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 [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE

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Nymphe Ydeil
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MessageSujet: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 2:50

LES SILHOUETTES D'UHR

* Note de la RPiste : Cette saga a été commandée par brutus, des [POUPEE], sur l'Univers Wasat. Elle a été rédigée pour l'alliance, qui s'est dissoute pour fonder les [COCKTAIL]. [SMOKE] et [NEMESIS] se sont joints à eux au fil des épisodes. Pour tout commentaire, veuillez poster ICI. Bonne lecture !

Épisodes précédents :
- Les Soldats
- Le Général
- Ordres de Mission
- La Recrue
- La Jungle
- Les Contrebandiers
- Les Jours qui Passent
- La Quarantaine
- La Prophétie
- Les Abysses de la Folie
- Délivrance par le Feu
- La Femme sans Mère
- La Septième Silhouette

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« À Sionabel, un Rêve sera toujours apporté à ceux qui en font la demande. » [Nymphe Ydeil]
« Certains disent que seule la guerre peut faire de nous des frères. Ceux-là n'ont sans doute jamais essayé d'écrire avec quelqu'un... » [Yuen]
« À six ans, je savais écrire. Mais ici, nous n'écrivons pas. Nous vendons du Rêve. » [red13]


Dernière édition par Nymphe Ydeil le Mer 30 Avr 2014 - 14:33, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:03




LES SILHOUETTES D'UHR - Les Soldats

À camael, mille excuses de t’avoir oublié, et à mon trial d’amour, frère et protecteur qui se reconnaîtra.


......Je ne crois pas avoir eu beaucoup le choix. Quand on m’a dit d’y aller, j’y suis allé, pas parce que ça me plaisait, mais parce que c’était un ordre. D’un autre côté, quand on est militaire, on ne s’attend pas forcément à avoir le choix. Alors quand on m’a parlé de la mission, j’ai sagement hoché la tête, j’ai fait mon paquet et j’ai quitté la base avec quelques recrues sélectionnées de la même façon que je l’avais été.

......Nous avons pris la navette de nuit, à presque quatre heures du matin, en plein milieu d’un orage qui n’était pas beau à voir. Ça secouait de partout et j’ai eu pitié du pauvre type qui allait nous faire décoller par un temps pareil. Mais là encore, je n’ai rien dit : je n’étais pas plus payé pour avoir pitié que pour discuter les ordres. On a atterri une trentaine d’heures plus tard, sur une petite île déserte que notre commandant avait dénichée spécialement pour nous pour y établir le QG. S’il avait pu trouver pire, il l’aurait fait, croyez-moi.

......C’était une forêt humide, pleine de bestioles dont vous ne rêveriez pas dans vos pires cauchemars. Des trucs qui rampent, qui bavent, qui sifflent, qui bourdonnent, qui grognent, qui piquent ou mordent pour peu que vous squattiez d’un peu trop près leur territoire, leur nid ou leur petit-déjeuner. Et vous pouvez être sûrs qu’on ne peut pas faire un pas dans cette foutue jungle sans tomber sur le repaire de l’un de ces monstres. Heureusement, la caserne en était plus ou moins exempte et on dormait au moins sans avoir la trouille que l’une de ces choses vous choisisse pour prochain repas ou comme lieu d’accueil de ses futurs rejetons. Il n’y avait que quelques blattes sous les lits et une ou deux souris qu’on ne voyait jamais mais qu’on entendait trotter le long des murs dès qu’on éteignait les lampes. Pas des vilaines bêtes quoi, des trucs familiers. Enfin presque.

......Le pire, après cette faune inhospitalière, c’était l’humidité. Il pleuvait presque sans discontinuer. À vous déprimer le plus endurci de nos hommes. Quand il ne pleuvait pas, on apercevait parfois les rayons du soleil, mais ça ne durait jamais plus de trois minutes. On passait la journée avec les pieds dans l’eau, à s’entraîner. On sentait tous le chien mouillé et on devait en avoir l’allure, à force d’obéir aux ordres qu’on nous distribuait. La nuit, c’était la même chose. On ne pataugeait pas dans l’eau, mais la caserne était aussi humide que l’extérieur. On avait froid en permanence quand on ne s’activait pas. Je crois qu’on n’a jamais autant apprécié l’entraînement physique qu’à ces moments-là. Et je pense que nos supérieurs le savaient et en profitaient, les bougres.

......On a passé des jours comme ça, à se demander pourquoi ils ne nous envoyaient pas sur le terrain et pourquoi il fallait reprendre l’entraînement, sans arrêt. La réponse a fini par venir quand les hommes se sont mis à se taper dessus pour évacuer le stress et l’énervement. C’est pas qu’on n’y soit pas habitués en tant que militaires, mais le contexte dans lequel on nous faisait attendre n’était pas pour arranger les choses. Quand ça a dérapé, ils nous ont dit qu’on devait patienter jusqu’à l’arrivée d’autres troupes. Lesquelles ?

......On a fait ce qu’on nous a dit, on s’est tourné les pouces jusqu’à ce qu’ils fassent débarquer sur l’île les derniers fadas qui avaient dit oui à leurs supérieurs. Il s’est avéré rapidement que les nouvelles têtes n’avaient pas notre expérience et il a fallu attendre encore qu’ils se mettent à jour. Mais la rupture entre nos troupes et les leurs étaient faites : désormais, pour nous, c’étaient eux les responsables. Ça a entraîné les querelles et le mépris qu’entraîne toujours ce genre de situations. Enfin d’un autre côté, on n’était pas payé non plus pour foutre la merde, donc on a fini par se calmer, trois ou quatre avertissements plus tard.

......Finalement on a pris l’avion jusqu’au terrain. On ne nous avait pas dit grand-chose : un camp militaire quelque part en Amérique du Sud, deux scientifiques pris en otage. On devait nettoyer tout ça. C’est tout. Pour la forme, ils ont précisé :

Foutez la merde rien qu’un poil et je vous affecte sur un avion de fret pour nous ramener des merdes de nègre made in Tombouctou.

Humour douteux, mais on avait l’habitude et on arrivait même à en rire à chaque fois… enfin sauf celle fois ci : on était trop à cran d’avoir attendu pour rien. Dans le fond, on était juste impatients d’arriver et de se mettre au boulot. On a même fait de l’excès de zèle au début. On a fait ça clean : bousiller les stations radio de la base ennemie, abattre les gardiens, pénétrer dans le camp, trouver les civils – deux scientifiques un peu hébétés – démanteler les rangs des autres. Ça a été facile : ils couraient un peu dans tous les sens en criant des trucs bizarres dans leurs langues. Et puis c’est arrivé. On n’a pas compris tout de suite. On a cru que c’était un mec qui perdait les pédales. Rien d’autre.

......On avait perdu un homme dans l’après-midi, perdu au sens littéral quoi. Quand on l’a retrouvé, il se berçait d’avant en arrière au fond d’une grotte sordide. Les faisceaux des lampes se sont posés sur lui et il a tourné vers nous des yeux hagards.

Maman ? Tu m’as trouvé Maman ? Tu viens me chercher, hein ? C’est bien toi Maman ?

Comment est-ce qu’on aurait pu y voir autre chose que de la démence ? On pouvait pas. On a cru qu’il avait pété les plombs à cause de la pression, même si concrètement, on en avait vu d’autres. On était taillé pour la guerre après tout. Mais ce n’était pas ça. Quand on a escorté les scientifiques à notre propre base, l’un d’entre eux a commencé à sucer son pouce. Immobile comme ça, sous la pluie battante, l’air d’un chaton mouillée, il semblait pitoyable. Le choc ? Non. Autre chose. De pire.

Maman, viens me chercher, Maman.

Cest là qu'on a compris que ça dérapait. Pour nous, tout a commencé comme ça.

À suivre...*

* * *

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:04


LES SILHOUETTES D'UHR - Le Général

Aux noctambules de tout poil...

......Après le fiasco des troupes à la base militaire, le moral des soldats s’est trouvé plus bas encore qu’il ne l’était auparavant. On se demandait ce qui se passait et personne ne nous répondait. On savait juste que ça avait dérapé. De toute façon, personne ne semblait avoir beaucoup plus d’infos que nous. Les avions se posaient sur l’île et repartaient, apportant tantôt des scientifiques, tantôt des troupes fraîches. Entre nous, il commençait à se dire qu’ils allaient servir de chair à canon. Nous avions été assignés à résidence tandis qu’ils commençaient à s’entraîner loin de nous. Notre camarade fou avait été isolé, ainsi que les deux scientifiques. Mesure de précaution, qu’ils disaient.
......La vérité, c’est qu’ils ne savaient rien. Ils étaient aussi paumés que nous. À défaut de directives, on a commencé à douter. À surveiller avec suspicion l’apparition de symptômes qu’on ne connaissait même pas. On tombait tous plus ou moins dans la paranoïa à se demander si cette saloperie était contagieuse, si l’un de nous avait approché d’un peu trop près l’un des soldats ennemis ou notre allié. Ou l’un des scientifiques. J’en avais tué un ou deux à coup de machette. Autrement dit, au corps à corps. Inutile de dire que je balisais autant que les autres.
......On se disputait sans arrêt à force de nervosité. Ceux qui étaient soupçonnés d’être contaminés étaient rejetés. Je n’étais pas le dernier, à ma plus grande honte. Et puis il est arrivé. C’était un soldat aussi jeune que nous. Je devais même avoir un an de plus que lui. Propre sur lui, décontracté. Une présence. Un sourire plein de chaleur. On était encore en train de se battre.

Alors, jeunes gens, que se passe-t-il ici ?

