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 Les derniers jours de mon ancienne vie

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Yuen
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MessageSujet: Les derniers jours de mon ancienne vie   Mar 2 Juin 2015 - 13:50




Les derniers jours de mon ancienne vie



Comme dans certains débuts de films Hollywoodiens, il fait nuit. Le ciel est noir, presque vert, éclairé par les lumières de la ville. Il pleut beaucoup. Moi je suis là, au milieu de cette pluie, de ces buildings. Je marche en silence avec ma veste bien chaude. En fait non, je ne marche pas vraiment. Il serait plus juste de dire que j'ère, telle une âme en peine, je marche sans but ni destination. Je n'ai pas vraiment de peine, je suis juste seul. Je m'appelle Éric Jones, j'ai trente-et-un ans et je suis au chômage depuis longtemps. J'habite dans une grande ville américaine où on ne voit plus le ciel qui est caché par les immeubles. Jugeant avoir été assez mouillé pour rien, je retourne chez moi. Mon chat, Pilule, visiblement heureux de me revoir, vient se coller à mes pieds comme à son habitude. C'est en quelque sorte ma seule famille. Après lui avoir fait à manger, je me couche dans mon lit. Las de ces journées interminables qui se ressemblent toutes, je ferme les yeux et je m'endors sans remarquer la silhouette noire qui m'observe depuis un moment derrière la fenêtre.

La lumière du jour me réveille, m'obligeant à cacher mon visage avec les couvertures. Le ciel est gris mais je ne sais pas quelle heure il est. Je me demande si ça sert à quelque chose de me lever alors, encore un peu endormi, je referme les yeux. Soudain, la sonnerie retentit. Je grogne en me redressant, cherchant des pieds mes pantoufles sans ouvrir les yeux. J'arrive dans le couloir et ouvre la porte. Personne. Intrigué, je me penche en avant pour voir s’il n'y a pas quelqu'un sur le palier mais ne voyant personne, je referme la porte. Aussitôt celle-ci refermée, la sonnerie retentit encore une fois. Un frisson me parcourt l'échine. J'ouvre la porte avec vigueur et vois mon voisin de pallier, tenant un journal en main, me regarder avec un air intrigué. Je soupire, rassuré et un peu mal à l'aise. Je prends le journal en le remerciant puis je referme la porte et me dirige vers la cuisine pour prendre mon petit-déjeuner. Il faut dire que j'habite dans un petit appartement au septième étage d'un grand immeuble délabré. Il n'y a que quelques pièces mais ça me suffit largement. De toute façon je n'ai pas les moyens d'avoir plus. Une fois mon maigre repas avalé, je me dirige vers ma chambre pour me recoucher. La sonnerie retentit une nouvelle fois. Je grogne et j'ouvre la porte. Personne. Agacé, j'avance sur le palier en cherchant du regard celui qui aurait pu sonner. C'est alors que la porte de chez moi se referme dans mon dos dans un claquement. Je sursaute et me retrouve ainsi sur le palier de mon étage en caleçon, sans la clef de chez moi. Désespéré, je frappe à la porte en espérant qu'elle soit peut-être mal refermée. C'est alors que j'entends un bruit de serrure et quelqu'un apparaît derrière la porte. Un homme tout de noir vêtu me regarde et m'invite à entrer. Bouche-bée, je reste immobile, le dévisageant du regard. La peur commence à m'envahir ainsi qu'un tas de questions. "Qui est-il ? Que fait-il chez moi ? Que me veut-il ? Va-t-il me tuer ?" L'homme insiste pour que j'entre. J'avance alors doucement à l'intérieur sans détourner mes yeux de son visage. Il me dirige dans mon salon, vers le canapé et m'indique qu'il serait préférable que je m'assois. Je m'exécute sans trop réfléchir, cherchant à retrouver mes moyens. Ma bouche, toujours ouverte, refuse de m'obéir. L'homme enlève son chapeau et ses lunettes noires et commence à parler. C'est un homme d'âge mûr dont le visage, buriné par le temps, a l'air d'avoir vécu un bon nombre de choses éprouvantes.

— Monsieur Jones, commence-t-il d'une voix posée, je suis ici pour vous avertir que vous courrez un grand danger.
"En danger ? Moi ? Il doit se tromper de personne à coup sûr. Pourquoi un homme aussi insignifiant que moi serait en danger ? Ah j'ai compris ! Je suis en train de rêver ! Ah quel chouette rêve !" pensai-je en souriant. L'homme continue de parler.

