Marchands de Rêves Prod.
 
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 Lèche-vitrine

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Yuen
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Localisation : A la recherche d'Arcadie...

MessageSujet: Lèche-vitrine   Mar 2 Juin 2015 - 14:24




Lèche-vitrine



La nuit recouvre entièrement la ville depuis plus de deux heures déjà. L’hiver approche. Comme d’habitude je suis le dernier à quitter le boulot. Toujours les mêmes corvées, les mêmes réflexes ; éteindre les ordinateurs, les lumières, verrouiller l’alarme… Ils pourraient au moins m’augmenter ne serait-ce que de trois misérables pour-cent ! Les chiens…
Les quatre clignotants orange de ma voiture viennent briser le décor sombre et paisible alors que je m’installe au volant. Le moteur résonne dans le parking. Avant de démarrer, je réfléchis à ma destination : la nuit est tombée mais personne ne m’attend chez moi, j’ai envie de tout sauf de rentrer m’isoler et me saouler tout seul comme un misérable. Je conclus un pacte tacite avec mon esprit. « Allons-nous rincer l’œil. » Près de mon travail, il y a une rue cul-de-sac avec quelques vitrines. Il m’arrive fréquemment d’y faire un crochet avant de rentrer. Juste regarder, pas consommer. Les quelques rares fois où je m’étais autoriser à franchir la limite qui sépare un prospect d’un client se sont soldées par des amers regrets. Le stress de l’inconnu me fige, mon attirail reste au repos ou au semi-repos et le temps imparti s’écoule sans que le plaisir ne pointe le bout de son nez. Payer autant juste pour si peu, quand j’y repense après coup, ça me tue.

Je démarre la voiture et m’engage sur la nationale. Quelques minutes de trajet seulement avant d’arriver au début de la rue. Je vérifie qu’il n’y a pas trop de monde. La rue est déserte, c’est parfait. Je repasse en première et roule à pas d’homme, la tête penchée sur mon volant afin de contempler au mieux les filles de joie. J’en oublie la route et je redresse la voiture de justesse avant de percuter une vieille Toyota en stationnement. Je soupire et décide de me garer. Quitte à être là, autant faire du « lèche-vitrine ». Je rigole intérieurement en pensant à l’étendue de ma bêtise.

La première est une blondes de taille moyenne, mince, siliconée mais très élégante. Elle n’a que pour seul vêtement un maillot une pièce, quadrillé transparent. En gros, tout est visible. Je sens mon sexe se durcir dans mon pantalon et je reste figé devant cette beauté de la nature qui se dandine sur sa chaise haute. Elle me fait signe de rentrer, mon cœur se serre. « Je peux toujours demander ses prix, ça n’engage à rien », me dis-je naïvement. Je monte les trois marches et attends devant la porte qu’elle vienne m’ouvrir. Une chaleur mélangée à un parfum d’ambiance m’envahit. Je remarque directement son accent de l’est. Elle se tient à quelques centimètres de moi, un peu en hauteur. Mes yeux sont à hauteur de ses deux magnifiques seins. Je laisse vagabonder mon regard sur son entre-jambe rasé puis je balbutie que je ne suis jamais venu et que j’aimerais en savoir davantage. Elle emploie des termes crus. « 30€ la pipe, 50€ l’amour avec deux positions. Tu peux me lécher, me doigter mais le rapport est toujours protégé. » Je trouve une excuse, la même que d’habitude. « Je vais aller chercher de l’argent au distributeur, je reviens. » Je ressors en la regardant une dernière fois. Je frissonne.

Les suivantes sont presque sans intérêt mais je continue quand même mon tour. J’en aperçois une à l’étage qui semble pas mal, mais elle est au téléphone. J’essaye de croiser son regard mais sans succès alors je monte les escaliers. Il faut dire que les portes sont grand ouvertes pour permettre aux gens de monter les escaliers des immeubles à leur aise. J’arrive à l’étage où deux portes blanches se présentent à moi. Je n’ai vu personne dans la pièce de gauche et j’entends la conversation de la métisse au téléphone dans la chambre de droite. « Elle ne m’a surement pas vu monter… » Alors que je m’apprête à frapper à la porte, je remarque que celle de gauche est mal fermée ; le verrou a visiblement sauté et un simple coup de coude suffirait à l’ouvrir. Mon cœur s’emballe à nouveau. Je caresse la porte presque fermée du bout des doigts. La tentation d’y faire un tour est énorme, mais… La dame au téléphone semble avoir une conversation animée. « Reste pas planté là, du con ! » me dis-je, et d’un coup sec, j’ouvre la porte de gauche.