C’est un grand costaud qui lui a répondu. Bon, on l’était tous plus ou moins, vu l’entraînement qu’on recevait, mais lui, c’était différent. Le genre armoire à glace, si vous voyez ce que je veux dire. Deux mètres dix de haut, presque autant de large et des mains plus larges qu’une planche à découper. Le truc qui vous dissuade tout de suite de chercher la bagarre. C’est un coup à vous décoller de terre à la première baffe.

Qu’est-ce que ça peut te faire toi ? T’es un contaminé aussi ? Ils vont nous laisser crever entre nous jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun ? Ou alors t’es suicidaire ? Je peux te régler ça de suite si tu y tiens. J’ai envie de cogner quelqu’un, a rugi notre armoire à glace.

Puis on a vu les galons. Pas une, pas deux, mais quatre étoiles scintillaient sur son épaule. Quelqu’un a tapoté le bras du géant.

Quoi ? qu’il a beuglé.

Il a vu à son tour, a blêmi, puis claqué des talons, comme nous tous.

Général… Je vous présente mes excuses, a-t-il bafouillé. Je suis… désolé.

L’autre a souri et s’est approché de lui.

Repos, soldat. Ne vous inquiétez pas. La situation étant ce qu’elle est, je ne me formaliserai pas de cette sortie. Veillez simplement à ce que cela ne se reproduise pas.
— Bien mon Général.

L’homme a parcouru nos rangs du regard. J’ai eu un peu honte : nous n’étions pas vraiment habillés avec rigueur. Certains étaient à peine en tenue. Abandonnés par nos supérieurs, nous avions laissé tomber toute rigueur.

Écoutez-moi bien, soldats. Vous êtes ici parce que vous avez été choisis pour une mission suicide. Vous avez tous été témoins de ce qui frappe dans cette jungle. Je vais être honnête avec vous : nous ne savons pas ce que c’est. Ça ne tue pas, mais ça court-circuite toute pensée consciente et ça vous renvoie directement à l’âge où vous suciez encore votre pouce.
Ça rend fou, quoi, a commenté l’un des nôtres.

Le général l’a observé et a hoché la tête.

Exact, soldat. Vous pouvez devenir fou parce que c’est contagieux. Mais la vérité, c’est que nous ignorons également de quelle manière ça se transmet. Votre camarade est sous observation, mais notre rôle, c’est d’empêcher cette saloperie de se répandre. Il faut donc ratisser la jungle à la recherche d’hôtes potentiels de la maladie. Avez-vous compris.
— Oui, Général !
Bien, alors allez-vous coucher. Demain matin, nous commencerons les fouilles.
— Oui, Général !

Et nous avons obéi, oublieux de plusieurs jours de tension, de rancœur et de paranoïa. Nous avions apprécié l’honnêteté et la spontanéité de ce nouveau supérieur et comme les soldats bien entraînés que nous étions, parce qu’on nous avait ordonné de mourir, nous y allions d’un pas allègre.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:05


LES SILHOUETTES D'UHR - Ordres de Mission

Aux noctambules de tout poil...

......Le lendemain matin, nous étions sur le pied de guerre avant l’aube. Le Général nous a distribué des ordres clairs et précis. C’était, je crois, ce qu’il nous fallait pour nous redonner le moral et l’énergie nécessaire. Le Sergent Gilbert nous a présenté un paquet de cartes et nous a briefés sur la situation : plusieurs colonies d’autochtones au sud, une seule répertoriée au nord. Nous n’avions pas la moindre idée de quelles populations étaient touchées, encore moins si elles l’étaient, mais il fallait aller vérifier.
......Pendant que Gilbert jacassait à l’avant, le Général nous observait, bras croisés sur sa poitrine. Je crois qu’il évaluait nos réactions. On avançait dans l’inconnu. On ne savait même pas contre quoi on devait se battre, ni s’il allait falloir le faire. Ils ont donné des ordres après, pour diviser les troupes. Plus sécuritaire, qu’ils ont dit. On m’a confié une quinzaine d’hommes. Je connaissais bien certains d’entre eux. Ça m’arrangeait dans un sens, parce que je savais que je pouvais compter sur leur obéissance rapide et efficace. D’un autre côté, s’il fallait se battre et mourir, envoyer des amis au casse-pipe, c’est jamais très joyeux. Quant aux autres, je ne savais pas ce qu’ils valaient et ça me rendait un peu nerveux. Le Sergent a pointé un point sur la carte à mon intention.

Vous irez à la colonie nord. Vous passerez par Halanage.

Halanage n’était pas une ville. Ni un village. C’était encore moins une colonie. Peut-être un hameau, si l’on était à peu près honnête. Et encore. Je contemplai donc ce minuscule point sur la carte holographique en me demandant s’il ne se payait pas ouvertement ma tête. Il m’observait avec insistance. Était-ce un test ? Je connaissais le principe du bizutage, mais en toute franchise, j’avais un peu passé l’âge et le niveau d’ancienneté pour ne plus avoir à subir ces conneries.
......Autour de ce ridicule regroupement de huttes – même pas des maisons – il n’y avait rien, rien d’autre qu’une vaste étendue de forêt vierge qui s’étendait sur des hectares de terrain vers les cinq points cardinaux. Il n’y avait même pas de sentier pour se rendre à Halanage, alors je ne vous parle même pas d’un sentier. À se demander comment une bande d’hurluberlus avait pu s’implanter là, précisément là. On en avait pour deux, trois jours de marche au mieux.
......Pire, il fallait faire un détour d’une douzaine de kilomètres par le nord, au lieu de continuer son chemin au milieu de la forêt. Alors franchement, si quelqu’un, dans cette maudite base, croyait que j’allais épuiser mes hommes un peu plus pour passer par Halanage…

C’est une blague, pas vrai ? j’ai demandé en relevant la tête vers mon équipe.
Est-ce que j’ai l’air de rigoler ? a grogné mon chef.

Rencogné dans son luxueux fauteuil de cuir, à l’autre bout de la table, il me fixait avec une intensité peu coutumière. Comme s’il appréhendait ma réaction. Le Général, à ses côtés, n’avait pas bronché. Qu’est-ce que c’était que ce bordel ? On aurait dit qu’ils avaient… peur ?

Je ne comprends pas, Sergent.
Il n’y a rien à comprendre. Je vous ai donné un ordre, soldat. Vous traverserez cette foutue forêt par Halanage.

J’ai baissé à nouveau les yeux sur la carte. Un dénivelé de sept cents mètres accentuait encore la difficulté. Aucun repère géographique pour se guider et l’on quittait franchement la vallée et le sentier tout tracé que je comptais emprunté, le long de la rivière rouge. Bref, on s’enfonçait dans l’inconnu. Et un inconnu qui ne me plaisait pas du tout en plus. Ils se foutaient vraiment du monde. On mettait trop d’insistance à exiger ce changement d’itinéraire pour que je ne m’inquiète pas. Pourquoi fallait-il traverser Halanage ?
......J’ai relevé le nez, je les ai observés à nouveau, puis j’ai lancé un regard à mes hommes, un peu plus loin. Ceux que je connaissais étaient sérieux, courageux. Ils me suivraient sans trop de questions. Quant aux autres… J’ai poussé la chance un peu plus loin.

D’accord, mais je veux échanger quelques-uns de mes soldats avec une autre équipe.
Entendu. Choisissez vos hommes, a répondu le Général.

J’ai hoché la tête et j’ai évalué rapidement la situation. Nous étions dans l’armée. Un soldat ne négocie pas les ordres de son supérieur. Conclusion, ils savaient très bien que quelque chose clochait à Halanage et ils nous envoyaient en mission suicide. Tant qu’à y être, je préférais être sûr à cent pour cent de l’équipe que j’aurais sous mes ordres. Alors j’ai choisi mes hommes et j’ai accepté mon ordre de mission sans discuter davantage.

Bon courage, a fait le Général.

Dans son regard, il y avait un sérieux qui n’avait rien de militaire. C’était un homme qui parlait à un autre homme, en égal. La seule différence, c’est que moi j’allais sur le terrain pendant qu’il resterait planqué à la base. Et ça, il le savait à la perfection. Et il me savait suffisamment intelligent pour en être tout aussi conscient.

À suivre…

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:08


LES SILHOUETTES D'UHR - La Recrue

Aux Poupées, pour leur confiance. Aux ARCDC pour leur méfiance.

......Base 1 – Jour 45 – Journal de bord du Soldat Swann

......Peu m’importaient ceux qui se dressaient entre nous, j’étais plus déterminée qu’eux. Depuis deux mois déjà, on ne parlait que de ça à la base. Quoi qu’il m’en coûtât, je devais faire partie de cette expédition. Je m’étais préparée, je savais que je pouvais le faire. L’équipe devait traverser la jungle en suivant le cours de la rivière rouge et se rendre à la deuxième base du relais pour relever les troupes qui y vivaient depuis déjà deux ans. Du moins c’est ce qui se disait. On n’avait pas vraiment d’informations précises. Il se disait aussi qu’on devait emmener des scientifiques là-haut. De toute façon, je ne voyais pas très bien ce qu’on pouvait faire d’autre dans le nord.
......Mais bon, l’un et l’autre me convenaient très bien. J’envisageais sérieusement de demander mon transfert dans cette base et c’était pour ça que je m’étais entraînée aussi fort. Leur mission là-bas n’est pas dangereuse, mais elle est toujours plus palpitante que la vie que nous menions ici. J’en avais ras le bol des jeux de cartes et des parties de dominos.
......Plus de quatre-vingts soldats avaient été présélectionnés, j’en faisais partie. Nous avions passé un mois à nous entraîner. Moi plus que les autres : j’étais la seule femme du groupe et j’avais essuyé assez de railleries de la part de mes congénères, jusqu’à ce que mes résultats aux évaluations face de moi une rivale à évincer. Maintenant, ils n’avaient pas le droit de me refuser ça après tous les efforts que j’avais fournis. Alors j’ai attendu là, en rang, l’auriculaire bien aligné sur la couture de mon uniforme impeccable, le menton droit, le regard au loin, par-delà l’épaule de mon futur supérieur qui nous jaugeait pour la première fois. Il n’avait pas assisté à notre entraînement. Dommage, il était plutôt séduisant. De toute façon, il devait avoir un rapport détaillé de nos performances. Des miennes en particulier.