— Monsieur Jones, écoutez-moi ! Vous devez quitter ces lieux au plus vite ! Vous êtes en danger !

L'homme insiste pour que je parte alors que je ne sais même pas qui il est. C'est peut-être un échappé d'asile, qui sait. Je m'oblige à répondre, malgré la peur qui paralyse ma mâchoire.

— Qui... Qui êtes-vous monsieur ? Comment connaissez-vous mon nom ? balbutié-je.
— Peu importe qui je suis ! Vous devez me faire confiance !
— Et si vous êtes un fou ? Devrais-je suivre un fou ?

Visiblement agacé, il soupire puis ouvre sa veste et en retire une plaque métallique. Elle indique qu'il s'appelle John Spencer et qu'il fait partie d’une agence gouvernementale qui m'est inconnue.

— Monsieur Spencer, repris-je, je ne vous connais pas et vous n'avez rien à faire ici. D'ailleurs, comment êtes-vous rentré chez moi ?

Il soupire encore puis s'éponge le front.

— Avant que je ne vous explique tout, pourrais-je avoir un verre d'eau, s'il vous plaît ?

Perplexe, je me dirige vers la cuisine. Soudain, une violente brûlure m'envahit le crâne et je m’effondre aux pieds de John Spencer qui tient une matraque en main.

La douleur à mon crâne me réveille. "Où suis-je ? Que s'est-il passé ?" Des questions me viennent encore à l'esprit, toujours des questions. Je sens une couverture sur moi. J'ouvre péniblement les yeux pour essayer de me situer. Je suis couché sur un lit dans une pièce dénuée de meuble dont le seul éclairage est la lumière de l'extérieur venant de la fenêtre en face de moi. La seule porte de la pièce s'ouvre et trois personnes s'engouffrent dans ce qui me sert de chambre, ou de prison. Parmi eux se trouvent le soi-disant John Spencer, mon ravisseur.

— Bien dormi Monsieur Jones ? me demande-t-il en souriant.
— Enfoiré... Que m'avez-vous fait ?!
— Voyons, du calme. Ce que j'ai fait était nécessaire. Vous ne m'auriez jamais écouté sinon.

Il me montre une chaise avec des vêtements posés dessus.

— Lavez-vous et habillez-vous. Frappez à la porte quand vous serez prêt.

Sans rien dire de plus, les trois hommes sortent de la pièce, me laissant seul avec mes questions. Je me laisse retomber sur le lit, perdu dans mes pensées. Après quelques instants, je décide enfin de me lever et de m'apprêter. Une fois cela-fait, je frappe deux fois sur la porte métallique. Un homme en uniforme m'ouvre la porte et m'invite à le suivre. Nous voyageons dans les couloirs, passant dans certaines pièces, croisant des gens qui ne m'adressent même pas un regard, tous habillés avec le même uniforme. "Mais où suis-je donc ?!" On arrive alors dans une pièce à l'ambiance feutrée, assez sombre, une longue table au centre et un écran géant au mur dont les diapositives montraient des images de gens, de dossiers. On m'indique un fauteuil où je peux m’asseoir. Je m'y installe et attends en me frottant la tête encore douloureuse.

— Je tiens à m'excuser si on vous a amené ici de force.

La voix derrière moi m'a fait sursauter. Un homme élégamment habillé en costume entre dans la pièce suivi de quelques personnes. Tous s'installent autour de la table. L'homme reprend.

— Je vais mettre fin au suspense, Monsieur Jones, je me présente, je suis Leon Panetta, directeur de l'agence gouvernementale connue sous le nom de CIA...
"La CIA ?! Mais qu'ai-je donc fait ?!" pensé-je en moi-même, effrayé. Voyant la peur sur mon visage, Panetta essaye d'avoir l'air rassurant.

— Ne vous inquiétez pas Monsieur Jones, vous ne craignez plus rien parmi nous. Nous vous avons amené ici pour vous protéger et vous donner une sorte de mission à remplir...

Avec un mouvement de tête, il demande à la jeune femme derrière lui d'éteindre la lumière et tous se tournent vers l'écran blanc au mur qui s'illumine aussitôt. Je regarde autour de moi, pensant que je fais l'objet d'un canular ou alors en plein thriller. Dans les deux cas, la question qui me reste en tête est "Pourquoi moi ?". Je tourne mes yeux vers l'écran et je reste stupéfait. Ce que je vois sur l'écran ressemble à un dossier : une image, des explications, des notes et des remarques. Mais... l'homme sur l'image, c'est mon voisin. Le directeur de l'agence me tire de mes pensées.

