis toujours. Et je crois que tu le sais, mais que tu n’oses pas le dire parce que tu as peur que je te juge.

Le jeune homme baissa les yeux sur son médaillon, qu’il frottait machinalement entre ses doigts.

Là où j’ai grandi, nous naissons tous sous la protection d’un Dieu ou d’une Nymphe. C’était Galathée pour moi, parce que je suis né en avance et que j’avais la peau très blanche quand j’étais plus jeune. J’ai tellement fait saigner ma mère à la naissance qu’ils ont dit que je baignais dans des rivières de sang.
Et tu y crois ?
Je ne sais pas. J’ai toujours été attiré par la mer, je m’y sens bien… enfin à part quand on est sur un bateau, ajouta-t-il en se rembrunissant. Je suis bien sur la plate-forme, mieux que bien même. Je me sens dans mon élément. Et cette nappe… personne ne l’avait vue.

Le Tigre eut un large sourire et nota avec malice :

À part une certaine Nymphe qui aime beaucoup les colliers de coquillage et les oranges.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] La Reine des Mers - EN COURS   Jeu 10 Avr 2014 - 14:56


Le Goût de l’Échec

À voifab, ce 581e rp. Celui qui a l’intelligence pour juger devrait avoir celle de se prémunir des mots qui manipulent.


......Le Chat regardait Eldeur sans le voir. Le pauvre stagiaire s’évertuait à lui répéter pour la troisième fois en deux jours le bilan financier des entreprises Petro, dirigées par son ennemi et rival, le Tigre. L’homme d’affaires ne parvenait pas à se faire une raison. Par un odieux coup du sort, le capitaine avait réussi à mettre la main sur une nappe riche en deutérium.

Les données estiment la capacité du réservoir à plus de neuf cent trente milliards de litres, soit un profit qui s’élève aujourd’hui à…

Eldeur consulta hâtivement ses notes, mais le Chat l’interrompit d’une voix sourde :

Suffisamment pour racheter sa plate-forme et mon entreprise avec. Est-ce utile de le rappeler ?
Je… oui, Monsieur, bredouilla le stagiaire. Enfin… non, Monsieur.

Le Chat lui adressa un regard noir.

Nous devons trouver une solution, marmonna-t-il comme pour lui-même.

Puis il se tourna vers la baie vitrée et contempla la mer qui s’étendait à l’horizon, étrangement calme depuis quelques jours.

Je suis sûr que ce petit ingrat a utilisé son pouvoir. Si je pouvais le retourner contre eux… Oui, ça serait la seule solution. Ou au moins, la plus rapide. Mais le Tigre ne le laissera pas partir. Il faut que je coupe les griffes de cet imbécile une bonne fois pour toutes. L’empêcher de me freiner encore. Non, je ne supporterai pas qu’il s’oppose encore à ma suprématie.

Brusquement, le Chat pivota sur sa chaise et planta son regard dans celui d’Eldeur. Le garçon frémit. L’homme jaugea attentivement son assistant.

Sais-tu te battre ?
Pardon ?
Sais-tu te battre, oui ou non ? !

La voix claqua dans le bureau vide et immense, avec toute l’impatience qui faisait vibrer l’homme. Eldeur se redressa comme un jeune coq qui se rengorge, prêt, une fois de plus, à satisfaire son supérieur.

Bien sûr.
Tu l’as déjà fait ? Tu sais comment déclencher une bagarre ?
Heu… oui, répondit le jeune homme, qui ne savait pas très bien où voulait en venir son maître.
Très bien. Dans ce cas, je veux que tu provoques le Tigre, que tu le pousses à se battre contre toi et que tu le fasses en public surtout, que tout le monde vous voit, tu m’as bien compris ?
Quoi ? Mais…
Fais-le et je t’offre le poste d’assistant officiel. Ne le fais pas et tu es viré. Mais je ferai de ta vie sur cette planète un enfer tel que tu préféreras ne pas être né et ne jamais y avoir mis les pieds. Est-ce que je me fais bien comprendre ?
Tout à fait.
Alors fais ce que je te dis.

La mort dans l’âme, Eldeur obéit et quitta le bureau du Chat. Lorsqu’il eut franchi la porte, son supérieur décrocha le téléphone.

Je vais encore avoir besoin de vos services, annonça-t-il lorsque l’on décrocha à l’autre bout du fil.


* * *


En quelques heures à peine, la nouvelle de la réussite du Tigre avait fait le tour du forum. On se pressait de toute part pour le féliciter, pour lui serrer la main. Si Apsau s’y perdait, le capitaine, lui, gardait la tête sur les épaules.

Tu vois, déclara-t-il à son jeune acolyte qui l’interrogeait. C’est de cela qu’il faut se méfier : je pourrais avoir envie de me réjouir de mon succès et en faire trop. Mais demain, si je perds tout, je n’aurais que mes yeux pour pleurer. Il faut savoir rester humble, même lorsque la victoire s’offre à nous. Que tu sois vainqueur ou perdant, affronte toujours ces situations de la même façon quand tu te présenteras devant les autres, car si aujourd’hui c’est toi, demain ce sera peut-être eux que le destin choisira. Les gens honnêtes se souviendront de ce que tu as fait pour eux et tu connaîtras ainsi tes véritables alliés et ceux dont il faudra te méfier.

Apsau hocha la tête. Il avait l’impression que le capitaine était en train de le former à quelque chose qu’il n’appréhendait pas encore. Tout à coup, alors que le Tigre le dévisageait attentivement, comme attentif à sa réaction, Apsau aperçut un visage familier à travers la foule : c’était Eldeur, son frère. Le visage du jeune garçon se ferma immédiatement et son capitaine suivit son regard.

Quand on parle du loup, grommela-t-il.

Apsau ne put s’empêcher de pouffer :

Ça lui irait bien comme surnom, murmura-t-il.

Le Tigre sourit à son tour et ils laissèrent le jeune loup venir à eux.

À suivre...

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