Messieurs, a commencé le Général.

J’ai ignoré l’omission, j’avais l’habitude.

Madame, a-t-il ajouté après un temps d’arrêt.

J’ai esquissé un semblant de sourire avant de me ressaisir vitesse grand v.

Vous avez bien travaillé. Vos résultats sont remarquables. Toutefois, comme vous le savez, seuls les cinq meilleurs partiront demain. Notre décision est définitive. À l’appel de votre nom, veuillez me rejoindre.

Et il a commencé l’appel. Un, deux, trois. J’ai commencé à paniquer. Quatre. J’ai paniqué tout à fait, mes belles certitudes anéanties. Cinq. J’ai vacillé. Je n’en croyais pas mes oreilles. J’ai tourné mon regard à droite, puis à gauche, ai examiné mes congénères, éberluée. En bout de rangée, un petit gringalet a souri de toutes ses dents. Il venait d’être choisi, lui, qui était pourtant si mauvais à l’entraînement. Il serait pourtant le dernier du groupe.

Non, ce n’est pas possible !

Je ne pouvais retenir ma colère, c’en était trop. Je n’avais pas passé tout ce temps à m’entraîner comme une tarée pour me voir refuser cette opportunité alors qu’un crétin de la pire espèce y arrivait.

Dans le rang, soldat ! a clamé mon instructeur.

Il a fait un pas en avant, furieux. Mais je ne voulais rien entendre. Je bouillais littéralement de rage. Malgré tout le courage de ces quatre dernières semaines, malgré tout le travail, j’ai tout brisé en quelques secondes. Mon comportement était celui de toute bonne femme frustrée – étais-je faible à ce point ? Nous étions tous frustrés, était-ce une raison pour tout envoyer promener ?

Ça suffit, soldat, calmez-vous, c’est un ordre ! a aboyé mon instructeur. Vous ne partirez pas.
Mais j’ai travaillé plus dur que tous les autres, vous le savez !

Il a marché sur moi et m’a entraîné à l’écart, le visage fermé et grave.

Pour tout vous avouer, vous êtes le meilleur élément de cette équipe, a-t-il soufflé avec fureur. Mais vous ne partirez pas. Ce qu’ils vont faire là-bas…

Il a hésité, s’est radouci, a serré les dents.

Je ne peux pas vous laisser partir, a-t-il murmuré enfin.

Pourquoi ? Je ne comprenais pas.

Ils vont jusqu’à Halanage. Ils ne vont pas à la base 2, ils vont chercher nos troupes. C’est dangereux.

Il a dit ça dans un souffle. Confidentiel hurlait son visage, sa posture, sa voix. Confidentiel. Je n’aurais pas davantage d’information.

Je veux y aller, ai-je insisté.

Il m’a regardé avec gravité. Il a semblé triste et j’ai presque eu des remords. Presque.

Je perds mon meilleur soldat, a-t-il murmuré.

J’ai su que j’avais gagné, mais il a ajouté, plus humain, plus faible :

Je vous interdis de mourir. Revenez-moi.

Ma victoire avait soudain un goût amer.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:09


LES SILHOUETTES D'UHR - La Jungle

À Makkura et Lord Stormhead, toujours, ce 567e RP.

......Halanage – Jour 41 – Journal de bord du Capitaine Brutus

......Mes supérieurs m’avaient informé de ce que mes troupes et moi devions chercher : des autochtones atteints par le fameux syndrome – qu’il faudrait isoler d’urgence – et toute source potentielle de la maladie. Un scientifique devait nous accompagner. Au fil du temps, et de nos contacts avec les autochtones, nous en avions appris davantage. Enfin… mes supérieurs l’avaient appris, car je venais tout juste d’en être informé.
......Toujours est-il que les autochtones avaient placé un autel à Halanage pour honorer la divinité qui, disaient-ils, l’habitait. Des légendes racontaient que cette divinité frappait les élus d’une malédiction, les renvoyant à l’âge d’or où la Déesse Mère était toute puissante. Cela correspondait. Enfin, m’est avis que tout ça était légèrement tiré par les cheveux, mais bon, à défaut d’une piste plus sérieuse… Enfin, nous avions perdu quarante hommes pour apprendre ça quand même et il fallait remettre ça maintenant pour essayer de trouver un remède. Comme si on n’avait pas pu laisser les autochtones se débrouiller avec ça au lieu de s’en mêler et se contaminer les uns les autres.
......J’ai choisi mes hommes avec soin, les meilleurs. J’ai pris quatre hommes d’un autre groupe avec nous et trois de mes anciens camarades. Le Général a accepté sans discuter. Dans un sens, à présent que je savais – plus ou moins – ce qui nous attendait, j’estimais que c’était un beau gâchis. La base 1 avait besoin d’éléments comme eux.
Mais je n’en étais plus à m’interroger sur le bien-fondé de leur présence à mes côtés. J’étais content de les avoir dans mon équipe : ils étaient autonomes, sûrs, bien entraînés et impatients d’en découdre. D’autant que nous arrivions à Halanage. Il nous restait quelques minutes de marche tout au plus. La jungle semblait déjà s’éclaircir. Bientôt, nous avons débouché sur le bord d’une petite cuvette au fond de laquelle poussaient une dizaine de huttes. Nous nous sommes arrêtés pour observer le hameau en contrebas. Tout semblait désert.


Exploration, ai-je ordonné. Rapport dans cinq minutes. Soyez prudents.

Aurait-il fallu préciser : « Ne touchez à rien » ? Sans doute, mais je ne l’ai su qu’au dernier moment. Ce n'était pas des gamins dans un magasin de porcelaine non plus... C’est le Moineau qui a trouvé l’autel. Ou plutôt, l’endroit où il aurait dû être : une hutte déserte au milieu de laquelle trônait une sellette. Dans une sorte de cage brillait un objet.

Une clé à molette ? C’est ça leur divinité ? a lancé le Moineau en découvrant l’autel.

J’étais aussi estomaqué que lui. Je n’ai même pas pris la mesure du danger tandis qu’il s’approchait du piédestal. Il a empoigné l’objet. Alors, il y a eu comme un flash, au moment où je criais :

Ne zuttez à rien !

Il m’a adressé un regard étrange, étonné, que je n’ai pas compris.

Vous allez bien, éléphant ? m’a-t-il demandé.

De quoi parlait-il ? Depuis quand m’attribuait-il ce surnom débile ? Je n’étais certes pas maigre, mais tout de même.

Vous vous payez mon chêne, soldat ?
Mais, éléphant, c’est vous qui tablez bizarrement.
Vous voulez écrire sans doute ?
Non, c’est la faute de la clé à crayon.

Où voyait-il une clé à crayon ? Je ne voyais que la statuette de la Mère qu’il tenait à la main. Elle était très laide cette statuette d’ailleurs.

Bon, vous avez le chat noir ! ai-je lancé. Il faut relire et on réglera vos pluriels d’élocution plus tard.
Je n’ai pas le plaisir, a-t-il riposté, je n’ai qu’une brosse à chiendent !

Et il brandissait la statuette comme un diable, visiblement furieux. Décidément, il était vraiment devenu fou. Et puis tout cela devenait stupide. Je l’ai pris par le poignet et l’ai entraîné dehors où nous attendaient les autres membres de l’équipe.

Nous avons brossé la tomate confite, m’a annoncé l’un d’entre eux en me tendant un chat noir.
Non, nous pleurons le bon chêne, a répliqué un autre.
Mais c’est rond, puisque nous l’avons plongé là-contre, a ajouté un troisième éberlué en nous présentant un… éléphant.
Tu me transfères de menteur ?

Le ton montait entre mes hommes sans que je n’y puisse rien, je ne comprenais pas ce qui se passait, même si je sentais bien que tout cela était une histoire de clé à molette… ou de chat noir… ou de sablier… ou de Mère. Alors je me mis à siffler :

Bon, si Suffa m’était conté. Si c’est un manche à balai, alors je suis une théière ! Maman vient nous chercher.

Et ils se sont calmés. Nous avons attendu Maman.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:10


LES SILHOUETTES D'UHR - Les Braconniers

À l’Univers Wasat, ce 589e RP, parce que vous transcendez le RP et son art.