— Vous le reconnaissez, n'est-ce pas ? me demande-t-il calmement.

Je hoche la tête sans détourner les yeux de l'écran.

— C'est... c'est mon voisin, lui dis-je.

— C'est exact. Mike Brown, votre voisin de palier. Mais c'est un nom d'emprunt. En réalité il s'appelle Nicolas Bermans. Il est le complice d'une figure importante dans la Mafia. Notre informateur nous a signalé qu'il y avait une réunion importante chez lui ce soir. C'est là que vous entrez en jeu.

— Vous voulez que je les espionne pour vous ? C'est ça que vous appelez être en sécurité parmi vous ? Ah ben merci !

A ces mots, je me lève et je sors de la pièce, furieux. Je ne sais pas vraiment où je vais puisque je ne connais pas le bâtiment. Et puis l'idée de retourner chez moi avec un mafieux comme voisin ne me réjouit pas vraiment. C'est le sommet ! Je décide de me promener un peu dans les couloirs pour visiter et réfléchir. "Si je refuse, vont-ils me tuer ? D'un autre côté, je risque ma vie aussi en espionnant Nicolas..." Torturé intérieurement et à la recherche de réponses, je décide de retourner dans la pièce avec le directeur. J'ouvre la porte doucement. Ils me regardent reprendre ma place sans parler. Ils avaient visiblement prévu ma réaction. Ça doit être monnaie courante dans ce genre de situation. Je respire profondément puis je prends la parole.

— Que dois-je faire exactement ?

Panetta esquisse un petit sourire puis continue à projeter ses diapositives sur l'écran.

— Nous savons qu'ils seront sept et armés. Votre mission consistera à avoir le plus d'informations possibles. Si on vous a choisi vous, c'est parce que vous avez peu de chance de vous faire remarquer. Pourquoi votre voisin douterait-il de vous ?

"Je vous le demande..." pensé-je. Tout le monde a le regard posé sur moi, attendant ma réponse. Je hoche la tête péniblement et tout le monde se lève.

— Suivez Spencer, il vous expliquera tout. Si vous avez d'autres questions, vous savez où me trouver.

Je n'ai pas le temps de répliquer qu'ils sont déjà tous hors de la pièce sauf John Spencer, l'homme qui m'a amené ici et qui me regarde, souriant. Je me frotte le crâne, peu rassuré puis je m'approche de lui pour recevoir mes instructions.

De retour chez moi, je me répète ce que je devrai faire ce soir dans ma tête, tournant en rond dans mon salon, suivi de près par Pilule qui réclame à manger. Je répète chaque action : coller le micro, les caméras, me mettre assez près de la porte pour que le directeur entende, rester discret. Je suis nerveux. Trop nerveux même. Je me sers un verre d'alcool pour me détendre et je fume une cigarette en préparant la nourriture de mon chat. Plus qu'une heure avant l'opération. On se croirait vraiment dans un film bon marché avec la mafia, la drogue et tout ça. N'ayant pas terminé de mélanger la viande dans le plat, j'entends du bruit dans le couloir. La peur m'envahit. Je me faufile jusqu'à ma porte pour voir ce qu'il se passe. L'oreille collée au bois, j'entends le voisin parler. "Seraient-ils en avance ?!" Il n'y a plus aucun bruit dans le couloir. J'entrouvre la porte pour voir mais il n'y a personne. En faisant attention de ne pas faire de bruit, je marche sur la pointe des pieds avec mes ustensiles d'espionnage jusqu'à la porte de Nicolas. Je prépare l'écouteur que je mets dans mon oreille. C'est alors que quelqu'un apparait derrière la porte, une arme en main et me regarde intrigué. Trop tard pour faire marche-arrière, j'ai son fusil collé contre ma tempe.
Je reste là, immobile avec l'écouteur qui pend à mes oreilles, devant cet homme armé d'une toise de haut. Je sens la pression du métal froid contre ma peau et ça me fait suer. Ma vie défile devant mes yeux, c'est à dire pas grand-chose. C'est sur mon chat que mes pensées s'attardent, pour dire à quel point ma vie fut intéressante. L'homme m'attire à l'intérieur de l'appartement tout en gardant son arme braquée vers moi. D'un coup de pied, il me fait tomber à terre au milieu de la pièce devant une table où six hommes sont assis dont mon voisin, Nicolas. Aucun d'eux ne bouge mais un sourire illumine leur visage.