La pièce est plongée dans l’obscurité. La seule source de lumière provient du lampadaire de la rue que je vois par la fenêtre au fond de la pièce. Je referme doucement la porte derrière moi et j’active la lampe torche de mon téléphone. Je sens mon rythme cardiaque jouer la Toccata dans mes tempes. « Mais qu’est-ce que je fous là, bordel ! » J’explore de mes yeux  le mur de gauche où se trouve une petite armoire. Je l’ouvre lentement. La première chose que je vois, c’est un gros tas de préservatifs. J’en prends une poignée et la glisse dans la poche de ma veste. « On n’en a jamais de trop. » Deux sex-toys et du lubrifiant terminent de remplir le meuble que je referme aussi doucement que je l’ai ouvert. Je me redresse et continue mon exploration, tout en m’assurant d’entendre encore la voix de la femme s’énervant au téléphone dans la pièce voisine. Je pénètre alors dans ce qui ressemble à une salle-de-bain. Un lavabo, une douche, quelques essuies, un bidet. Je laisse mes doigts effleurer la porcelaine du mobilier avant de me pencher pour ausculter la mini-étagère sous l’évier. Essuies, essuies, gant-de-toilette, papier-toilette, boite… Boite ? Je temps le bras et attrape ce qui ressemble vaguement à un mini coffre. Un simple cadenas à roulette sert de verrou. Une combinaison à trois chiffres. Je reconnais le modèle du cadenas, j’en avais plusieurs avant. Lorsque j’oubliais la combinaison, il me suffisait de faire tourner les roulettes l’une après l’autre et m’arrêter lorsqu’un léger bruissement retentissait. Je souris, c’est trop simple. Je commence alors à « crocheter » la pièce métallique. Il céda en moins de quarante secondes. Mon cœur est sur le point de s’arrêter et mes doigts tremblent. Mon corps entier tremble. De peur et d’excitation. J’ouvre lentement le coffre. Plusieurs billets sont entassés. Je réfléchis. « Je ne vais quand même pas les prendre… » Alors que je les soulève, je me rends compte qu’il y a quelque chose en dessous. Une arme ! La panique commence à m’envahir. Je tente de respirer profondément mais silencieusement. Mon cerveau fume, cherche à toute allure les multiples solutions et les scénarii possibles. J’enfonce les billets dans ma poche sans les compter et je frotte l’arme avec la manche de mon pull au cas où j’aurais laissé es empruntes sans m’en rendre compte. Je referme le coffre avec hâte et me redresse, m’efforçant de faire le chemin exact en sens inverse pour effacer mes traces. J’ouvre la porte pour sortir mais des bruits envahissent la cage d’escalier. Mon sang se fige. « Et maintenant ? » Je dois agir, et vite. Je sors rapidement mais avec finesse et reclape la porte derrière moi en me précipitant dans l’escalier. Deux femmes sont en train de monter. Je ralentis, je tente de paraître normal. Tout est normal. Je les dévisage en leur offrant un sourire crispé. Une des deux me tape sur les fesses en me dépassant. Je les entends rire. Je sors de l’immeuble, et me dirige vers ma voiture. J’essaye au maximum de garder mon calme, je sais que quelqu’un m’observe. Dans cette rue, il y a toujours un garde qui surveille les allées et venues des clients. Si jamais il a fait le rapprochement entre ma longue visite à l’étage et la prostituée qui n’a pas quitté son téléphone, je suis cuit. Il ne semble pas broncher. J’introduis la clef dans la portière et m’engouffre dans la voiture. Je souffle et allume le contact sans tarder. Je démarre rapidement, fais un demi-tour d’un traite dans la rue et roule jusqu’à la nationale d’une vitesse qui ne prête pas au soupçon.

Je suis loin maintenant, presque chez moi. Bien que mon rythme cardiaque se soit stabilisé, l’excitation et la peur sont toujours bien présentes. Je me gare devant mon appartement, tire le frein-à-main et laisse ma tête se poser contre le volant pour essayer de retrouver mes esprits. Lentement, je glisse mes mains dans les poches de ma veste et en jette le contenu sur le siège passager. Je compte mon trésor du regard : 285€ et quatre capotes. Je souris.

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« S'ils racontent un jour mon histoire, laissez-les dire que j'ai marché aux côtés de géants. Les hommes se lèvent et tombent comme le blé d'hiver, mais leur nom ne meurt jamais. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Hector, dresseur de chevaux. Laissez-les dire que j'ai vécu à l'époque d'Achille... » - Ulysse

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