......Camp d’Anchorville – Jour 42 – Journal du Breton

......Aujourd’hui a été une journée étrange. Je ne sais comment le dire autrement. On n’avait aucun droit d’être là. Seulement on y était. Pas pour le décor, ça non. Saleté de forêt, j’ai jamais autant détesté le vert. Non, pour l’argent, bien sûr. What else comme dirait l’autre. Chacune de nos virées pouvait rapporter gros, pourvu qu’on trouve ce qu’on voulait. D’habitude on capture les singes ou les reptiles et on abat les panthères pour la fourrure, les griffes et les têtes. Depuis le début de l’expédition, la chasse avait été profitable. Ça je peux pas dire, on avait de quoi payer le billet de retour vers l’Europe les doigts dans le nez. On aurait peut-être dû s’en tenir là et rentrer. Seulement, on a décidé – enfin pour être tout à fait honnête, J’AI décidé – d’en refaire une pour la route.
......Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. On avait ciblé une famille de singes hurleurs pour remplacer les deux femelles qui étaient mortes au début de notre expédition. Elles s’étaient laissées mourir de faim. Ça arrive souvent, mais cette fois-ci, on n’a pas voulu laisser les cages vides. On a décidé de faire une dernière patrouille. Mes éclaireurs avaient rabattu les singes dans une vallée, près d’un village indigène abandonné depuis quelques mois. Le terrain était bien dégagé et les bêtes qui allaient sortir de la jungle ne pourraient pas se réfugier dans les arbres.
.........
......Non, même en l’écrivant maintenant, je ne suis même pas sûr de ce que j’ai vu aujourd’hui. Ça devait pourtant être une chasse comme les autres. Alors qu’est-ce qui a bien pu se produire ? On a rejoint les éclaireurs, on a repoussé les singes jusqu’au village. Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est que le village était à nouveau occupé, mais pas vraiment par des indigènes. Plutôt le genre armé jusqu’aux dents qui vous accueille le fusil à la main. On ne sait pas par où ils sont arrivés. Je pense qu’ils ont dû traverser la jungle à pied, ce qui me semble, toujours maintenant, ridicule, sachant qu’ils pouvaient venir par hélicoptère.
......On s’est retrouvés carrément nez à nez. Ils arpentaient le village et on y arrivait derrière les singes. D’abord, on a tous cru qu’ils venaient pour nous. J’ai vu le premier soldat surgir devant moi, son arme braquée droit sur ma tête. J’ai pilé pour ne pas lui rentrer dedans et je me suis mis à suffoquer. Je n’avais jamais eu vraiment peur dans ma vie, mais là, avec ce machin à dix centimètres de mon nez, c’était autre chose. J’étais paralysé. Incapable de bouger. Je me suis rendu compte que j’avais arrêté de respirer quand mes poumons se sont mis à me brûler. Un frisson glacial m’a parcouru l’échine et je crois bien que j’ai été incapable de penser à autre chose que le canon d’acier qui me lorgnait. Je n’ai même pas vu le gars en face de moi, à vrai dire, je n’aurais même pas su dire s’il était brun ou blond, noir ou blanc. Ça aurait été une femme nue, encore. Mais je ne m’attendais tellement pas à rencontrer quelqu’un dans cette partie de la forêt, et encore moins un militaire armé, que je n’ai pas pu réagir. Jusqu’à ce qu’il se mette à parler :

Tu es Maman ? Tu viens nous chercher, Maman ?

Au prix d’un violent effort, j’ai fini par comprendre les mots qu’il utilisait pourtant dans ma langue. J’ai cru qu’il se payait ma tête. Puis je l’ai regardé. Vraiment regardé. Par-dessus le flingue. Pourquoi il ne le baissait pas d’ailleurs ? Ce n’était qu’un gamin. Il devait avoir à peine la vingtaine, et encore. Il n’avait même pas de poil au menton ce gosse. Qu’est-ce qu’il foutait là ? Il a répété sa phrase et je l’ai dévisagé. Il avait un regard un peu paumé, comme un enfant qui vient de faire un cauchemar et vient de se réveiller, pas tout à fait là et plus tout à fait dans son rêve. Il ne faisait pas semblant, il semblait vraiment, mais vraiment perdu. Et puis j’ai entendu un de mes gars un peu plus loin sur ma droite :

Heu… chef ?

Au son de sa voix, j’ai compris que son incrédulité était identique à la mienne. Sans quitter des yeux le soldat qui me pointait son arme sous le nez, je lui ai demandé :

Qu’est-ce qui se passe ?
Je crois que ces soldats ont… un problème.

C’était le moins qu’on puisse dire. J’ai fait un geste d’apaisement à l’adresse du jeune garçon qui me menaçait. Il a baissé son fusil de quelques centimètres et a recommencé :

Vous êtes Maman ?

Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Je lui ai répondu que oui, pour l’apaiser. Je crois que sous la menace d’un flingue, on répond tous plus ou moins ce que l’autre a envie d’entendre. Puis, quelque part sur la droite, une détonation a retenti. Nous avons sursauté tous les deux. L’un de mes gars gisait à quelques mètres de nous, une balle logée en plein front. Je me suis dit qu’il n’avait pas répondu correctement à la question.
......Mon soldat a observé la scène d’un air hébété, comme s’il n’avait jamais vu du sang, comme s’il n’avait jamais été à la guerre… c’était peut-être le cas en fait. Je n’ai pas réfléchi à ce moment-là, j’ai détalé en direction de la forêt pour retourner à couvert. J’ai entendu d’autres coups de feu dans mon dos, des cris. Mais personne ne m’a poursuivi. J’ai arrêté de courir quand je suis arrivé au camp d’Anchorville. Personne ne m’a poursuivi. Mais personne ne m’a suivi non plus. Et je ne sais toujours pas ce qu’il y a eu là-bas. Je me suis enfermé dans ma hutte. J’ai peur. Je ne dors presque pas tellement j’ai peur. J’espère que Maman viendra bientôt me sauver.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:11


LES SILHOUETTES D'UHR - Les Jours qui Passent

À Isa : touchante sollicitude de ta part, toi l’inconnue qui passe comme le temps de ce 567e rp…

......Base 1 – Jour 46 – Journal de bord du Général Altalanos

......Ils ne sont pas revenus. Aucun d’eux n’est revenu. On a compris lorsqu’ils ont cessé de donner des nouvelles. Les trois autres cohortes sont rentrées, bredouilles, évidemment, mais celle qui était partie vers le nord, sous les ordres du Capitaine Brutus, n’est jamais retournée à la base. Les autres ont espéré jusqu’à la fin. Moi je savais ce qu’il en était. Ils étaient perdus. Comme les deux autres équipes avant eux, celles qui nous avaient donné des informations. Là, ils n’avaient pas pu nous fournir la moindre indication sur la situation. Pourtant, je les avais choisis, triés sur le volet. Mais rien ne semblait fonctionner comme prévu.

......Heureusement, nous avions équipé nos hommes d’un dispositif GPS. Nous savions exactement où ils se trouvaient. En cas de besoin, on pouvait les abattre. Ou les rapatrier. Je ne pouvais plus repousser plus longtemps mon intervention sur le terrain. J’ai donc demandé au Sergent de me sélectionner les membres d’une équipe avec lesquels je partirais en expédition. Au final, je suis parti avec cinq hommes. Ou plutôt, quatre hommes et une femme. Eva Swann avait insisté pour venir avec nous.

......Aux dires de son instructeur, c’était la plus brillante de sa cohorte. Elle avait réussi tous les tests avec un score supérieur aux autres. Ça ne m’étonnait pas outre mesure. En raison même de sa nature, elle était plus endurcie que la majorité de ses congénères. Elle était pleine d’entrain et sa présence dynamisait les troupes. Je savais qu’elle était entière, un tant soit peu rebelle, mais elle serait la première à agir si elle était convaincue de la pertinence de mes ordres. Un atout pour moi, une grave perte pour la base si nous n’en revenions pas.

......Pourtant, je pensais maîtriser la situation mieux que personne. Être le fils de mon père avait certes des inconvénients – comment persuader les autres que l’on doit son grade à son travail acharné, et non à son père, lui-même Général des Armées ? – mais ça avait de sérieux avantages. Pouvoir choisir ses missions soi-même et obtenir instantanément des renseignements classés confidentiels avait du bon. Ainsi, je pouvais décider en toute connaissance de cause.

......La situation était tellement incompréhensible qu’elle aurait pu être comique, si on n’y avait pas perdu tant d’hommes. Le chiffre s’élevait maintenant à quarante-deux avec l’équipe de Brutus. À proprement parler, ils n’étaient pas morts, ce qui était toujours mieux que rien. Mais leur soudaine et inexplicable folie contagieuse mettait le reste des troupes en déroute. J’avais bien vu le résultat à mon arrivée : des soldats nerveux, explosifs et paranoïaques, qui n’avaient plus confiance dans les ordres qu’on leur donnait. Et pour cause ! On leur demande peut-être d’obéir, mais obéir aveuglément, c’est une autre paire de manches. On n’avait pas vraiment recruté les plus crétins du lot en plus.

......Toujours est-il que j’ai embarqué Swann avec moi, ainsi qu’Ewho et Crysis, que je connaissais de l’école militaire. Ça tisse des liens comme on dit. Nous avons organisé notre opération ensemble. Je ne leur ai rien caché. Ils ne m’ont rien caché de leurs craintes non plus. Swann était plus déterminée que les deux autres, à la fois plus réservée et plus offensive. J’aimais ça. Finalement, nous sommes partis. Nous avons dressé un camp à distance respectueuse d’Halanage – je ne voulais pas tomber par hasard sur un soldat errant et contaminé – et en hauteur. Swann avait eu l’idée d’installer nos hamacs dans les arbres afin de ne courir aucun risque. Nous avions en plus une vision panoramique sur la vallée et, donc, sur le village.

......Pendant deux jours, nous nous sommes contentés d’observer. Tous les soldats étaient là, en apparence, bien portants. Ils déambulaient seulement à travers le village sans rien faire d’autre. Ce qui nous a le plus intrigués, ça a été les cadavres qui pourrissaient au soleil, à l’orée de la forêt. On a fini par comprendre que c’était des contrebandiers, mais on n’a pas su pourquoi ils étaient là exactement. Les bêtes ont fini par venir les chercher sans que les soldats ne réagissent. Ils n’avaient même pas songé à les enterrer.

