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 La tête dans les nuages

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Yuen
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MessageSujet: La tête dans les nuages   Mar 2 Juin 2015 - 13:40




La tête dans les nuages



— Je ne suis pas satisfait de ce que je suis…
— Vraiment ?

Le crayon gratte la feuille du bloc-notes. Il gratte, il gratte, inexorablement il gratte, depuis des heures maintenant. Ça doit être la dixième ou onzième petite feuille déjà. Que peut-elle bien écrire là-dessus ? Que je suis un taré qui a besoin de se faire soigner ? C’est ce que je suis en train de faire, alors pourquoi l’écrire encore ? Ç’en devient presque troublant.

— Dites, vous écrivez quoi au juste sur votre bloc-notes ?
— Des choses et d’autres… Reprenons ; vous dites ne pas être satisfait de vous, mais pourquoi ?

C’est bien les psys ça, une fois qu’ils ont une idée en tête ils ne la lâchent plus. Ils grattent et grattent encore, autant sur leurs papiers que sur ma peau. Je me sens transpercé de toute part, gratté, rongé jusqu’à l’os. Ils voudraient me voir nu que ça me dérangerait moins. Ils me violent. Et pourtant, j’y retourne, encore et toujours. Mais c’est quoi mon problème ?

— J’aimerais être écrivain.
— Écrivain ?
— Oui, vous avez bien entendu. Pourquoi vous répétez toujours ce que je dis ? Laissez-moi le temps de parler et de réfléchir à comment dire les choses de façon compréhensible !

Elle retire lentement ses lunettes et les dépose sur ses genoux. Ça va barder, je le sens. Je respire profondément mais silencieusement, c’est ma façon de me préparer aux pires choses. Question d’habitude. Que va-t-elle faire, que va-t-elle dire ? S’énerver et me dire de me calmer peut-être, même si ce serait paradoxal. Ou bien, à sa façon, me faire comprendre qui pose les questions et qui y répond. Pourtant c’est moi qui la paye, cela fait-il de moi son supérieur hiérarchique, son boss ? Je pourrais me lever et lui dire qu’elle m’agace et puis partir en claquant la porte. J’aurais ainsi montré que le pouvoir m’appartient, qu’il est à moi et à moi seul, moi qui dépose les billets sur le bureau. Le pouvoir se résume donc à ça ; celui qui tient la plus grosse liasse de papier dans sa main ? Les hommes sont devenus si faibles, si misérables, si dénués d’amour-propre. Guidés par un tas de billets, ç’en est presque… révoltant.

— Dites, vous m’écoutez quand je vous parle ?

Je lève les yeux vers elle, étonné. Je plonge mon regard dans le sien, pensant y trouver une réponse à la vie. C’est pour ça que je la paye au fond, n’est-ce pas ?

— Daniel ? M’entendez-vous ?

Je me frotte les yeux délicatement. Depuis combien de temps me parle-t-elle, je n’en ai aucune idée. Je regarde ses lèvres bouger mais je ne l’entends pas parler. Ses lèvres… Je ressens une forte envie de les embrasser, les mordre, les lécher. Une fois je me suis demandé si la couleur de la lèvre supérieure de la bouche d’une femme était identique à la couleur de ses tétons. C’est étrange de penser cela mais c’était le cas pour mon ancienne copine. La couleur de ses lèvres était tout à fait extraordinaire et sa lèvre supérieure était plus pâle, plus douce et plus enviable que sa lèvre inférieure. Et bizarrement, ses tétons avaient la même couleur. Quand je l’ai remarqué je me suis demandé si c’était pareil pour toutes les femmes. Curieux de nature, j’ai essayé de résoudre l’énigme au plus vite. Regarder sur internet, ce n’est jamais fiable et puis je voulais voir en vrai, grandeur nature, évidemment. Mais où trouver une paire de seins ? La première fille à qui j’ai pensé, c’était à ma meilleure amie. Je sais que quand elle a trop bu, elle s’endort et c’est impossible de la réveiller. Un soir, je l’ai invitée chez moi pour souper. J’avais prévu trois bouteilles de vin, un apéritif et un digestif. Elle m’avait déjà proposé à plusieurs reprises de rester dormir chez moi, je n’ai donc pas hésité à le lui proposer une fois la deuxième bouteille de vin vidée. Elle a accepté. Mais je n’avais qu’un lit. J’étais amoureux d’elle avant – je le suis toujours un peu à vrai dire – et je me suis toujours demandé si on dormirait dans le même lit ou si je serais obligé de me taper le divan. Le Seigneur a entendu mes prières. Elle s’est allongée dans mon lit et s’est endormie, tout habillée. Dilemme. Je la déshabille et je fais passer ça pour un « T’étais pas fraîche, je t’ai mise en pyjama, mais je n’ai pas regardé je t’assure ! » ou bien je la laisse comme ça après avoir vérifié mon hypothèse ? Si je la déshabille je risque de ne pas savoir contrôler mes pulsions… Je l’ai déshabillée entièrement. Je l’ai observée, nue sur mon lit. Mon plus grand fantasme se réalisait et ce n’était pas un rêve. Ses imperfections physiques la rendaient encore plus parfaite. Je me suis approché de son visage et j’ai observé ses lèvres et puis j’ai regardé ses seins. Ils n’avaient pas la même couleur… J’étais déçu de ne pas avoir trouvé une vérité générale sur l’anatomie humaine, mais tellement heureux de cet instant volé. Je vole beaucoup de choses aux gens, sans qu’ils ne s’en aperçoivent bien sûr. Ce n’est pas compliqué à vrai dire. Regardez une femme sans qu’elle ne le sache, imaginez-la nue ou autre chose en rapport avec un trait de son physique et vous lui volerez de l’intimité. Téléphonez à une femme de l’annuaire au hasard, et dites-lui que vous vous êtes trompé de numéro mais, en passant, qu’elle a une très jolie voix ; vous lui avez volé des paroles et du temps. Mais ce qu’on vole aux gens, on ne peut pas le palper ou le mettre dans un coffre, non. Ce qu’on vole aux gens, on le garde dans notre tête, dans notre passé, notre sagesse et notre expérience.

— On ne doit pas s’ennuyer dans votre tête, je me trompe ?
— Pardon ?
— Vous étiez en train de parler et puis vous avez eu comme une absence. Ça fait vingt minutes que vous regardez dans le vide, alors j’en conclus que vous vous êtes perdus dans vos pensées. Je pense que votre problème vient de là.
— Mon problème ?
— Oui, votre problème. Vous êtes trop rêveur, déconnecté de la vie réelle. Monsieur P., votre patron qui vous envoie, m’avait signalé cela au téléphone. Il vous reproche d’avoir la tête dans les nuages, ce qui fait baisser votre productivité. Qu’en pensez-vous ?

Productivité, productivité, productivité, et c’est reparti ! Ils ne pensent tous qu’à ça ! C’en devient…

— Oh, je vous parle, restez avec moi.
— Je m’excuse… Je… C’est plus fort que moi…

Elle semble perplexe. Elle doit sans doute se dire que je joue la comédie pour avoir droit aux allocs.

— Ça sera tout pour cette fois. Revenez la semaine prochaine, même heure.

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« S'ils racontent un jour mon histoire, laissez-les dire que j'ai marché aux côtés de géants. Les hommes se lèvent et tombent comme le blé d'hiver, mais leur nom ne meurt jamais. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Hector, dresseur de chevaux. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Achille... » - Ulysse

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