— Eric ! Quelle bonne surprise ! dit-il en souriant. Pour être franc, nous vous attendions. La CIA n'est vraiment pas discrète... Mais ils n'auraient pas dû vous mêler à ça. Vous étiez un si gentil voisin.

Il se lève et se colle à la fenêtre pour regarder la rue, pensif. Il se frotte le menton puis se tourne vers moi, plus sérieux que jamais.

— Je sais qu'ils nous écoutent, et c'est tant mieux, ça va me faciliter les choses.

Il s'approche de moi, me relève et m'assied sur une chaise, faisant signe à l'homme qui m'avait fait entré de me tenir. D'un geste sec, il arrache mes écouteurs et retourne s'assoir à la table. Il dépose le micro devant lui et commence à parler.

— Chers amis de la CIA, nous sommes réunis aujourd’hui dans un but très précis : la fin du monde.

Il laisse le silence s’installer avant de reprendre, comme si ce qu’il venait de dire était très profond, alors que je n’y comprenais rien.

— Oui, la fin du monde. Le monde tel que nous le connaissons est dirigé par la politique et l’argent. Ce monde où règnent l’individualisme et le capitalisme, où les plus riches peuvent détourner la loi et obtenir des faveurs les rendant presque divins. Ce monde prend fin aujourd’hui. Les hommes qui sont assis à cette table sont mes disciples. Chefs de gangs ou parrains de la mafia, ils viennent des principaux pays du monde et ensemble, nous allons renverser le cours des choses et obtenir le pouvoir, le vrai. Comment nous allons faire ? Ah ! Je vais vous le dire, ne vous en faites pas.

A ces mots, il pose une valise sur la table et l’ouvre lentement. Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, mais ça ne m’inspire rien de bon. A vrai dire, je ne veux même pas savoir ce que c’est ou ce qu’ils mijotent. Tous ce que je veux c’est retrouver ma vie banale et inutile. Je veux sortir d’ici à tout prix. Je regarde la porte sans trop bouger la tête pour ne pas attirer l’attention. « Si je me dépêche, je peux sortir… ». Nicolas tourne sa valise vers moi, grande ouverte et me regarde en souriant. C’est une bombe ! Je sens la peur m’envahir. Je n’hésite plus, je me précipite vers la porte et essaye de l’ouvrir. Elle est fermée à clef ! Je tambourine dessus. Qui sait, ça a bien marché la dernière fois ! Mais rien ne se passe. Les hommes à la tablent sont hilares. Soudain, je sens une main se poser sur mon épaule. Je me retourne, c’est Nicolas. Il tient une arme dans son autre main.

— Vous savez quel jour on est, aujourd’hui, Eric ? me dit-il en souriant.

Je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir, je ferme les yeux. Il me brusque, me force à le regarder et répète sa question. Je secoue la tête en tremblant. Je ne sais pas et laissez-moi en paix, pitié ! Son arme est pointée sur moi, face à mon visage. Je vois son doigt se rapprocher de la gâchette. Il va tirer ! Oh mon dieu, je suis fini ! Je ferme les yeux très fort, espérant que ça se termine vite et sans douleur. Je prie, je pleure, je tremble. Il appuie sur la gâchette et une détonation retentit. Mais je ne sens rien, je n’ai pas mal. Que se passe-t-il ?! J’ouvre les yeux lentement. Un drapeau est sorti du fusil et Nicolas me regarde, les yeux pétillants.

— Aujourd’hui, c’est votre anniversaire, Eric… Joyeux anniversaire.

Tout le monde se lève et m’applaudit en riant devant mon regard terrorisé, grelotant de tous mes membres. Aujourd’hui est effectivement mon anniversaire mais également la date de ma mort. La mort de cet être inutile qui n’a d’autre façade que le regard vitreux qu’il adresse au monde. Aujourd’hui, c’est aussi le jour de ma renaissance car je me promets qu’à partir de ce jour, ma vie aura un sens.

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« S'ils racontent un jour mon histoire, laissez-les dire que j'ai marché aux côtés de géants. Les hommes se lèvent et tombent comme le blé d'hiver, mais leur nom ne meurt jamais. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Hector, dresseur de chevaux. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Achille... » - Ulysse

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