......À l’aube du troisième jour, nous avons contacté la base pour les informer de la situation. Les soldats contaminés de Brutus n’étaient pas menaçants en soi. Perdus au milieu de la forêt, ils ne pouvaient contaminer personne en dehors d’éventuels contrebandiers. La décision de les capturer et de les rapatrier à la base a été prise. La base nous a dépêché les hélicoptères nécessaires pour gazer la région. On n’a plus eu qu’à récupérer nos hommes avec les précautions nécessaires et à les emmener loin d’Halanage. Nous sommes rentrés, plus sombres que jamais, moins avancés que jamais. Et la quarantaine a commencé.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:12


LES SILHOUETTES D'UHR - La Quarantaine

À Mei, ce 602e RP. Bravo pour ta motivation et ton entrain !

......Base 1 – Jour 71 – Journal de bord du Soldat Eva Swann

......Nous sommes rentrés à la base depuis plus de vingt jours. La quarantaine n’en finit plus. Nous jouons aux cartes, nous lisons, nous naviguons sur internet avec le peu de réseau que nous avons par ici, nous écoutons de la musique. L’orgueil nous aide à tenir le coup, mais l’ennui est bien plus important que je ne l’avais prévu.

......Alors je me suis laissé aller au sommeil. C’est là que c’est arrivé. Je me souviens de tout, chaque détail du rêve, comme si j’avais réellement vécu la scène.

......Ça se passait dans une forêt, au bord d’une plage. Les arbres n’étaient pas des essences que je connaissais : de gros troncs, des mousses lianes, de larges frondaisons clairsemées. Dans une clairière qui m’a semblé assez éloignée de la plage – bien que j’ai parcouru la distance avec la rapidité que l’on peut avoir dans un rêve – des hommes exploraient une pyramide de pierres noires. Des archéologues. Ils ont pénétré le bâtiment. Moi je les regardais depuis la forêt. J’étais dans les arbres je crois. Je les surplombais.

......Je les ai vus entrer dans le bâtiment et j’en ai éprouvé un sentiment étrange : colère, outrage, trahison. J’ignorai la raison de cette réaction, mais je me sentais profondément vexée à l’idée qu’ils aient pu mettre le pied dans ce lieu dont je devinais, percevais la nature sacrée plus que je ne la connaissais. Eux, impurs, violaient les murs silencieux de leurs pas, de leurs présences et mon malaise grandissait à mesure qu’ils progressaient. Ils sont passés devant les premières salles sans s’arrêter. Je ne les voyais pas, mais je le sentais en moi, comme si j’avais été la pyramide elle-même, comme si chaque pièce était un organe de mon corps que l’on aurait pu visiter.

......Je les ai laissés avancer sans protester, prisonnière de mon immobilisme. Celui qui allait devant avait sans doute une sorte de carte, car il avançait d’un pas allègre et sûr. Il ne s’est même pas arrêté dans la salle du trône. Je n’ai pas vu l’intérieur de cette pièce, mais je savais que c’était celle-là. La Reine y avait siégé. Ma Reine. Mon angoisse a grimpé d’un cran lorsqu’il a quitté les corridors principaux pour s’enfoncer dans les sous-sols. Il a descendu trois étages puis a enfin marqué une pause devant les salles des archives. J’ai soupiré d’aise, frémi de soulagement. C’était sans doute son objectif. Nos recherches étaient réputées. N’importe quel historien aurait apprécié leur contenu.

......Mais j’ai senti son pas s’enfoncer encore, longer le corridor des Ancêtres, dont les murs étaient peints de nos fresques les plus colorées. Elles racontaient l’histoire de notre peuple. Les silhouettes qui les parcouraient représentaient chacune un des sept âges de la vie de l’Homme sur la Terre. Il ne s’est pas arrêté devant elles. J’ai eu peur. Je me suis recroquevillée dans l’attente, écoutant ses bottes résonner sur la dalle froide, sentant son souffle qui se condensait dans la fraîcheur des sous terrains, percevant sa présence, son intrusion dans chaque parcelle de mon âme.

......Il s’est avancé et j’ai tremblé. J’ai senti sa main s’appuyer sur la porte. J’ai cherché à lui résister, à mettre toute ma volonté contre le bloc de granit qui condamnait la sépulture, mais rien n’y a fait, il était plus fort que moi. La roche a glissé sur elle-même. La tombe s’est ouverte. Il a pénétré jusqu’à mon cœur. Il a vu les sept sarcophages et j’ai senti sa lame écarter le couvercle de l’une des sept silhouettes. Non, il ne pouvait pas faire ça, il n’en avait pas le droit. Je me suis mise à hurler de toutes mes forces, à me débattre. Mais je me battais en silence, impuissante, murée dans la pierre, prisonnière de la mort et du silence.

......Et je me suis réveillée à ce moment-là, en hurlant comme une damnée. Le général Altalanos m’a forcée à me calmer, mais je me suis mise à pleurer comme une gamine. Je ne comprends pas ce rêve. Il me terrifie. Je le lui ai raconté, bien sûr. Il ne s’est pas moqué lui. Les médecins ont cru que j’étais contaminée, que c’était une nouvelle souche de la maladie, bien sûr. Ils m’ont fait de nouvelles prises de sang. Ils m’ont filé des médocs. Je n’ai rien compris à ce qu’ils ont dit. Je m’en foutais. Je pleurais. Je me balançais d’avant en arrière. Je voulais tuer l’étranger, l’archéologue, celui qui m’avait souillée.

......Puis les bribes du rêve se sont évanouies comme elles sont venues, d’un seul coup. Je n’ai pas oublié. Mais son influence sur moi s’est amenuisée jusqu’à disparaître totalement. Alors le Général m’a posé des questions. Il ne m’a pas jugée. Il m’a seulement laissé parler. Quelque chose dans ce rêve semblait le perturber. Sa véracité peut-être. Il m’a demandé de nombreuses précisions sur la pyramide. Je crois qu’il la cherche sur le net. Je n’en suis pas sûre, je n’ose l’interroger. Si je découvrais que cette pyramide est réelle, je crois que je deviendrai folle.

......Base 1 – Jour 73 – Journal de bord du Soldat Eva Swann

......La pyramide est réelle. C’est la pyramide d’Uhr, découverte il y a treize ans par l’archéologue James Abbott. Le Général a demandé que des recherches complémentaires soient effectuées. Les médecins ont donné leur aval et nous ont fourni le matériel nécessaire. Depuis nous cherchons des informations sur le chercheur Abbott. Je le surnomme le pilleur de tombes. Je suis sûre qu’il a éventré ces sarcophages.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:12


LES SILHOUETTES D'UHR - La Prophétie

À la conv’ skype de Sionabel, ce 603e rp.

......Base 1 – Jour 75 – Journal de bord du Général Altalanos

......L’épidémie que nous traversons est de plus en plus étrange. Le soldat Swann a fait un rêve défiant l’ordinaire, mais je ne peux croire au hasard, plus après ce que j’ai vu ici. Nous sommes toujours en quarantaine, mais j’essaye de poursuivre nos recherches du mieux que je peux en aidant les scientifiques. J’ai commencé à faire des fouilles du côté de ce rêve qui se révèle plus vrai que nature. Les pyramides existent bel et bien, à quelques kilomètres seulement d’ici. Depuis deux jours, je cherche les traces de l’archéologue dont Swann a rêvé, M. Abbott.
......Il semble qu’il ait été un éminent chercheur des civilisations sud-américaines jusqu’à la découverte de la pyramide d’Uhr. Depuis, il a littéralement disparu de la civilisation. J’ai fait jouer mes relations afin d’en savoir plus. J’attends les résultats de mes investigations.

......Base 1 – Jour 76 – Journal de bord du Général Altalanos

......Il est devenu évident pour tout le monde que nous n’étions pas contaminés. La quarantaine a donc pris fin. Je suis désormais plus libre de mener mes recherches comme je l’entends sans l’intermédiaire constante et plus ou moins efficace de mes subalternes. Nous avons trouvé la trace du professeur Abbott dans une université obscure du Manitoba. Un avion m’y emmènera demain.

......Sainte Boniface – Jour 79 – Journal de bord du Général Altalanos

......Je suis bien arrivée au Manitoba où je suis parvenu à retrouver la piste du professeur Abbott. Celui-ci n’enseigne plus depuis treize ans. Il a disparu du jour au lendemain, a cessé de se présenter en cours sans donner d’explication. Selon la directrice du département d’archéologie de l’université dans laquelle il enseignait, il serait décédé. Comme je n’y ai pas cru, j’ai consulté les archives et à force de recoupement, j’ai découvert qu’il habitait désormais en bordure de la ville sous un nom d’emprunt : Adam Lloyd.
......Je me suis donc rendu à son domicile, mais personne n’y habitait plus. Depuis plus de cinq mois, aux dires de ses voisins, puisque M. Lloyd avait été retrouvé pendu au balcon. Lorsque les premiers malades ont été découverts en somme. J’ai obtenu la permission des autorités locales de fouiller la demeure. Ils n’avaient rien trouvé, mais m’ont laissé faire avec une lassitude sans bornes. Pour changer, l’animosité entre la police et l’armée n’est pas vraiment dissimulée. Sans doute n’ont-ils rien trouvé parce qu’ils n’ont pas cherché, ou pas su quoi chercher. Ils ont dû croire à un autre suicide banal et sans importance, ont classé le dossier sans suite.
......Les notes du professeur étaient pourtant claires. Du moins elles le sont à mes yeux, mais parce que j’ai entendu Swann raconter son rêve. Autrement, je pense qu’elles m’auraient paru confuses et écrites par un fou. Il y en avait partout. Depuis la porte du réfrigérateur sur laquelle des hiéroglyphes compliqués s’étalaient à l’encre effaçable rouge et bleue, jusqu’aux post-it qui dissimulaient l’écran de l’ordinateur, l’écran de la télé, les abat-jour, les étagères de la bibliothèque et jusqu’aux accoudoirs du canapé. Des piles de livres, de vieux journaux jonchaient le sol, bourrés de marque-pages, des volumes dont des pages entières étaient encerclées d’un coup de crayon rageur qui transperçait presque le papier.
......Pas d’ordinateur, pas de téléphone. Rien qui ne puisse le relier au monde autrement que par le papier et le crayon. Rien qui ne puisse trahir sa présence. Pas de carte de crédit non plus. Je ne l’ai repéré que par l’avis de décès dans le journal. Je n’ai pas été déçu du voyage. Ses notes trahissaient une vie de recherche frénétique. Plus précisément treize longues années de recherches frénétiques, maladives. Il y parlait d’une malédiction et des silhouettes d’Uhr. J’ai lu et j’ai consigné tout ce que j’ai pu, mais je ne sais qu’en penser.

......Sainte Boniface - Journal de James Abbott


......Nous avons fait une découverte majeure : sept sarcophages parfaitement conservés, à l’endroit précis où le texte de la prophétie mentionnait la présence du cœur de la Mère. Nous avons exhumé les cercueils et les avons étudiés de près. J’en ai ouvert un. Il y a à l’intérieur une momie en parfait état. On dirait qu’il s’agit d’une femme enceinte. Le labo nous en dira plus dans le courant de la semaine.
[…]
......Les analyses ont révélé que la momie avait plus de quatre millénaires, ce qui semble complètement improbable, puisque la civilisation n’existait pas encore dans cette région à cette époque-là. De plus, la pyramide est plus récente que cela. Sans doute les cercueils ont-ils été déplacés, mais dans quel but ?
[…]
......Nous avons fait un scanner de la momie. Nous avons réalisé qu’il y avait quelque chose à l’intérieur. Nous l’avons ouvert. Il y avait une femme sous les bandes et sous une coque en résine. Une femme enceinte. Vivante.
[…]
......Eva – c’est ainsi que nous l’avons nommée – apprend notre langue. Elle est presque à terme. Elle est d’une curiosité insatiable. Je ne comprends toujours pas d’où elle vient et elle semble dans l’incapacité de nous le dévoiler. Elle dit qu’elle enfantera l’âge d’or du monde. Nous cherchons toujours une explication.
[…]
......Nous avons refermé le cercueil. Ils vont les jeter, tous les sept, à la mer. Il faut les détruire.
[…]
......Voilà trois mois qu’ils nous ont débarrassés des sarcophages, mais je me sens encore épié. Je dors mal. J’ai peur à chaque seconde que l’une de ces femmes maudites revienne à la vie et me hante à nouveau. Ce sont des démons.
[…]
......Quelqu’un a essayé de me tuer aujourd’hui. Je ne suis plus en sécurité, je dois fuir. Que les Dieux aient pitié de nous. Je n’aurais jamais dû pénétrer dans cet enfer.
[…]
......La prophétie disait vrai. Il était dit que le Cœur de la Mère viendrait au monde, nourri des sept ventres des sept silhouettes d’Uhr, qu’il incarnerait tour à tour les sept âges des Hommes et que nul ne pourrait se mettre sur son passage sans être fou. Il cherche quelqu’un pour s’incarner.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:13


LES SILHOUETTES D'UHR - L’Abysse de la Folie

À mon frère qui supporte mes délires lorsque je fais naître une saga, ce 604e rp.

......Mexique – Jour 84 – Journal de bord du Général Altalanos

......J'ai réussi à obtenir de nouvelles informations. Cette fois, je l’admets, il m’a fallu faire demande à mon père. Le dossier était classé confidentiel pour une raison qui m'échappe encore. Il a fallu que j'insiste très lourdement et que je menace. Un comble.

......Il y a treize ans, l’Université de Winnipeg a financé les recherches du professeur Abbott afin qu’il découvre la pyramide d’Uhr annoncée par des parchemins vieux de plusieurs millénaires. La relique du Cœur de la Mère devait se trouver au centre de la pyramide. La relique n’existait pas, mais sept sarcophages s’y trouvaient. Dans le texte de la prophétie, que j’ai pu consulter, il est question des Silhouettes des Génitrices, sortes de déesses qui ont enfanté le monde au commencement.

......Lorsque les chercheurs les ont ouverts pour examiner leur contenu, ils ont découvert une femme vivante et une étrange épidémie s’est répandue : « la fièvre d’Uhr ». Les documents relatifs à cette épidémie ont été détruits, mais je suis prêt à parier qu’il y a quelque chose de commun entre les symptômes que nous rencontrons aujourd’hui et le mal qui s’est déclaré il y a treize ans. Il n’y avait qu’une façon de le savoir : renflouer les cercueils et les détruire pour de bon. Ils ont été coulés dans une fosse sous marine à quelques kilomètres au large du Mexique, je m’y suis donc rendu et nous cherchons depuis plusieurs jours la trace de ces cercueils.

......Base 1 – Jour 86 – Journal de bord du soldat Eva Swann

......J'ai encore rêvé et je crois que ce rêve est aussi vrai que le précédent. C’était encore à propos des sarcophages des pyramides d’Uhr. J’étais plongée dans l’eau et dans le noir complet, mais je n’avais pas peur, au contraire, j’étais parfaitement bien. Je ne craignais pas de me noyer. Et puis le sol a commencé à bouger. Il y a eu un choc sur ma droite. J’ai eu peur. De la lumière a commencé à filtrer dans ma bulle, elle venait du haut. C’est devenu bleu foncé, puis bleu de plus en plus clair. J’allais vers le ciel et j’ai compris que quelque chose ou quelqu’un me tirait hors de l’eau, me remontait vers la surface.

......J'étais à la fois terrorisée et ravie, un drôle de mélange. Quelque chose m’apaisait, le sentiment qu’un moment longtemps attendu allait enfin se produire, que j’allais être libre à nouveau. Mais je craignais plus que tout qu’on me blesse, qu’on me fasse du mal. J’ai donc attendu avec angoisse que le sommet de ma bulle émerge hors de l’eau. Il y avait un énorme bateau qui attendait. Les poulies qui me remontaient grinçaient furieusement. Des hommes vêtus de cirés jaunes criaient des ordres dans une langue que je ne comprenais pas. Leur teint buriné m’était pourtant familier. J’ai attendu qu’ils me hissent à bord. Mes sœurs étaient déjà là, allongées sur le pont.

......Puis quelqu’un a effleuré ma bulle. C’était comme une caresse, mais la main qui la prodiguait était dure. J’ai senti le poids du commandement, la crainte qui guidait ce geste. Puis j’ai vu son visage. Et j’ai reconnu le Général Altalanos. Je me suis réveillée en sursaut, encore une fois. Je pense qu’il a trouvé les sarcophages. Mais que faisaient-ils dans la mer ?

......Base 1 – Jour 87 – Journal de bord du soldat Eva Swann

......La base est en état d’alerte générale. Les soldats en quarantaine sont devenus plus fous qu’ils ne l’étaient déjà. Nous les avons entendus se mettre à crier. C’est ce qui nous a alertés. Ils hurlaient littéralement comme des damnés, invectivant qui voulait les entendre, vociférant des menaces à l’adresse de ceux qui les maintenaient prisonniers. Ils se sont attaqués aux verrières et l’équipe médicale a commencé à paniquer. La cellule de quarantaine n’était pas faite pour résister à une attaque de masse. En fait, elle servait simplement à isoler les malades, pas à les retenir. Il a donc fallu condamner le bâtiment au complet avant qu’ils ne s’échappent. Ils se sont armés de tout ce qu’ils pouvaient trouver pour nous repousser.

......Nous ne savons pas ce qui leur prend. Ils sont tous devenus fous en même temps. Ils ont commencé à parler une drôle de langue. Nous allons essayer de négocier avec eux, mais pour le moment, cela semble compromis. Ils ont fracassé toutes les vitres. Nous allons devoir les abattre s’ils ne s’arrêtent pas et décident de quitter le bâtiment. Pour l’instant, ils se contentent de hurler en tournant en rond comme des lions en cage. Certains membres du corps médical sont restés à l’intérieur. Nous n’avons plus de nouvelles depuis plusieurs heures. Pourvu qu’ils aient eu le temps de se mettre à l’abri…

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:14


LES SILHOUETTES D'UHR - Délivrance par le Feu

À cette époque bénie d’OGame qui me manque tant, ce 605e rp.

......Rapport confidentiel des Armées, Mexique – Jour 87 – Général Altalanos

......Penché au-dessus du cercueil de pierre, le Général observait les hiéroglyphes tracés sur les flancs de l’objet. Il ne comprenait rien à la langue des Anciens qui avaient pu graver ce tombeau, mais il ne fallait pas être sorcier pour comprendre leur signification : n’ouvrez pas. Lui-même en avait conscience. Mieux que quiconque, il connaissait le secret de ces sarcophages, mais quelque chose le poussait à en ouvrir le couvercle, à délivrer les femmes qui s’y trouvaient, bouleversant ainsi l’ordre du monde. Pourtant, sa raison retint sa main suffisamment longtemps pour que le bateau accoste et qu’il ne soit plus seul aux côtés des Silhouettes d’Uhr.
......Les hommes emportèrent les six coffres de pierre. Ils avaient été incapables de mettre la main sur le septième, ce qui inquiétait Altalanos plus que la perspective de l’épidémie qui guettait le reste du monde. Un sarcophage manquant, cela pouvait signifier plusieurs choses. Des pirates pouvaient l’avoir découvert et emporté. Il pouvait avoir dérivé sur les fonds marins et avoir glissé dans une fosse – la perspective la plus réjouissante – ou il pouvait au contraire s’être approché des côtes. Pire, il pouvait avoir été ouvert par une lame de fond.
......Des camions blindés vinrent accueillir les cercueils à la descente du bateau et les emportèrent jusqu’à l’extrémité est de la ville. Une fonderie s’y trouvait, que le Général avait déjà repérée. Il devait détruire les Silhouettes le plus rapidement possible et de manière absolue. S’il ne pouvait détacher son regard bien longtemps des blindés qui le précédaient – et du précieux chargement qu’ils contenaient – il savait également très bien la menace que représentaient ces artefacts.
......La fonderie était déserte à leur arrivée. Il avait fait demander expressément que les ouvriers soient mis en congé et laissent l’usine vide, au cas où. Les fonds de l’armée, ou son nom, avaient servi à persuader le patron qui n’avait pas posé trop de questions. Les fourneaux tournaient encore à plein régime, tel que demandé, mais nul ne se trouvait dans un périmètre de cinq kilomètres. L’armée et les autorités municipales y avaient veillé. Les sarcophages furent donc à nouveau débarqués et déposés sur les rails des forges.
......Puis les quelques hommes de main qui pouvaient partir le firent et le Général, ainsi que quelques soldats, demeurèrent seuls auprès des foyers ronflants. Frissonnant, Altalanos effleura la surface de pierre du premier cercueil. Elle lui sembla chaude, douce comme la peau d’une femme. Il crut sentir quelque chose pulser dans le creux de sa paume. Cela irradiait. Il eut d’abord envie de demeurer là, de les protéger contre le monde entier. Enfin il ferma les yeux et se fit violence pour se souvenir des hommes qu’il avait laissés à la base 1. Alors, d’un poing rageur, il enfonça le bouton pressoir qui enclenchait le mouvement des rails. Le premier sarcophage se mit en branle vers la fosse où grondaient les flammes de l’enfer. Il glissa, lentement, progressa jusqu’au bord du gouffre, demeura suspendu quelques secondes au-dessus de l’abîme, et chuta enfin.
......Durant un instant interminable, seul le bruit du brasier se fit entendre. Puis quelque chose explosa au fond du puits et une boule de feu gigantesque remonta à la surface, soufflant un air chaud et putride en direction des hommes qui contemplaient le spectacle. Un son effroyable se fit entendre, à mi-chemin entre le grincement de dents et le hurlement de douleur. Le Général se boucha les oreilles, imité par ses hommes. Les mâchoires serrées, il contemplait d’un regard vide les bords rougeoyant du gouffre. Quelques minutes s’écoulèrent, puis il enfonça à nouveau sur le bouton pressoir.
......Cette fois, il y mit moins de rage. Le désespoir l’avait emporté sur la colère, la peur sur l’envie de triompher. Une part de lui avait toujours considéré la prophétie comme une légende. Une part de lui refusait encore la part de magie de cette étrange histoire. À présent, il ne pouvait plus nier l’évidence, elle était là, crue, absolue, sous ses yeux. Et quelque chose était à l’œuvre dans ces cercueils de pierre. Les Silhouettes d’Uhr, toutes pleines de mystère qu’elles étaient, étaient maudites. Maudites, à défaut d’un mot plus approprié pour les décrire. Le deuxième sarcophage bascula.


* * *


......Rapport confidentiel des Armées, Base 1 – Jour 87 – Soldat Swann

......La porte vola en éclat. Le char fit feu en direction des hommes qui s’échappaient. Mais ils étaient trop nombreux. Certains s’échappèrent par les fenêtres. Ils s’étaient armés de tout ce qu’ils trouvaient. Ils firent rapidement une trouée dans les rangs ennemis et se répandirent parmi eux, les frôlant, les déstabilisant, semant la panique, semant le virus. Les soldats atteints commençaient par montrer des signes de déroute, puis erraient, l’arme au poing, hagards. Enfin, ils appelaient leur mère et convergeaient enfin vers un seul et même lieu : l’entrée de la base.
......Les soldats survivants, indemnes, firent courageusement front pour bloquer les issues. Ils n’avaient aucun espoir de réussite, mais ils devaient tout tenter pour retenir l’armée folle qui menaçait de contaminer tout homme qui se serait trouvé sur leur passage. Pourtant, quelque chose changea soudain. Dans les rangs des malades, des hommes tombèrent. Ils s’écroulaient et ne se relevaient plus. L’un d’entre eux tomba près des lignes armées. Un soldat le repoussa de sa botte. Le corps inerte se retourna, face vers le ciel. Les yeux vides fixaient sans la voir la voûte nuageuse.

Il est mort, constata quelqu’un, gagné par l’ahurissement.

D’autres soldats tombèrent, sans avoir été touchés par aucune balle. Les autres ne ralentirent pourtant pas. D’autres s’écroulèrent et d’autres encore. Bientôt, il ne resta plus qu’une dizaine d’hommes debout. Ils resserrèrent leurs rangs et foncèrent. Face à eux, les soldats levèrent leurs armes et les deux armées se rencontrèrent.

À suivre...

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Dernière édition par Nymphe Ydeil le Mer 30 Avr 2014 - 3:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 3:29


LES SILHOUETTES D'UHR - La Femme sans Mère

À Blancos, parce que j’ai laissé tant de choses de côté ces temps-ci, ce 606e rp.

......Rapport confidentiel des Armées, Base 1 – Jour 87 – Soldat Swann

......Les armes se levèrent, les canons se pointèrent. Puis tout se figea. Les malades s’étaient arrêtés net. Ils tendirent les mains vers l’un des soldats. Les mèches longues et noires volaient en désordre hors du casque. Ce fut le Commandant Brutus, égaré, qui s’adressa au Soldat Swann.

Amenez-nous à Mère, demanda-t-il.

Surpris, les soldats ne répondirent pas. Mais le Commandant insista.

Vous savez où elle est, Swann, guidez-nous.

Enfin, Eva Swann se redressa et abaissa son fusil.

Swann, qu’est-ce que vous faites ? beugla son instructeur.
Ils sont inoffensifs, Sergent, répondit-elle. Ils sont seulement… perdus.

Et avant qu’il ne songe à répliquer, elle avança vers les malades. Elle contourna leur groupe afin de ne pas être trop près d’eux et s’éloigna vers l’intérieur du camp. Spontanément, ils la suivirent. Elle les guida ainsi vers l’hôpital ravagé et les incita à y pénétrer.

Demeurez ici, je viendrai vous chercher dès que j’aurais trouvé Mère, annonça-t-elle.
Faites vite, elle a besoin de vous, répondit Brutus. Elle risque de mourir. Elle est en danger.

Les yeux de l’homme croisèrent ceux de la femme. Elle y lut une étrange détermination qui n’avait rien de la folie et fut soudain dépassée par les événements. Elle referma néanmoins les portes endommagées derrière les soldats malades et abattus et se détourna comme on s’arrache à un bon livre : à regret. Dans l’heure, elle fut interrogée par ses supérieurs.

Pourquoi vous ont-ils demandé de les guider ? Connaissez-vous l’emplacement de cette « Mère » ?
Non, j’ai seulement rêvé de la pyramide, vous le savez.
Où se situe cette pyramide ?
Je l’ignore. Le Général Altalanos a effectué des recherches, mais ne m’a pas mise dans la confidence.
Et vous trouvez cela tout à fait naturel de rêver d’un lieu dont vous ignorez l’existence ?
Je n’explique pas ce phénomène. Je sais simplement que j’en ai rêvé.
Auriez-vous rêvé de l’endroit où pourrait se trouver la « Mère » ?
Non, bien sûr que non, je vous en aurais parlé.
Je crois que vous nous cachez la vérité, Soldat Swann.
Quoi ? Vous plaisantez ?
Écoutez, Swann, nous venons de perdre 85 % de nos effectifs en un peu moins d’une heure. Il n’est pas question que je vous laisse saboter une chance de sauver le peu d’hommes qu’il nous reste.

Eva sentit le rouge lui monter aux joues, mais ne répondit pas. Elle ignorait réellement tout de l’endroit où pouvait se trouver la « Mère ». Cependant, ses supérieurs continuèrent de l’interroger jusqu’à ce qu’un appel de conférence leur apprenne que le Général Altalanos avait détruit six des sept sarcophages des Silhouettes d’Uhr. La nouvelle provoqua naturellement un élan d’enthousiasme rare.

Qu’en est-il du septième, mon Général, demanda le Sergent.
Nous le cherchons encore, malheureusement.

Eva profita de l’interruption pour s’échapper sur un ordre de son instructeur. Elle n’avait pas le cœur à fêter leur réussite. Elle revoyait en boucle la scène de l’assaut, comparant la façon dont les soldats malades étaient tombés à l’hypothèse qu’elle avait forgée : six sarcophages détruits, six septième de leur armée anéantis. Quelque chose d’inexorable reliait ces hommes à ces Silhouettes. Elle ignorait seulement quoi. Tout comme elle ignorait profondément ce qui la reliait à eux. Elle ne put s’empêcher de songer qu’à une époque, elle avait été comme eux, cherchant une mère dont elle ignorait tout. Elle avait été orpheline très tôt, mais n’avait jamais accepté cette situation. Elle avait remué ciel et terre pour retrouver sa génitrice qui l’avait abandonnée à l’âge de quatre ans. Elle n’en conservait qu’un très vague souvenir, bien insuffisant, même maintenant. Une odeur de muguet, une chevelure noire comme les ailes d’un corbeau, de longs cils à travers lesquels le soleil ressemblait à une perle d’ambre liquide.
......Ce soir-là, Eva Swann pleura, le cœur gros d’un manque que l’armée était parvenue à amoindrir depuis de nombreuses années. Sa mère lui manquait, comme elle manquait visiblement aux soldats malades. Elle aurait tout donné pour qu’une voie lui montre le chemin vers sa mère, comme il semblait l’être pour la « Mère » qui les reliait aux Silhouettes d’Uhr. Et lorsqu’elle s’endormit, la jeune femme rêva.
......Les pieds dans l’eau, elle faisait jouer ses orteils dans le sable chaud. Elle était très fatiguée. Ses muscles douloureux lui faisaient souffrir le martyre. Elle avait épuisé ses dernières forces pour parvenir jusqu’ici, jusqu’à cette plage en particulier. Des arbres dont les essences lui étaient inconnues se balançaient doucement dans le vent orageux. De lourds nuages roulaient en grondant au-dessus de sa tête, mais elle était heureuse. Elle était arrivée à bon port. Elle n’avait plus qu’à attendre. Elle avait fait la plus grosse part du chemin. L’Autre ferait l’autre moitié. Car elle savait que l’Autre avait perçu sa présence, où qu’elle soit. Elle viendrait. Ils viendraient sans doute. Elle la libérerait.
......Oui, elle venait. Déjà, Eva pouvait sentir sa présence. Les arbres craquèrent sous le vent, une première goutte tomba dans le sable brûlant. Elle se laissa tomber à genoux. Elle ne pouvait plus se soutenir. Une torpeur absurde s’abattait sur elle. Vite, elle ne pourrait pas tenir longtemps. Elle porta ses mains à son ventre, le protégeant encore. Encore un peu. Bientôt, ce serait la fin. Enfin, l’Autre apparut, à la lisière de la forêt. Elle portait encore son costume, mais ses cheveux, noirs comme l’ébène le plus pur, étaient détachés et flottaient dans le vent. Eva sourit. Un pauvre sourire, qui mourut sur ses lèvres lorsque la douleur traversa son ventre.
......Elle se recroquevilla sur elle-même et roula sur le flanc, se força à garder les yeux ouverts, malgré la douleur, malgré l’épuisement, malgré la vie qui s’échappait d’elle. À travers le brouillard de sa torpeur, elle vit l’Autre dévaler la dune pour venir à sa rencontre. Elle glissa près d’Eva et s’agenouilla. Sa main froide caressa la joue de la malade, souleva sa nuque. Elle se mit à parler, mais Eva ne comprenait pas sa langue. Elles se contentèrent donc d’échanger un regard. Et Eva réalisa qu’elle était en train de se regarder. Alors elle se réveilla en sursaut.

À suivre...

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MessageSujet: Re: [Nymphe Ydeil] Les Silhouettes d'Uhr - INTÉGRALE   Mer 30 Avr 2014 - 14:26


LES SILHOUETTES D'UHR - La Septième Silhouette

À l’Univers Wasat, ce 607e rp, et à B3nito, qui m’a accompagnée pour cette nuit où je clos ma première saga depuis mon retour.

Rapport confidentiel des Armées, Base 1 – Jour 88 – Soldat Swann Swann

......Assise sur son lit, le soldat Swann réalisa que soudain, elle connaissait la plage de son rêve. Elle l’avait déjà vue dans son premier rêve et aujourd’hui, elle savait exactement par quel chemin s’y rendre. Rapidement, elle se chaussa et quitta le baraquement sans bruit. Il faisait encore nuit. Le manque d’effectifs rendait les rondes sommaires et inefficaces, de sorte qu’elle quitta la base sans se faire remarquer. Puis elle s’élança, plein sud, à travers la forêt, et elle marcha jusqu’à l’épuisement. Elle marcha sans hésiter, droit devant elle, guidée par l’instinct.
......Comme dans son rêve, elle parvint à la plage et s’arrêta à la lisière de la forêt. D’abord hésitante, elle demeura immobile à l’ombre des arbres. L’Autre était là, à l’attendre, les genoux dans l’eau. Son ventre rond la devançait, alourdissant sa silhouette menue. Ses longs cheveux noirs tombaient jusqu’à ses cuisses et formaient des voiles noirs autour d’elle, chahutés par le vent orageux qui s’était levé. Puis elle roula sur le côté dans le sable et Eva, bien qu’elle ne soit plus dans le rêve, sentit la douleur traverser son ventre, bien qu’amoindrie.
......Un bruit dans la forêt la força à se retourner brièvement. Il y eut un mouvement furtif sur sa droite et soudain, elle comprit qu’elle était suivie. Un sentiment d’urgence lui noua le ventre. Elle n’avait pas le temps de combattre celui ou ceux qui la suivait. Elle devait aider l’Autre. Elle dévala en courant la dune de sable et glissa jusqu’à la Silhouette. Avec une douceur infinie, elle souleva la tête de la mère, la posa sur ses genoux et caressa sa tempe. Lorsqu’une goutte d’eau alla s’écraser sur le visage qu’elle protégeait, elle réalisa qu’elle pleurait. La pluie s’était également mise à tomber. Une pluie chaude, orageuse.
......À travers ses larmes, elle aperçut les soldats qui quittaient l’ombre de la forêt. Ses supérieurs étaient là. Ils l’avaient suivie, sans aucun doute. Affolée, elle reporta son attention sur la mère qui luttait pour demeurer éveillée.

Je vais te protéger, murmura-t-elle. Je te jure que je vais te protéger. Dis-moi seulement comment.

Elles échangèrent un long regard durant lequel Eva nota la courbe de ce nez qui ressemblait tant au sien, ces cheveux si noirs qui tombaient à présent et se nouaient aux siens sans se départager sous l’effet du vent. La ligne des sourcils, qui formait l’aile d’un oiseau, et l’iris du même gris que l’étaient les nuages qui roulaient au-dessus d’elle. La mère leva une main fiévreuse et la posa sur la joue de la jeune femme. Son regard brilla d’un amour immense et une onde apaisante se déploya dans le corps d’Eva. Puis des visions défilèrent devant ses yeux.
......Elle se vit fermer les yeux de la femme et pratiquer une incision dans le ventre de l’Autre pour en extraire l’enfant. Elle comprit que rien n’avait jamais eu plus d’importance que cet enfant à naître. L’enfant et le père de l’humanité. Alors elle hocha la tête, lorsque la vision s’estompa et releva la tête pour juger du temps qu’il lui restait. Les soldats s’étaient arrêtés. Les malades avaient fait irruption sur la plage. Ils étaient plus nombreux. Beaucoup plus nombreux. Des indigènes les accompagnaient, des civils, des médecins, des infirmières. Tous ceux qu’ils avaient pu trouver en chemin. Ils faisaient front face à l’armée et la tenaient en respect, sans agressivité. Ils se contentaient de former une barrière infranchissable pour protéger Eva et la Mère.
......L’Autre eut un dernier sourire, puis son regard s’éteignit. La chaleur qui avait animé Eva disparut avec elle, mais non le sentiment d’urgence qui brûlait en elle. Elle essuya ses larmes hâtivement, s’empara de son couteau et pratiqua sans hésiter l’incision nécessaire dans la chair de la défunte. Puis elle arracha l’enfant au berceau de fécondité où il avait grandi et les cieux s’ouvrirent pour laisser un torrent de pluie laver le sang de l’enfantement. Dans le tonnerre qui roulait, le nouveau-né poussa son premier cri. Alors, malades et soldats tombèrent au sol, inanimés.

Rapport confidentiel des Armées, Base 1 – Jour 89

......À l’aube du 89e jour, l’hôpital militaire de la Base 1 et l’hôpital de Merida virent tous leurs patients s’éveiller d’un profond sommeil. Parmi eux, le Général Altalanos, le Commandant Brutus et leurs troupes interrogèrent le personnel médical sur les conditions de leur admission. Nul ne put leur dire comment ni pourquoi ils étaient arrivés à l’hôpital ni leur expliquer de quel mal ils souffraient. Eux-mêmes n’en savaient rien. Lorsqu’on leur annonça la date, ils ne purent comprendre comment ils avaient pu oublier les trois derniers mois de leur vie.
......Guéris, ils s’en retournèrent à la base où ils découvrirent que certains de leurs effets personnels avaient disparu. Ils ne réalisèrent pas qu’il manquait un membre de leurs rangs. Une femme avait en effet été admise avec sa fille à l’hôpital militaire quelques heures avant tous les autres. L’enfant portait le nom d’Eleanor, sa mère, celui d’Eva Lloyd. Elles ne sont pas du pays, elles n’en parlent pas la langue.

Jour 90 - Journal du Breton

......Maman a donné naissance, je le sais. Je l’ai senti. J’en ai rêvé. Elle a donné sa vie pour qu’il vive. Je dois protéger l’enfant. Je me suis mis en route pour la rejoindre. Une ère nouvelle commence pour l’Humanité et cette enfant nous y mènera. Elle est le Cœur de la Mère, la relique, notre avenir, l’aube d’un changement radical dans l’existence des gens. Mais avant cela, je dois préparer le monde à sa venue. Je dois modifier l’âme des gens et les rallier à notre cause.

FIN

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